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Home > Actualité - Média > Débat & Vous > Travailler plus pour gagner plus : Un mirage
Un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle sera celui du pouvoir d'achat. La proposition phare du programme présidentiel de l'UMP : l'exonération de l'impôt sur le revenu et des charges sociales pour les heures supplémentaires. La seule véritable solution pour gagner plus serait de travailler plus.
Travailler plus serait le seul moyen d'améliorer son pouvoir d'achat. Cette affirmation s'étaye sur une analyse discutable, une analyse suivant laquelle l'évolution des salaires serait principalement fonction de celle du volume d'heures travaillées. Les 35 heures étant seules responsables de la stagnation du pouvoir d'achat et à défaut de pouvoir les abroger, il conviendrait de poursuivre leur démantèlement en défiscalisant les heures supplémentaires, après avoir déjà considérablement élevé le plafond du contingent annuel d'heures supplémentaires autorisé.
Lier ainsi l'évolution du pouvoir d'achat à celle du temps de travail hebdomadaire, c'est soutenir une contrevérité historique. En effet, on observe une tendance séculaire à la diminution du temps de travail, ce qui n'a pas empêché le pouvoir d'achat de toutes les catégories de travailleurs d'augmenter. En réalité, le véritable moteur du mouvement de progression du pouvoir d'achat réside dans les gains de productivité en valeur : la valeur ajoutée d'une heure de travail est considérablement plus élevée aujourd'hui qu'il y a un siècle, et c'est ce phénomène qui explique la progression des salaires. Il est vrai que dans une économie de services, les gains de productivité ont tendance à ralentir fortement, mais dire que la seule solution pour lutter contre la stagnation (voire la diminution pour certaines catégories de travailleurs) du pouvoir d'achat est d'augmenter le volume d'heures travaillées reviendrait à considérer qu'un jour ou l'autre, le pouvoir d'achat atteindra un plafond. Les journées n'ont que 24 heures. Sous réserve d'efficacité, cette proposition s'inscrit dans une logique court-termiste puisque la seule solution de long terme réside dans la relance des gains de productivité.
Une telle proposition exonère, de plus, les entreprises de leur responsabilité. Même s'il est difficile de contraindre des entreprises, par ailleurs en bonne santé financière, à augmenter les salaires, est-il pour autant interdit d'insister sur la responsabilité sociale des entreprises ? Les entreprises jouent un rôle majeur dans les sociétés développées, et elles se doivent de faire bénéficier les salariés des fruits de la croissance. En particulier, peut-on proposer comme seule perspective d'avenir pour les travailleurs pauvres (qui cumulent déjà plusieurs emplois sans pouvoir vivre décemment) de faire des heures supplémentaires ? Il est nécessaire que les entreprises assument leur rôle dans la distribution des richesses. Si ce dernier point est moins déterminant que le ralentissement des gains de productivité, il est crucial que la politique salariale des entreprises soit à la hauteur des enjeux.
Voir dans la défiscalisation des heures sup' la panacée en matière de pouvoir d'achat, c'est aussi supposer que la majorité des entreprises vont y recourir. Les entreprises vont-elles effectivement y avoir recours ? Rien n'est moins sûr. Lors du passage aux 35 heures, les entreprises se sont réorganisées en conséquence, et les grandes entreprises en particulier n'ont désormais plus besoin d'heures sup' pour revenir aux 39 heures. Ajoutons que si les 35 heures ont eu pour effet de créer environ 300000 emplois à court terme, on ne peut que s'inquiéter de l'inévitable ralentissement des créations de postes à court terme (en particulier dans les petites entreprises) que va engendrer cette mesure, par le même mécanisme mais en sens inverse, qui va accroître un niveau de chômage déjà insupportable. Enfin, une telle mesure pourrait se révéler anticonstitutionnelle, car rompant le principe d'égalité devant l'impôt : toutes choses égales par ailleurs, ceux qui bénéficieraient de ces heures sup' défiscalisées payeraient autant d'impôts et de cotisations sociales que ceux qui n'en bénéficieraient pas, tout en gagnant davantage.
Cette proposition, qui s'inscrit dans une logique de court terme, est de plus déresponsabilisante pour les entreprises et aura une portée très limitée (au prix, une fois encore, d'exonérations de cotisations sociales), à considérer qu'elle ne soit pas tout simplement censurée par le Conseil constitutionnel. Puisque ce sont essentiellement les gains de productivité qui déterminent l'évolution des salaires, il serait bien plus pertinent d'investir massivement dans les pôles de compétitivité, qui permettront de créer des emplois dans des secteurs innovants à forte valeur ajoutée. Cette politique permettrait d'agir en faveur d'une relance des gains de productivité, et donc d'une véritable relance du pouvoir d'achat.
Retrouvez cet article sur le numéro d'OpinionS de mars 2007
16/11/2007
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