Travailler plus pour gagner plus...ou la fin du repos dominical

le 19/05/2008 - par Radu Calin Il y a 4 commentaires. Réagissez vous aussi !

Le dimanche, jour du seigneur avec la messe, la vie économique est mise entre parenthèses pour favoriser la vie familiale, associative, personnelle de tous. Mais le repos dominical est-il vraiment sacré...pas sûr à en croire le gouvernement !

Travailler plus pour gagner plus...ou la fin du repos dominical

 

Le dimanche, jour du seigneur avec la messe, marque le weekend comme un temps dans la semaine où la vie économique est mise entre parenthèses pour favoriser la vie familiale, associative, personnelle de tous. Sur ce point le code de travail, ne saurait ne pas être d'accord : le repos c'est sacré ! En effet, un salarié ne peut travailler plus de 6 jours consécutifs, 24h de repos sont obligatoires chaque semaine et, en principe, le dimanche. Mais personne ne songerait à contredire une telle évidence. Et pourtant...la loi du 13 juillet 1906 qui fixait le principe du repos non dominical a connu bien des exceptions !

 

La réglementation légale stipule que des dérogations peuvent être accordées de manière permanente (tout au long de l'année) pour certaines activités comme la restauration (restaurants, bars, fast-foods,...), les services culturels et urbains (musées, piscines,...) ainsi que certains supermarchés. D'autres le sont de manière temporaire, moyennant compensation.

 

Aujourd'hui, l'enjeu c'est l'ouverture des grandes surfaces le dimanche, les partisans de la déréglementation s'appuyant principalement sur l'idée de liberté. Mais ceci remet en cause la diversité du commerce puisque la généralisation de l'ouverture des grandes surfaces le dimanche se fait au détriment du commerce de proximité en «cannibalisant» ses parts de marché.

 

Adieu les marchés traditionnels du dimanche matin quand la grande distribution pourra ouvrir le jour du Seigneur. Adieu aussi la diversité des sources d'approvisionnement ; l'exemple de l'édition devrait nous alerter : au fur et à mesure que disparaissent nos libraires de quartier, les maisons d'édition indépendantes s'éteignent. L'artisan ou le petit commerçant peuvent-ils ouvrir sans interruption, sept jours sur sept ?

 

  La plupart des français se prononcent en faveur de l'ouverture des magasins le dimanche mais la vraie question est : voulez-vous personnellement travailler le dimanche ? Et là, une écrasante majorité répond non ! Doit-on souhaiter aux autres ce que l'on ne désire pas pour soi-même ?

 

Lors d'un entretien télévisé, le 29 novembre 2007, le président de la République avait souhaité que "les salariés qui veulent travailler le dimanche puissent le faire sur la base de l'accord, du volontariat, qu'ils soient payés le double et que l'on puisse élargir les possibilités de travailler pour créer la croissance". Le député Mallié propose d'abord que dans les zones touristiques le préfet puisse délivrer, pour cinq ans, des autorisations d'ouverture dominicale à tous les "commerces de détail".

 

« La consommation dominicale n'existe pas, il est vrai, de manière uniforme sur le territoire national. Il ne faut donc pas généraliser. Ceci étant, il y a une demande forte en Ile-de-France et dans les Bouches-du-Rhône ». Cette zone d'attractivité commerciale exceptionnelle serait établie par les préfets. Ce à quoi le PS a rétorqué « Pourquoi Marseille et pas Bordeaux et Toulouse ? »

 

Sur l'Ile-de-France, cette proposition rendrait aussi bien des services aux grands noms de la distribution. Le 29 février, le juge de Pontoise a interdit à quatre enseignes (Castorama, Darty, Boulanger et Planète Saturn) d'employer du personnel le dimanche dans leurs établissements du Val-d'Oise. En décembre 2007, un amendement à la loi Chatel a permis de légaliser l'ouverture dominicale des enseignes d'ameublement, notamment après le lobbying de Conforama.


