Jeudis Noirs

le 16/11/2007 - par Juliette Copin pour Débat & Vous Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !

Jeudis Noirs  Il y a la manière forte, celle des autorités de Dubaï, qui a décidé d'expulser - sans préavis - 4000 travailleurs ayant participé à des grèves. Il y a la manière douce, la nôtre, celle des pourparlers et vaines (?) négociations qui aboutit... à quoi au juste ? A quatre nouvelles journées de grèves pour le seul mois de novembre : les 13 et 14 pour la SNCF, EDF et GDF, le 20 pour l'Education Nationale, le 28 pour les magistrats. L'exception française...

     Bref rappel des faits pour celles et ceux qui auraient manqué un épisode : Au cœur des dernières grèves, les régimes spéciaux de retraite. Le gouvernement souhaite en effet allonger à 40 ans d'ici 2012 (et 41 ans par la suite) la durée de cotisation pour une retraite à taux plein, contre 37,5 ans actuellement, soit un alignement des régimes spéciaux de retraite sur le régime général de la fonction publique. 1,1 million de retraités et 500 000 actifs en sont (ou en seront) bénéficiaires, ce qui constitue seulement 6% des pensions versées en France.

     Et même si le gouvernement se déclare inflexible sur la durée de cotisation, non « négociable » selon François Fillon, Premier Ministre, il se révèle être un peu plus flexible sur d'autres aspects comme les décotes pour les salariés actuels. D'ores et déjà, Nicolas Sarkozy a déclaré que « la rue ne fera pas plier » [le gouvernement]. Plus facile à dire quand on a une majorité de Français qui vous soutient : 68% des Français sont opposés aux revendications des régimes spéciaux. 71% souhaitent que le gouvernement ne cède pas aux revendications syndicales.

     Mais est-ce bien le cas ? Nicolas Sarkozy maintient-il vraiment le cap ? Avec une participation à la grève du 18 octobre atteignant 73,5%, soit un chiffre plus élevé que lors de la fameuse grève de l'hiver 1995 (67% au plus fort de la mobilisation) et un coût pour  la journée de grève estimé à 150 millions d'euros (60 millions d'euros pour la grève chez Air France), le gouvernement a révisé sa copie : Xavier Bertrand, ministre du travail, a notamment déclaré attendre des syndicats des « propositions » à propos du « document d'orientation » qu'il leur a distribué. Un aveu de faiblesse ?

     La stratégie du gouvernement : le classique mais néanmoins efficace « diviser pour mieux régner». Il a en effet décidé de contenter les agents de conduite. La FGAAC (Fédération Générale et Autonome des Agents de Conduite) a obtenu pour les cheminots conducteurs de trains : une retraite garantie à 55 ans (50 ans aujourd'hui), les cinq années de bonification maintenues pour 23 années de conduite, la possibilité de partir avant 55 ans (décotes minimisées). Alors que le projet du gouvernement prévoyait l'abolition des cinq années de bonification, il a finalement revu sa copie. Son objectif : diviser les cheminots en tentant le jeu du conflit intersyndical. La FGAAC, contentée, ne pouvait que se retirer du mouvement de grève, ce qu'elle fit dès le 19 octobre...La question est désormais de savoir si les cheminots resteront solidaires et continueront à soutenir le mouvement, malgré la satisfaction de leurs intérêts propres. Tous pour un, un pour tous ?

     Surtout, la question du service minimum se pose, lorsqu'on sait que la moitié des journées de grèves provient des seuls services publics de transports... qui ne représentent que 1,5% des salariés. 85% des Français sont favorables à la mise en place d'un tel service. Fin du débat me direz-vous ? Pas si sûr : nos lois ont en effet deux exigences contradictoires. La Constitution affirme que "Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent." C'est-à-dire que 1) c'est un droit de tout salarié et 2) comme rien ne le limite concernant les transports publics, les grévistes peuvent prendre en otage la population tant qu'ils veulent. D'un autre côté, divers textes affirment le droit, pour les usagers, à la continuité des services publics. On résume: droit de grève des salariés contre intérêt des usagers.

  Plus important : avec la mise en place d'un service minimum effectif, les salariés perdent l'efficacité de leur droit de grève. Où est l'intérêt de faire grève si l'on n'est plus visible ? Et si, comme en Italie, on assure un service normal aux seules heures où les salariés partent au travail et en reviennent, on pénalise les autres usagers et le trafic de marchandises des entreprises, ce qui est contraire à l'égalité des droits des citoyens de bénéficier des mêmes services publics. D'autre part, la concentration de la population est telle en région parisienne qu'il est impossible d'imaginer un service réduit à un train sur cinq ou un train sur quatre aux heures de pointe, sans prendre des risques importants pour la sécurité des voyageurs. Au demeurant un tel dispositif serait de peu d'utilité pour les voyageurs situés en milieu de ligne, qui ne pourraient accéder à des trains surchargés. Le service minimum est un " pis-aller " dont la mise en œuvre soulève en outre des problèmes techniques.

      Pas de remède miracle donc mais un dernier chiffre avant de vous envoyer la fleur au fusil affronter cette nouvelle semaine de grève: les grèves de 1995 avaient coûté entre 0,4 et 0,6 points de PIB... Souhaitons donc qu'un accord soit conclu au plus vite. 

Retrouvez tous les articles du journal OpinionS de novembre 2007


1 commentaire(s)

Très bon article et objectif sur un sujet délicat dans lequel on prend trop facilement position. Bonne continuation
par Nicolas, le 2007-11-17 19:04:00

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