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Jean Marie Le Pen n'a jamais été crédité d'aussi bons sondages. En fait les idées du Front national se banalisent dans l'opinion publique française. Comment en est on arrivé là ? Et surtout comment l'interpréter ?
Jean Marie Le Pen n'a jamais été crédité d'aussi bons sondages que lors de la campagne de l'élection présidentielle 2007. En fait les idées du Front National, troisième parti de France (1), se banalisent dans l'opinion publique française. Ainsi, en termes quantitatifs, lors de l'été 2006 sa cote de popularité était de 18% alors qu'en 2001, à un an des présidentielles où il a figuré au second tour, cette cote oscillait entre 6 et 8%. De plus, en termes qualitatifs, ce sont les réponses aux enquêtes d'opinions qui sont les plus significatives. Un sondage de l'institut TNS-Sofres sur « l'image du Front national dans l'opinion », réalisé pour Le Monde et RTL après la crise des banlieues, montre que de moins en moins de Français rejettent les positions de Jean-Marie Le Pen sur les grands problèmes . Par exemple, ils ne sont plus que 39 % à les trouver « inacceptables » en 2005, soit 5 points de moins qu'en 2004 et 9 de moins qu'en 1997. Comment en est on arrivé là ? Comment expliquer cette « lame de fond » qui traverse l'opinion ? Et surtout comment l'interpréter ?
Une entreprise de communication
Toute explication politique doit se diviser en deux parties qui sont en fait indissociables. D'une part, l'aspect superficiel ou « marketing » d'une campagne politique. Le but de Marine Le Pen est par exemple de « dédiaboliser » le FN, d'en faire un parti de gouvernement respectable et qui puisse être invité sans problèmes dans les medias. Une femme, le sourire, aucun dérapage : tous ces aspects visent à donner un cachet de respectabilité au parti d'extrême droite. D'ailleurs cette stratégie est gagnante, car malgré la rengaine usuelle selon laquelle le FN serait privé d'interviews et de plateaux de télévision, les journalistes se battent pour inviter la directrice de la stratégie du FN.
Nous pourrions citer d'autres éléments plus subtils comme le nouveau design de la flamme du FN, plus moderne et souple. Ou encore la communication de Jean Marie Le Pen qui se pose comme un grand père rassurant. Enfin, les affiches de campagne dont une mettait en scène une femme métisse, avec toujours le slogan expliquant que le FN n'est ni de droite ni de gauche… Mais le deuxième volet d'une explication politique doit s'attarder sur les thèmes de campagne, sur le fond, c'est-à-dire les éléments plus profonds qui seront ensuite mis en avant grâce à une communication ingénieuse.
Au-delà de la forme, les mêmes thèmes paradoxalement peu critiqués
Le diagnostic usuel d'un vote pour le FN qui serait un vote de protestation est insuffisant. Penser cela, c'est éluder les vrais problèmes. Pour nombre d'électeurs, voter pour le FN aujourd'hui ce n'est pas seulement exprimer un ras-le-bol ponctuel. C'est malheureusement un accord plus profond avec un certain nombre de prises de positions de ce parti. Il faut donc aller chercher plus loin.
C'est d'abord l'absence de réel débat sur ses idées. Bien que ce soit pour le FN un argument pour être anti-système, les medias ne traitent pas du fond c'est-à-dire ne relèvent qu'exceptionnellement les points polémiques du programme de ce parti. On reste sur une pseudo « diabolisation » de ce parti mais on n'explique pas aux électeurs qu'est ce qui pourrait poser problème. Il est légitime de soulever quelques points du programme du FN : la remise en question du droit pour l'avortement, la remise en cause de l'abolition de la peine de mort, la suppression de l'impôt sur le revenu, l'enseignement du « Beau » et de la « Morale », et l'application de la préférence nationale à tous les niveaux (logement, emploi …).
C'est donc ensuite le débat sur la préférence nationale. Moins de ressources (dette publique, déficit budgétaire), toujours autant de demande de social. Arithmétiquement, cela signifie que la question de la redistribution de ce « social » se pose nécessairement. En clair, dans les débats politiques apparaît l'idée de réserver certains droits sociaux aux français, et d'en écarter les étrangers résidant en France.
Au FN, cela donne le conditionnement des allocations à la nationalité. A l'UMP, la proposition de Nicolas Sarkozy de réserver le droit au logement opposable (2) aux seuls français. Au PS, il n'y a pas encore de proposition allant en ce sens, mais pour combien de temps ?
La préférence nationale est un thème qui va compter dans les débats politiques à venir. Les partis devront se situer par rapport à lui. C'est en fait un débat autour de l'identité nationale, de ce que signifie le fait d'être français, de la répartition des droits et des devoirs pour les citoyens. Si les partis républicains ne saisissent pas ces questions à bras le corps, ils laisseront au FN un boulevard pour séduire les électeurs, qui pourrait avoir le monopole de la question.
(1) Selon les types d'élections, le Front national représente entre 11 et 18 % de l'électorat français au niveau national, dépassant 30 % dans certaines villes et régions, depuis de nombreuses années.
(2) Droit au logement opposable : droit ouvrant la possibilité à toute personne privée de logement de saisir les tribunaux à l'encontre des pouvoirs publics.
Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007
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15/04/2007 12:51:00 - Modérateur