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La mauvaise foi et les postures contradictoires sont un mal congénital de tout débat démocratique...
La mauvaise foi et les postures contradictoires sont un mal congénital de tout débat démocratique. Cependant, on accepte ce vice plus facilement quand il émane de l'opinion publique, évanescente et souvent mal informée, que lorsqu'il est le produit des dirigeants, des élites économiques et politiques, qui ont le devoir d'éclairer les citoyens et non de les fourvoyer. Et si la norme que je viens d'énoncer est une illusion, je l'assume comme telle.
Le débat actuel sur le financement du RSA, qui cache en fait les réelles oppositions envers celui-ci, a ouvert la boite de pandore préférée des tartuffes : la posture indignée. Une fois n'est pas coutume, ce sont les journalistes qui jouent leur rôle dans cette affaire, et étant rarement tendre à leur égard, je fais amende honorable.
On supporte depuis une semaine les différents gémissements émanant de différents groupes d'intérêts dont les différentes réactions « indignées » étaient aussi indifféremment prévisibles que lamentables. Ce concert harmonieusement assourdissant a par ailleurs la fâcheuse manie de noyer les remarques et critiques pertinentes dans un maelstrom de jérémiades
Tout le monde « adore » le RSA... Rarement une mesure n'aura rassemblé autour d'elle une si charmante unanimité, qui naturellement, n'abuse personne. Toute personnalité publique sait qu'il est d'autant plus facile d'amener une critique après s'être confortablement placé au sein d'un consensus bien pensant. Etant dans l'impossibilité rhétorique de dénoncer ce qu'ils pensent vraiment du RSA, ils s'attaquent à son financement.
Je ne dis pas que certaines personnes ne critiquent pas sincèrement le financement retenu, mais juste que je doute de l'honnêteté de beaucoup de contempteurs qui auraient eu tort de na pas se saisir d'une si belle occasion de s'indigner. En fait, ils se moquent bien du RSA, et ne voient que la taxe à venir, sans juger de son objet autre que par une référence déférente...et creuse.
Franchement, qui peut croire que l'absence totale de critique du projet ne dissimule d'arrière pensées ? Martin Hirsch est charmant et des admirablement compétent, mais j'ai peine à croire qu'il ait convaincu la France entière...
Ainsi, Laurence Parisot, pourtant honnête à l'accoutumée, a ressorti la vieille rengaine patronale qui, par son systématisme, prouve qu'elle ne prend pas en considération son objet très spécifique. Elle a critiqué "Cette manie des gouvernements de droite comme de gauche qui consiste à créer des taxes en plus, sans que cela donne de bons résultats. Tout le monde ne peut qu'être favorable au RSA. Mais ce n'est pas un bon principe que de le financer par une taxe supplémentaire. La priorité est de tout faire pour obtenir la meilleure croissance possible. Peut-on le faire en augmentant les prélèvements obligatoires ?" On remarque que la référence au RSA, qui devrait être le sujet principal est expédiée au profit d'une complainte bien connue.
Pourtant, le RSA est de très loin la meilleure idée que les gouvernants aient trouvée pour résoudre efficacement la pauvreté persistante, tout autant que le scandale des travailleurs pauvres, insulte à l'éthique même du travail. Le RMI, mesure qui sous le gouvernement Rocard répondait à une urgence mais qui aurait du être rapidement amendée, va disparaitre. Son épitaphe, « caution des bons à rien », écrite il y a bien longtemps, va enfin trouver sa place sur les archives poussiéreuses des années Mitterrand.
Le RSA, malgré son cout supérieur, n'a démontré lors de ses expérimentations que des avantages. Il devrait grandement contribuer à résoudre deux problèmes majeurs, injustes et douloureux de la société française : le chômage de longue durée et les difficultés du retour à l'emploi ; les travailleurs pauvres.
