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Home > Actualité - Média > Débat & Vous > Jeux, sexe et spiritualité à l'épreuve de la modernité
Un article du monde intitulé « Jeux, sexe, et spiritualité dominent le marché des programmes » révèle l'omniprésence des trois thématiques...
Un article du monde intitulé « Jeux, sexe, et spiritualité dominent le marché des programmes [télévisés] » écrit à l'occasion du marché international des programmes de télévision (MIPTV), qui s'est achevé le vendredi 11 avril à Cannes révèle l'omniprésence des trois thématiques dans les paysages audiovisuels internationaux. Contexte économique morose, récession américaine, droits de l'homme bafoués au sein des nouveaux champions économiques, c'est tout un pan de la civilisation occidentale qui s'effondre et voit revenir avec force l'adage panem et circem, adage qui ne l'a jamais pourtant vraiment quitté. Circem, c'est convenu et il ne peut en être autrement. Mais comment expliquer que sexe et spiritualité se soient emparés du panem ?
Si ces deux tabous ancestraux, liés à l'intime, s'offrent avec une telle verve au public et à la cité, c'est que la violence et le désir du circem triomphent d'un panem transformé - appauvri - en un « pouvoir d'achat », léviathan effrayant, que personne ne cherche plus à connaître ni à maîtriser. Tout au plus entend-on le combattre jusqu'à la mort totale de l'espace public de discussion. Quelques figures politiques au milieu de l'arène se débattent - mais ne débattent plus - le peuple jouant du pouce à coup de sondages, et le pouvoir d'achat mastodonte inébranlable rit de cette lutte - senza fine, senza scopo. A la sortie du Colisée les colporteurs interrogeront et entendront « pourtant les salaires n'augmentent pas ». Il n'y a plus de panem, mais il reste le circem.
Le circem est tout. La religion - « opium du peuple », dit le fraichement bachelier - satisfait les uns, les manignifiques paumés - au ventre plein - en quête de sens, de spiritualité et le sexe satisfait les autres - ceux aux ventres vides - et la vox populi répète inlassablement « qu'elle fait aller ». Pourtant tout va très mal selon la théorie de l'apparence - Error communis facit jus - l'erreur commune fait le droit, le droit de dire que la cité vit dans des conditions matérielles bien supérieures aux siècles passées s'est envolé. Ce serait une hérésie peut-être un crime de lèse majesté que de dire cela. En effet, tout va mal. Alors on s'accroche au circem comme de pauvres drôles désorientés par la complexité des équilibres économiques et sociétaux qui s'offrent à nous et qui se jouent devant nous, sans nous.
Pourtant à une vision décomplexée du sexe qu'entendent distiller nos sociétés occidentales, fait écho un regain de tabou concernant la religion. Alors que les barrières du sexe n'existent plus et que d'aucuns entendent en parler librement, la religion reste sacralisée car la violence des réactions potentielles qu'elle suscite dans les théâtres étrangers demeure en dehors de notre contrôle. De ces monstres effrayants qui habitent ces théâtres étrangers où tout fout le camp, de notre confort matériel qui s'effrite - vox populi dixit - nous n'avons plus que nos yeux pour pleurer et regarder la télé. Et la télévision nous le rend bien.
Elle nous donne en pâture ce dont nous avons besoin, ce que nous souhaitons voir. Des jeux et du sexe pour nous divertir, de la religion pour briser les tabous... ou essayer de comprendre l'incroyable diversité culturelle et religieuse qui ayant assailli nos sociétés pose violemment la question identitaire et celle de l'identification à une nation donnée. Ainsi une émission au Royaume-Uni, « Make me a Muslim », dont fait mention l'article du Monde, entend faire vivre à des Britanniques le quotidien de musulmans très pratiquant. Il s'agit de se mettre à la place pour mieux comprendre et peut-être éloigner le fléau de la vengeance après les attentats de Londres le 7 juillet 2005. Pour autant la télévision entend-elle réellement mener à bien cet exercice cathartique satisfaisant au célèbre placere et docere ou bien s'agit-il d'un simple placere, d'un simple divertissement ? Nul ne peut apporter clairement une réponse. Nonobstant, le regain de la religion à la télévision marque bien le besoin de nos sociétés de faire appel à la spiritualité - et plus encore de la comprendre pour mieux se l'approprier - pour faire face à la complexité croissante qui touche aux grands équilibres de la cité. La chute des idéologies dominantes à la fin du XXème siècle plonge en effet les hommes du XXIème dans une quête de sens qui va bien au-delà du simple rejet de toute forme de matérialisme, historique fut-il...
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