4 commentaire(s)

Travailler ou ne pas travailler le dimanche ? Derrière cette question apparemment banale se cache un enjeu de société. Le dimanche est devenu, notamment dans le commerce, le terrain d'une concurrence de plus en plus vive pour la conquête des parts de marché. Or cette journée est un enjeu important de la société de demain. Le repos pris en commun et la trêve de l'économie sont, non le signe du refus d'évoluer dans une société en crise, mais la reconnaissance de la primauté de la personne humaine. Comme les jours fériés, la spécificité du dimanche, jour chômé en commun, répond, en effet, à des exigences profondes de la vie familiale, culturelle, associative et spirituelle. Au moment où croît le nombre de femmes salariées, le respect d'un jour de repos généralisé permet au moins la sauvegarde d'une journée de rencontre commune pour les familles dispersées toute la semaine, qu'il s'agisse d'ailleurs des commerçants ou des salariés. Une fausse bonne idée pour résorber le chômage. Certains avancent l'argument selon lequel en ces temps de chômage, il faut rechercher toutes les solutions capables de résorber ce fléau. Par exemple, en permettant d'accroître la consommation, l'ouverture des magasins le dimanche créerait des emplois. Une étude réalisée par le BIPE en 1993 révèle au contraire que la généralisation du travail du dimanche ne crée pas de véritables emplois mais plutôt un transfert d'activités des petites entreprises de centre-ville vers les grandes ou moyennes surfaces des zones commerciales périphériques, qui offrent proportionnellement moins d'emplois. Les petits commerces peuvent difficilement supporter la concurrence avec les grands distributeurs, ce qui entraîne progressivement leur disparition. A une époque où l'on favorise la création d'entreprises individuelles et surtout où l'on traite la question de l'aménagement du territoire, il serait absurde de négliger cet effet pervers. A ceci, les partisans de l'ouverture dominicale rétorquent "qu'il faut être moderne et rendre les villes gaies le dimanche". Soit. Encore ne faut-il pas rendre plus triste la vie en ville pendant la semaine. Si l'ouverture le dimanche se traduit par le fermeture des petits commerces, où seront les véritables acteurs de la vie sociale de nos villes ? L’activité dominicale se justifie quand il s'agit de services aux personnes ne pouvant être différés. Face aux pressions diverses, la puissance publique a le devoir de protéger et de soutenir les entreprises qui respectent la qualité de vie de leurs salariés en se gardant d'ouvrir la nuit ou le dimanche. L'Etat a déjà autorisé suffisamment de brèches dans cet " acquis social " qu'est le repos dominical pour que cessent les offensives insidieuse des groupes de pression qui utilisent la déréglementation pour défendre des intérêts particuliers. Aux uns et aux autres, il faut peut-être rappeler, comme l'exprime clairement un arrêt de la chambre criminelle de la cour de cassation, que " la règle fixant au dimanche le repos hebdomadaire a été prise dans l’intérêt des travailleurs, hommes ou femmes, et constitue un avantage social. Son application n'est dès lors pas de nature à entraîner une discrimination directe ou indirecte au détriment des uns ou des autres " (30 mai 1995). Le droit au travail le dimanche ne doit pas primer sur le droit au dimanche lui-même. Au-delà de la question juridique, c'est une question qui concerne chaque personne comme consommatrice. Chaque fois que nous préférons faire nos courses en semaine, nous offrons un dimanche à une famille.
par michel, le 2008-05-19 23:14:00

La question du repos dominical, bien plus qu'une affaire économique, est un enjeu de société. Il ne s'agit pas en effet de savoir si quelques-uns pourront arrondir leurs fins de mois difficiles par ce biais, car des conditions de salaire décentes devraient être assurées par une autre voie. Il s'agit de respecter la dignité fondamentale de l'être humain jusque dans sa vie collective. Il s'agit de garantir à la société un jour de repos en commun. L'exception ne peut être tolérée que pour les services à la personne, pas pour faire plus de profit. L'homme ne peut se réduire à un consommateur, mais a besoin pour vivre d'un temps de repos à consacrer à son propre ressourcement, mais surtout à son couple, à sa famille, à ses amis et aux activités culturelles sportives et spirituelles. Le repos dominical, c'est la respiration de la société. Pour une société plus humaine, signez la pétition : http://www.repos-dominical.com/petition/ Remy.
par Remy, le 2008-05-20 19:58:00

Un document à ne pas rater. http://pagesperso-orange.fr/paroisse.st-joseph/enseignement/ledimanche.pdf
par michel, le 2008-05-26 01:41:00

Voici une pétition en ligne pour la défense du repos dominical http://www.fecfo.fr/spip.php?article77
par Christophe, le 2008-07-08 23:01:00

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