Le RSA va inciter les chômeurs, et notamment les chômeurs de longue durée, à se réinsérer progressivement dans le monde du travail, à récupérer les bons réflexes et les habitudes que les hasards de la vie bien souvent, mais parfois aussi leur manque de volonté, leur avait retirés. Il va de fait briser la pernicieuse logique de l'assistanat, et remettre dans le coup bon nombre d'exclus d'autant plus efficacement qu'il sera combiné à une limitation des refus d'offres d'emplois viables.
Je suis le premier à trouver scandaleux d'entretenir des gens à ne rien faire, ne serait ce que pour leur propre dignité, mais on ne peut pas reprocher aux pauvres les aléas, les tensions et les difficultés du marché du travail. On peut dénoncer les offres d'emplois non pourvus seulement si on aide ceux qui occuperont ces contrats souvent précaires à vivre dignement avec. Le RSA garantie à qui reprend un quart temps un revenu de 600 euros par mois sur deux ans, au lieu de 400 pour le RMI. C'est peu, mais c'est 50% de plus ! Bien entendu, la mesure cherche à produire un cercle vertueux et compte sur le fait que les employeurs feront évoluer les contrats, ce qui est loin d'être un vain espoir et suit au contraire une logique économique plutôt rationnelle.
Le parti communiste fait le meilleur des compliments au RSA quand il critique le fait que celui-ci va « transformer les pauvres en travailleurs pauvres". Sauf qu'il oublie que ces travailleurs pauvres seront moins pauvres, et qu'il confond cette première étape avec l'objectif final que le processus doit atteindre mais qui ne peut commencer que par une étape précaire. Le PCF n'a de gout que pour le quitte ou double, mais le problème c'est qu'il a fait payer ses paris désastreux à ses électeurs défavorisés en misant sur des chimères, créatures morbides de leur idéologie sordide. Il est vrai que les staliniens ont toujours eu tendance à veiller à ce que la misère persiste pour pouvoir vivre à ses dépends, cf. les miracles de la Révolution que le PCF apporte depuis 40 ans dans les « banlieues rouges ».
Certes, les bénéficiaires du RSA vivront encore chichement, mais quand on vit avec 400 euros, une augmentation de 200 euros de son salaire est un heureux bouleversement. Par ailleurs la prime pour l'emploi et la détaxation des heures supplémentaires devraient venir compléter ce nouveau revenu. En effet, le RSA ne doit pas être considéré comme une mesure isolée, mais bien comme l'élément clé d'une série de mesures qui visent à aider en profondeur les français exclus à se réinsérer par la promotion du travail et de ses valeurs. Il serait heureux que la prochaine cible des réformes soit l'ANPE, qui en plus de fusionner avec l'Unedic, doit absolument opérer une réforme drastique de ses services : en bref, passer de l'inefficacité la plus totale à l'humble accomplissement de sa mission initiale.
La fin du chômage est une priorité plus importante que la hausse des salaires qui devra venir en complément. Je constate au Japon, pays dans le quel je vis depuis deux mois, que l'absence d'oisiveté, malgré des salaires parfois très faibles, est un élément on ne peut plus précieux de la cohésion sociale et de la dignité des habitants.
Le RSA n'est donc pas la réforme magique qui répondra à tous les problèmes, mais elle sera une base solide pour toute future action publique économiquement pertinente et socialement juste.
On peut justement me reprocher cette longue digression quand la polémique porte non sur la mesure, mais sur le financement. Or, mon argumentaire visait à rappeler l'importance cruciale et disons le, révolutionnaire, du RSA pour la société française.
Le RSA coute plus cher que le RMI, c'est un fait. En revanche, c'est un investissement réalisé sur le retour au travail et non une rente sur l'oisiveté. Or il me semble bien que le chômage, en plus de couter fort cher à l'Etat et à la société, est économiquement stérile quand le retour au travail, même subventionné, produit de la richesse supplémentaire... Pour être honnête, même s'il me semble que ce n'est pas le cas, je dois avouer que je ne sais pas si ces effets ont été comptés dans le calcul du surcout du RSA. Je conditionne donc volontiers mon dernier argument à cette incertitude qui n'enlève en revanche rien aux bienfaits sociaux et moraux du retour au travail.
