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Débat & Vous

Les émeutes sans fin?

Les émeutes sans fin?

Mais que se cache-t-il sous ce titre inquiétant et énigmatique ? Depuis quand la faim n’a-t-elle pas causé d’émeutes…la Révolution Industrielle, le moyen-âge ? Ce phénomène anachronique nous pousse à nous interroger sur la situation alimentaire mondiale.


En effet, comment se fait-il que malgré une hausse de la production mondiale estimée à 2,6 % en 2008, l'on meure encore de faim ? Comment réagit la communauté internationale, où sont la FAO, l'UE, les Etats-Unis ?

 

Emeutes de la faim

Ces « émeutes de la faim » ont secoué la plupart des pays d'Afrique Subsaharienne, l'Egypte, le Maroc, l'Indonésie, les Philippines et Haïti - où elles ont provoqué la chute du gouvernement. A qui la faute ? Surement pas à l'Union européenne qui pendant ce temps là, pratique le dumping agricole avec une confiance dans la PAC désabusée. Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines alors que sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles. Chiffre éloquent s'il en est : 37 pays sont aussi menacés de crise alimentaire !

Mais ces émeutes de la faim pourraient s'aggraver notamment si la réaction des pays à cette crise alimentaire est autarcique. Ainsi, l'interdiction des exportations semble être une réaction normale (quoique protectionniste) pour un gouvernement qui se doit de permettre l'accès à la nourriture de sa population et la protéger des aléas. Les conséquences pourraient être désastreuses pour les cours des matières premières : par exemple le cours du riz s'est envolé de 40%, après la décision de l'Inde et du Vietnam d'interrompre leurs exportations.

La flambée des prix des matières premières

 

Ces émeutes sont principalement liées à la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires qui ont bondi de plus de 80% depuis trois ans. En effet, la hausse de la production mondiale ne se répercutera pas par une baisse des prix car seule une infime partie de cette hausse atteindra les marchés internationaux. Elle affecte notamment le marché des céréales, dont l'exportation est fortement subventionnée en Europe et aux Etats-Unis. Vous avez dit coïncidence ?

Cette hausse des prix, en particulier des produits laitiers et des céréales, est d'abord, comme diraient les économistes, toutes choses égales par ailleurs, une déconnexion de l'offre face à la demande. D'une part on constate une demande croissante des géants démographiques tels que l'Inde et la Chine, d'autre part, une diminution mondiale des surfaces arables consacrées à la culture des matières premières alimentaires.

Vous n'en aviez pas ressenti les effets sur le porte-monnaie de la ménagère de 50 ans ? Normal...l'effet n'est que modeste dans les pays développés, alors qu'il est accentué dans ceux en voie de développement où la part des revenus consacrés à l'alimentation est de 50 à 60%, contre seulement 10 à 20% dans les pays riches.

La mode des biocarburants

 

Le baril de pétrole au sommet (115 dollars) précipite la ruée vers l'or vert. L'Union européenne veut incorporer 10% de biocarburants dans la consommation totale d'essence et de gazole d'ici à 2020. George Bush, lui, rêve de voir 15% des voitures rouler aux biocarburants d'ici à 2017. Même les pays en déficit alimentaire, comme l'Indonésie ou le Sénégal, s'y mettent, sacrifiant des terres arables. Le cours du maïs, utilisé pour l'éthanol, a doublé en deux ans, la production de colza a diminué, car la production de biocarburants de première génération demande une superficie plus importante que la culture vivrière.

 

Certains, comme le mouvement Cap 21, suggèrent que ce qui sert à produire 75 litres d'éthanol pourrait suffire à nourrir une personne avec 2000 calories par jour pendant un an. Ils incitent donc à développer des agro-carburants de seconde génération comme l'éthanol cellulosique qui utilise des résidus (fanes de betteraves, pailles de maïs).

 

L'orgie de spéculation, la libéralisation et l'évolution des modes de vie

 

Confession d'un économiste à Washington: « C'est de la folie ! Le blé vaut de l'or ! » : les céréales comme le soja, le blé ou le maïs sont devenues des valeurs refuges. L'argent des fonds d'investissement se déverse maintenant du marché des crédits, lessivé par la crise des subprimes, sur les marchés des matières premières. A quand une réelle régulation par la « Commodities Futures Trading Commission » (CFTC), le gendarme des marchés des matières premières, dont le président se dit « ému » par la situation ?

 

Selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé), les changements climatiques nuisent à la santé et à l'alimentation : sécheresse en Australie, Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine et un hiver rigoureux en Chine. Mais qu'en est-il alors des plans d'ajustement structurel ? Ces politiques de libéralisation à marche forcée prônés pendant si longtemps comme la panacée par le FMI et la Banque mondiale, ont contribué à rendre les pays pauvres encore plus vulnérables. Maintenant, la Banque mondiale veut doubler l'aide à l'agriculture en Afrique. Suffisant ?

 

Nourrir 90 milliards d'animaux à viande chaque année revient à produire autant de céréales que pour toute l'humanité. L'arrivée de nouveaux consommateurs des grands pays émergents complique la situation : «Ces classes moyennes consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales», dit Pascal Lamy, patron de l'OMC. Pourtant, les scientifiques sont formels, la planète peut doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards de Terriens en 2050. Alors, à qui la faute ? On remet ça avec le vieux clivage du Sud contre le Nord ?

 

Réaction tardive de la communauté internationale, prise de court

 

La priorité pour la FAO serait d'organiser un "transfert massif de semences" afin de permettre aux agriculteurs des pays pauvres d'acheter du grain, des engrais et du fourrage à des prix accessibles. L'Unesco souligne l'urgence de changer les règles de l'agriculture mondiale car si la recherche agricole a « permis d'améliorer considérablement la productivité depuis 50 ans », les bénéfices de ces progrès « ont été très inégalement partagés ».

 

A force d'appels urgents (« Nous ne pouvons attendre ») à la mobilisation générale, les millions pleuvent - faute d'eau. La Banque Mondiale a annoncé un doublement de ses prêts agricoles, la France double également son aide alimentaire à 60 million d'euros alors que les Etats-Unis offrent une aide d'urgence de 200 millions. Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, a même appelé les dirigeants mondiaux à participer à une Conférence sur la sécurité alimentaire mondiale, au siège de la FAO, du 3 au 5 juin à Rome.

 

Pourquoi faut-il des crises alimentaires ou financières (subprimes) ou climatique (Indonésie) pour que la communauté internationale réagisse à coup d'aides en millions de dollars ? Vit-on dans une société de l'urgence, dont les Nations Unies et les grands Etats sont les pompiers ? Ici, c'est un choix de société qui s'impose : entre sauver des vies immédiatement et assurer l'avenir de la planète en permettant à nos enfants de rouler en biocarburant, c'est à vous de voir...Reste simplement à espérer que cette émulation ne soit pas qu'un feu de paille éteint par quelques saisons de pluie et récoltes abondantes.
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28/04/2008


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