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Au moment où bat son plein la campagne présidentielle 2007 en France jamais ne s'est posée avec autant d'acuité la question de la définition du rôle du politique dans la démocratie.
Nombreux sont et ont été les slogans qui prétendent répondre à une telle question. D'un « Changer la vie » devenu le leitmotiv de toute une classe politique, en passant par la force tranquille devenu la « rupture tranquille », ces slogans à valeur de lignes directrices ont forgé la conviction que le politique pouvait et se devait de changer les choses. L'idéalisme politique, qui a fait preuve d'une constance surprenante au XXème siècle, ne se dément pas et demeure l'apanage de la pensée politique au XXIème siècle. Pourtant cet idéalisme reste discret car teinté d'un horizon, qui le dépasse lui-même sans pour autant entrer en contradiction avec lui, celui de l'utilitarisme et du pragmatisme. L'intérêt est partout : on n'attend plus du politique la gestion du bien commun ni même une certaine représentation dans l'espace démocratique mais plutôt une prise en charge des intérêts de chaque citoyens, qui regroupés dans des agrégats déterminés par des constantes sociologiques, sont renvoyés dos à dos par des intérêts contradictoires.
Voilà comment l'intérêt des particularismes, par un grand retournement historique, a fait succomber l'intérêt général. Aussi est-il temps de sortir de cette logique d'intérêt qui n'a pour effet que d'éclater chaque fois plus le corps social en une multitude de groupuscules artificiellement opposés. Proposons un nouvel horizon pour redéfinir le rôle du politique : l'esthétique. La représentation est en effet au cœur du rôle du politique. Si elle comprend une dimension instrumentale forte, qui place l'intérêt au centre de son mécanisme, elle est aussi largement fondée sur la réalité axiologique dont fait partie l'esthétique. Aussi le corps des citoyens, dans son ensemble, ne vote pas simplement au regard de l'intérêt que prendrait en compte la classe politique qui le représente ; il vote pour des représentants qui lui apparaissent en conformité avec des valeurs qui l'anime. Ces valeurs et cette conformité sont d'essence esthétique car elles touchent à une réalité qui ne peut simplement être évoquée en des termes mettant en jeu l'intérêt. La liberté et l'égalité sont des valeurs esthétiques dans le sens où elles renvoient au plus profond de notre être ; aussi restent-elles difficilement accessibles à la raison car trop souvent celle-ci est limitée à sa dimension instrumentale qui occulte la pluralité même de l'être.
D'autre part, une formule telle que « insuffler la confiance » dont chacun s'accorde à dire qu'elle est au cœur du rôle du politique, met en jeu encore une fois l'esthétique. L'adhésion et l'engouement suscités par des grandes figures politiques, telles que le Général De Gaulle, Jaurès, Kennedy, Gandhi etc… qui appartiennent encore largement aujourd'hui au référentiel commun, est d'essence esthétique : leur conduite, leur action qui en leur temps ont su « insuffler la confiance » se sont largement inscrites dans la dimension esthétique. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal tracent chaque jour, par leurs innombrables sorties médiatiques, les contours de cette aventure esthétique. Face aux désillusions dont souffre aujourd'hui l'ensemble du corps social, ils s'efforcent non plus de convaincre mais de persuader : ils s'attachent à plaire et à séduire afin de susciter l'adhésion. Telle est la véritable rupture avec la morosité des campagnes électorales des vingt dernières années qui ont vu les français se détourner de la politique : rétablir la primauté de l'esthétique sur l'utilitarisme. L'enfermement constant dans lequel s'est cantonnée la classe politique, dans son ensemble, avec les batailles de chiffres, qui scelle d'ailleurs une splendide intrusion de la donne économique dans le politique, s'est avéré être une impasse. Pourtant beaucoup d'hommes et de femmes politiques continuent à s'enfermer dans ce rôle de spécialiste espérant susciter l'adhésion en maniant avec dextérité les tenant et aboutissant d'une pléthore de dossiers et problématiques. Or le politique n'est pas un spécialiste de la res publica, il est en le représentant et le gardien. Son rôle se limite à définir les contours et l'horizon de la chose publique, et non à déterminer son articulation dans l'espace public et légal ni même sa transcription en droit positif.
Il choisit de privilégier certaines valeurs sur d'autres et laisse aux spécialistes (juristes, législateurs, magistrats, économistes…) le soin de transcrire ses choix, d'essence esthétique, en des propositions positives. Peut-être, tout au plus, se garde-t-il un droit de regard sur la conformité des propositions émises par les spécialistes aux horizons qu'il a préalablement définis. Certes, on opposera à ces propos que la connaissance de la res publica reste le prédicat de l'action politique : la tradition philosophique et Platon en particulier dans l'Alcibiade, s'est fait maître de tels propos. Pourtant cette connaissance, qui s'acquiert en politique principalement au contact de l'expérience, ne peut reposer que sur un substrat de valeurs qui donne sens à ce savoir et à l'action politique. Aussi encore une fois, cette connaissance est d'essence esthétique et ne peut se prévaloir de quelconques procédés mécanistes et systématiques.
Ainsi, si chacun reconnaît l'extrême importance d'étudier avec une minutie certaine l'ensemble des propositions des candidats à l'élection présidentielle, peut-être ne faut-il pas oublier de prendre en compte d'autres clés de lecture telle que l'esthétique. Le politique se définit principalement par sa capacité à incarner et représenter des valeurs face auxquelles tout un chacun est plus ou moins sensible. C'est dans le comportement, l'action des différents candidats que l'électeur peut déceler les attributs de celui ou celle à même de mieux le représenter. On ne vote pas simplement pour des idées, on vote aussi pour une personne, un destin.
Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007
16/11/2007
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Avec Opinions, le journal de D&V, suivez l'actualité politique vue par les étudiants de l'ESSEC
Bonjour, J'apprécie beaucoup ce texte évoquant le rôle de l'esthétisme dans la vie politique. Je vous propose donc de voir un autre texte : Crise de l'art, crise civilisatrice qui traite également du même sujet sur le blog DIALOGUE CITOYEN à l'adresse suivante : http://dialogue-citoyen.blogspot.com/2007/02/crise-de-lart-crise-civilisatrice_06.html Bien cordialement. Jean-Paul OZANON
12/04/2007 09:06:00 - Jean-Paul OZANON