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La réforme de la politique en France devrait-elle passer par l'institutionnalisation du bipartisme à l'image de ce qui fonctionne en Grande Bretagne et aux Etats-Unis ?
A la vue du nombre de candidats déjà déclarés pour la présidentielle, on ne peut qu'être consterné par l'éclatement des mouvements politiques en France. Car à côté des deux voire trois grands partis traditionnels (UMP, PS, UDF), fourmille une nébuleuse de groupements aux opinions plus ou moins extrêmes, aux programmes plus ou moins définis. Pourquoi, depuis la IVème République, la France est-elle abonnée à l'éclatement politique ? La question mérite d'autant plus d'être posée à l'heure où on réfléchit à une réforme du Parlement qui viserait à lui donner davantage de prérogatives. On se demandera en effet si la faiblesse du parlement ne provient pas moins d'un manque de prérogatives que d'une incapacité à s'exprimer clairement. Et pour cause : avec huit partis représentés en face de lui, le Président de l'Assemblée Nationale a bien souvent le rôle d'un surveillant de cour de récréation. Dès lors, une réforme de la politique en France devrait-elle passer par l'institutionnalisation du bipartisme à l'image de ce qui fonctionne en Grande Bretagne et aux Etats-Unis ?
Le bipartisme s'inscrit en effet dans le cadre général de la démocratie pluraliste et libérale et on considère qu'il en facilite considérablement l'exercice. Il présente plusieurs avantages.
En ce qui concerne les élections, il offre au peuple un choix clair et suffisant. Généralement, l'un des partis incarne un certain conservatisme, l'attachement à l'ordre et à la tradition, (l'UMP ferait l'affaire) cependant que l'autre s'affirme partisan du progrès, orienté vers l'évolution et le mouvement (le PS se reconnaîtra) : ce sont là deux constantes de l'esprit humain entre lesquelles l'électeur peut se prononcer en toute connaissance de cause. Mais force est de constater qu'aujourd'hui en France, cet état des choses est très loin d'être atteint. L'éclatement, pour ne pas dire multiplication, des partis, particulièrement à gauche, est très loin de permettre une gestion efficace du pays car les mêmes positions sont souvent défendues par plusieurs partis, dans une cacophonie générale. Pour s'en convaincre, il suffira de regarder l'extrême gauche de notre pays qui, représentée par le Parti communiste, Lutte ouvrière, la Ligue communiste révolutionnaire, peut certainement se targuer d'essayer de faire (l'extrême gauche plurielle) ce qu'aucun parti n'est arrivé à faire dans aucun autre pays.
Le bipartisme présente aussi d'autres caractères qui contribuent à en faire un phénomène original. D'une part il ne s'improvise pas et, lorsqu'il existe, il tend naturellement à se perpétuer : c'est le cas en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis où le bipartisme plonge ses racines dans le passé national et où les tiers partis n'ont guère de chance de succès. Il suffira de citer à cet égard le parti libéral anglais qui malgré son association avec le parti social démocrate en 1983, 1987 et 1992 a toujours fait figure de force d'appoint. D'autre part, le bipartisme suppose l'accord des deux partis sur les données fondamentales du régime. En effet il implique la libre alternance au pouvoir, en fonction des élections, des deux partis en compétition. Il ne peut donc fonctionner normalement que si on est assuré que l'un d'eux ne profitera pas d'une période d'exercice du pouvoir pour changer de régime. A cet égard, le lecteur sera rassuré d'apprendre que les statuts de la LCR fixe comme objectif de l'organisation de réaliser « la révolution prolétarienne ».
Le salut du débat politique français réside donc assurément dans l'établissement d'un scrutin favorisant le bipartisme. Mais pour qu'une telle réforme porte ses fruits, il faudra un bipartisme qui s'assume, un choix politique clair, une volonté d'aller dans ce sens. L'écueil serait de tendre vers un bipartisme créé par une manipulation des médias (comme ce que dénonce aujourd'hui F. Bayrou) ou un bipartisme atteint par des pressions politiques pour évincer les petits partis (pression sur les maires qui accordent les parrainages). Cela ne devra toutefois pas se faire par une bipolarisation uniforme des opinions : des courants de pensés différents devront pouvoir se développer au sein de chaque parti, à l'image de la tendance gaulliste au sein de l'UMP. A cette condition seulement le parlementarisme français pourra gagner en clarté et en efficacité sans perdre en démocratie.
Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007
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Très bon article! Merci pour toutes ces précisions.
24/04/2007 15:09:00 - OpinionS Lover