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Travailler plus pour gagner plus : Libérez les potentiels

Travailler plus pour gagner plus : Libérez les potentiels


Fut un temps où l'on pensait encore social. Lorsque le rapport de Villermé suggérait la réduction du temps de travail pour les enfants ou que, sous Blum, on s'intéressait un peu aux conditions de vie des travailleurs, les choses allaient dans le bon sens. Mais 81 est passé par là et aujourd'hui nous devons batailler avec l'idéologie plutôt qu'avec le progrès.

 

Qu'on s'attarde un peu sur la prétendue division du travail. Depuis Mitterrand on nous rabâche ce que la logique comptable pourrait approuver mais que les faits ont toujours trahi. Vous vouliez 430 000 emplois supplémentaires ? Vos 39 heures n'en ont donné que 40 000. Évidemment, ces chiffres n'ont pas suffi à madame Aubry qui persiste et signe. Et d'un grandiose résultat de 700 000 emplois escomptés grâce aux 35 heures, on tombe à 0 selon l'OCDE (l'INSEE étant plus indulgente avec un correct 350 000). L'inefficacité s'est donc alliée à la contrainte bornée dans un pays qui se veut pourtant berceau de la Liberté.

 

Entre temps, le coût de la main d'œuvre s'est apprécié de 14,3% et une augmentation notable des dépôts de bilan s'est faite ressentir dans un monde où la compétitivité ne cesse de croître. Dommage, quand on sait que les travailleurs français sont parmi les plus productifs au monde… quand on regarde la productivité horaire. Et c'est pourquoi, lorsqu'on entend un Sarkozy dire des 35 heures que « c'est la seule idée qu'on n'a pas eu besoin de breveter, tout simplement parce que personne ne veut nous la piquer », on s'autorise un léger rictus complice.

 

Alors que faire ? Abroger les 35 heures ? Trop tard. Ceux qui ont retenu comme acquis leur jour de RTT mensuel ne le verraient pas de cet œil là. En revanche, il faudrait aider ceux qui en ont marre de voir les séjours à la mer s'afficher sur leurs tubes cathodiques sans pouvoir se les offrir ou encore ceux qui bavent devant la voiture neuve qu'ils ne pourront jamais se payer, faute de moyens. Car on nous explique qu'en plus de libérer de l'emploi, les 35 heures fabriquent du temps libre. J'ai alors envie de répondre : A quoi bon avoir du temps libre si on n'a pas assez d'argent pour accompagner ses enfants au parc ?

 

Or redonner de l'air aux entreprises, ces vecteurs de croissance trop souvent oubliés, se veut justement compatible avec l'argent que la droite voudrait aujourd'hui faire affluer dans le porte-monnaie de ceux qui en veulent. En commençant par autoriser les heures supplémentaires, en allant même jusqu'à exonérer les charges et les impôts sur ce même travail extraordinaire, on fait ainsi revivre cette liberté trop souvent bafouée de travailleurs qui considèrent la possibilité de s'épanouir dans leur travail plus importante que le nombre de jours de RTT.

 

Et la gauche de nous dire qu'elle n'y croit pas. Rivée sur ses idées rétrogrades que seul le génie socialiste français fait encore tonner, elle nous explique qu'on ne peut se permettre d'offrir plus d'argent encore (et Dieu sait si ils en gagnent beaucoup…) à ceux qui en gagnent déjà alors que d'autres ne savent pas encore de quoi demain sera fait, si ce n'est d'un pointage à l'ANPE… Oui mais messieurs, l'enfer est pavé de bonnes intentions. La théorie et la pratique vous donnent tort. Le partage du gâteau des heures travaillées ne fonctionne pas. 30% du travail à temps partiel est subi et est particulièrement sensible à la conjoncture. La répartition du chômage dans le pays n'est pas homogène. Bref, autant d'idées qui, comme le relate Olivier Marchand de l'INSEE, « vont à l'encontre de [ce qui] a justifié les 35 heures », à savoir le partage.

 

En revanche, les photographies de l'évolution économique des ménages jouent en votre défaveur. On ne cesse d'entendre la gauche expliquer que la société française se paupérise. Faux ! Comme le souligne madame Parisot, le PIB/habitant a été multiplié par deux au cours des trente dernières années. Par contre, lorsqu'on compare notre évolution à celle de nos proches voisins, le tableau est moins rose. En 1980, le PIB/habitant de la France représentait 81% de celui des Etats-Unis et 108% de celui du Royaume-Uni. Aujourd'hui, nous sommes respectivement à 73% et 93%.

 

Alors non, la France ne devient pas moins riche, elle devient moins riche que les autres. Quand la valeur travail a su être préservée ailleurs, nous n'avons su que nous refermer sur cette idée qui voudrait qu'on puisse créer de la richesse en ne mettant pas les mains à la pâte. Lorsqu'un candidat affirme aujourd'hui que ce n'est pas une fatalité et qu'il faut donner aux français les moyens de travailler plus pour gagner plus, ce n'est donc pas uniquement dans le but de satisfaire son ignoble envie de méritocratie. C'est aussi pour sortir le France de ce circuit infernal qu'est la débâcle économique gouvernée par l'idéologie.

 

Il faut aujourd'hui mettre à bas les inepties sur cette fausse bonne idée qu'est le partage du travail. On ne peut pas raisonnablement dire que travailler 35 heures par semaine pendant 40 ans suffira pour manger, s'offrir les bijoux de technologie que nos amis nippons font miroiter devant nos yeux, payer les études des enfants et mettre de coté pour découvrir, une fois à la retraite, ce monde qu'on ne voit aujourd'hui qu'en photos sur le net. Travailler plus pour gagner plus, donner les moyens à ceux qui le méritent de ne pas avoir à brider leur potentiel, c'est donc aujourd'hui mon choix. Espérons qu'il sera aussi bientôt celui de la France.

 

Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007

 


16/11/2007


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