Les Français, petit peuple d’enfants gâtés
le 16/11/2007 - par Sebastien Mejean pour Débat & Vous Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !"Réjouissons-nous de la réconciliation de l’histoire et de la géographie européennes". C’est avec cette belle formule que les chefs de gouvernement ont officiellement accueilli dix nouveaux pays dans l’Union européenne. Vous ne vous en souvenez vraisemblablement pas…
L'élargissement à ces dix pays s'est fait en France dans l'indifférence la plus totale. D'une part les manifestations officielles ne furent pas mémorables, mais d'autre part, et c'est le plus important, les Français n'étaient pas enthousiastes. En revanche en Estonie, en Hongrie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en Slovaquie, en Slovénie et en République tchèque ainsi qu'à Chypre et à Malte, il y eut un vrai engouement populaire aussi bien qu'un réel poids politique. Les Français ne se rendent pas compte du rêve que représente l'Union européenne pour des pays qui pour la plupart vivait, il n'y a même pas vingt ans, sous le joug soviétique. Oui, l'Union européenne représente un idéal. Un idéal de paix, de prospérité et de stabilité. Et qu'ont fait les Français le 29 mais 2005 ? Ils ont rejeté l'Europe. Ils ont écarté d'une main méprisante presque 50 ans d'abnégation et de concessions pour construire l'Europe. Qu'on ne me dise pas que le « non » au référendum n'était pas un « non » à l'Europe. Il en va des « nonistes » comme des altermondialistes, un déni de réalité. Un autre monde est possible affirment les premiers ; une autre Europe est possible répondent les seconds. Or cela n'est pas vrai. Plutôt que de considérer l'Europe telle qu'elle est, ils voudraient la modeler telle qu'ils la conçoivent. Ainsi ce « non » avait pour but d'arrêter l'Europe « avant qu'il ne soit trop tard ». D'ailleurs dans les faits depuis ce « non » l'Europe est totalement paralysée.
En mettant un frein à l'Europe, les Français ont profondément déçu leurs jeunes partenaires, d'autant plus que les arguments du « non » tournaient pour la plupart autour de l'élargissement. Les nouveau Etats membres eurent le sentiment qu'une Europe réunie, pacifiée ne représentait plus rien aux yeux des Français. Ainsi, incapables de regarder plus loin que le bout de leur nez, ces derniers ont totalement méprisé les ambitions que ces pays portaient dans l'Europe, en leur envoyant un signe négatif pour ne pas dire hostile. Les Français ont voté non à l'Europe parce que Bolkenstein ça sonne mal alors que les Polonais lui ont dit oui parce que cela représente un rêve. Quel décalage ! Ils ont sacrifié l'essentiel pour préserver le détail. Car l'essentiel c'est bien une Europe qui, fût-elle imparfaite, avance et empêche les catastrophes du 20ème siècle de se reproduire. Dès qu'ils sont mécontents les Français agitent leurs petits hochets sans se soucier un instant des conséquences de leurs actes. Cela fait penser à ces contes où le bébé d'un géant écrase des pauvres petits humains simplement en marchant. Les Français ne se sont pas montrés dignes de leurs doits. Or l'exercice d'un droit impose un devoir de responsabilité.
Et là les Français réitèrent leur exploit avec le droit de grève. Après avoir paralysé l'Europe pendant des mois, pourquoi ne pas paralyser la France ? Ainsi une minorité impose ses vues à la majorité. Ne serait-ce pas un déni de démocratie ? Ce qui est sûr c'est qu'encore une fois les Français ont abusé de leur droit, sans se rendre compte des conséquences de leurs actes. Mon propos ne consiste pas à dire que les inquiétudes des cheminots pour leur avenir est illégitime, pas plus qu'au sujet de l'Europe les délocalisations représentaient une fiction, mais d'appeler à la mesure, à la responsabilité. Une personne responsable est une personne qui mesure la portée de ses actes. Les Français ont déçu, une fois encore.
Dans son livre Comment guérir un fanatique, Amos Oz explique que ce qui confère sa légitimité à une cause c'est non pas la raison pour laquelle elle est défendue mais la manière avec laquelle elle est défendue. Ainsi ce qui est important c'est moins ce que l'on défend que comment on le défend. Cette pourrait s'appliquer à l'exercice des droits en France.

Retrouvez tous les articles du journal OpinionS de novembre 2007
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'








