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Home > Actualité - Média > Débat & Vous > Le débat sur l'identité nationale, un écran de fumée
Véritable écran de fumée dissimulant les vrais enjeux des élections présidentielles, la question de l’identité nationale prend une place prépondérante à deux semaines du scrutin. Segolène Royal, Nicolas Sarkozy, et l’inévitable Jean-Marie Le Pen : trois des principaux candidats ont pris position sur ce qu’il convient d’appeler la défense de l’identité nationale.
Pourtant, les candidats républicains n'ont a priori pas à s'aventurer sur ce terrain. En effet, une définition de l'identité nationale que l'on pourrait qualifier de « juridique » devrait leur suffire : être français, c'est respecter les lois de la République. De ce fait, toute réflexion politique, toute réforme met en jeu l'identité nationale, dans la mesure où elles sont susceptibles de modifier les lois de la République ; l'identité nationale est une question transversale, qui ne doit pas faire l'objet d'un débat particulier. Redéfinir l'identité nationale, c'est proposer de nouvelles lois ; la défendre, c'est s'assurer que le pouvoir judiciaire ait les moyens de mener sa mission à bien.
Vouloir redéfinir l'identité nationale en dépassant cette définition juridique, c'est franchir la limite qui démarque la vie de citoyen de la vie privée. L'identité nationale ne constitue en effet qu'une partie de l'identité de chaque individu : en France, chaque citoyen est un français, mais il n'est pas qu'un français. Il ne s'agit pas de nier l'existence d'une culture dominante sur le territoire français et partagée par une grande partie des citoyens, mais de dire que celle-ci ne saurait définir l'identité nationale, puisqu'elle appartient à la sphère privée. Autrement dit, un candidat républicain n'a pas à ériger un modèle culturel en norme nationale, fut-il dominant. Tout citoyen est libre d'agir et de penser comme bon lui semble, tant qu'il ne transgresse pas les lois. L'Etat paternaliste qui définit l'identité de ses citoyens est l'ennemi de la République, qui, en établissant un puissant règlement intérieur garantissant à chacun sa liberté de conscience, ne préjuge pas de ce que doivent être et penser les citoyens (à la condition que ceux-ci n'empêchent pas les autres de jouir de cette liberté).
Un certain malaise est certes palpable au sein de la population française, et la perte des repères dans un monde évoluant de plus en plus rapidement inquiète. Mais il s'agit là d'une crise culturelle, et non d'une crise de l'identité nationale. Il faudrait faire la pédagogie de cet ordre nouveau, en expliquant que c'est l'esprit d'initiative, la capacité d'adaptation et l'innovation qui compteront demain. Il faudrait considérer l'explosion des frontières comme une invitation à l'ouverture, et non comme un effondrement d'une ligne Maginot protectrice qu'il conviendrait de réparer au plus vite. Rassurer à bon compte en exaltant la nationalité française (en la confondant avec l'identité culturelle), c'est au mieux se tromper de diagnostic, au pire faire preuve de lâcheté et masquer son impuissance. Quand Royal reprend à son compte l'hymne et les drapeaux, elle passe à côté de l'essentiel. Quand Sarkozy propose de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, il sous-entend que l'immigration menace cette dernière et trouve de commodes bouc émissaires, à l'instar de Le Pen, alors que seule une infime minorité des migrants transgresse les lois et donc menace l'identité nationale.
Au quotidien, la précarité désoriente bien davantage que les exemples isolés montés en épingle (cas de polygamie, etc.). Il est sûrement plus simple de dire que l'identité nationale est menacée par l'immigration que de lutter contre la pauvreté et le chômage de masse pour réinsérer les exclus, de relancer le pouvoir d'achat pour protéger les familles minées par les difficultés financières. Il est sûrement moins coûteux de parler de faillite morale que de financer un plan d'envergure pour les quartiers sensibles.
L'identité nationale ne devrait donc pas être un sujet majeur de ces élections présidentielles en tant que tel. Avoir conscience que modifier les lois de la République revient à modifier l'identité nationale, et donc que chaque réforme la met en jeu, oui. En parler comme d'une question spécifique, mêler identité nationale et tradition ou culture dominante, non. Le progrès, ce n'est pas le retour de l'Etat paternaliste qui décide de ce que l'identité de ses administrés doit être. C'est l'accompagnement dans un monde en perpétuel mouvement, où les individus se forgent leur identité eux-mêmes.
16/11/2007
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