Si le RSA coute plus cher, il faut bien de l'argent. Or, l'Etat n'en a pas, et n'arrive pas à dégager des économies suffisantes pour pouvoir à la fois limiter le déficit et lancer de nouveaux plans. On peut le regretter, je le regrette, mais c'est ainsi et rien ne sert de revenir la dessus. Si Edouard Balladur est à la fois sincère dans son soutien au RSA et dans sa critique sur la surtaxe, j'attends toujours une alternative crédible de suite applicable. Bref, il fallait donc trouver des sous, là où ils sont.
Je passe sur le redéploiement de la Prime sur l'Emploi, solution injuste, parce qu'elle fait porter l'effort pour aider les pauvres sur les moins pauvres uniquement, et dangereuse, parce qu'elle supprime la PPE, un élément clé de la promotion du travail.
Taxer le travail et ses revenus étaient impossibles, d'une part parce qu'ils sont déjà surtaxés, et d'autre part parce ce que cela irait à l'encontre de l'idée de promouvoir le revenu du labeur.
Ainsi, il ne restait que les revenus du capital. Si certaines des critiques sont justifiées, notamment la nécessité d'assurer la pérennité de l'épargne sur le long terme, il faut juste comprendre qu'il n'y a pas d'autres alternatives. En tout cas, je ne l'ai pas et je ne l'ai pas entendue. Par ailleurs il faudrait redevenir sérieux au vu de la faiblesse de la surtaxe, qui comme la rappelé Patrick Devedjian est "effort minime sur le patrimoine pour un investissement économique maximum".
La seule erreur majeure réside dans le risque de voir les plus riches exemptés grâce au bouclier fiscal, comme l'ont souligné les socialistes. Je rejoins d'ailleurs ces critiques, et je pense que le bouclier fiscal devrait uniquement s'appliquer aux revenus du travail, et non aux rentes. Je ne vois pas en quoi une vieille peau qui n'a jamais rien glandé à Neuilly tout en osant critiquer l'oisiveté de la société contemporaine « mérite » de vivre comme une princesse, en tout cas en temps de difficulté budgétaire.
De même, il aurait fallu que cette taxe s'applique aux bénéfices réalisés par les entreprises financières qui osent venir gémir sur la difficulté de se remettre d'une crise dont elles sont les seules et uniques responsables. Il y aurait une saine logique à ce que ces sociétés participent au retour à l'emploi des gens touchés par la restructuration de l'économie dont elles sont les grandes bénéficiaires !
Enfin, on aurait pu attendre la réforme des niches fiscale, qui devra être drastique, et les bénéfices que l'Etat en tirera.
Cependant, il faut de l'argent de suite, on doit donc raisonner avec la situation telle qu'elle est, et non telle qu'elle devrait être, ou sera après les réformes. N. Sarkozy a finalement raison comme l'a dit J.F. Copé qui décidemment fait tout ce qu'il faut pour devenir enfin un Homme d'Etat : « Malheureusement, le mode de financement proposé (...) est la seule solution possible ».
Il faudrait cependant écouter Bernard Accoyer, qui a justement souligné que cette taxe ne peut être pérenne. Les réformes à venir doivent dégager le plus rapidement possible des marges de manœuvre pour dispenser les classes moyennes de payer trop longtemps cette surtaxe. Cette fois, l'objectif est loin, très loin, d'être illusoire.
Nicolas Sarkozy vient de remplir une des grandes promesses du son quinquennat avec panache. Il a aussi fait preuve d'un honneur admirable, en respectant la parole qu'il avait donnée à Martin Hirsch lorsque ce dernier avait eu le courage de prendre des responsabilités à l'encontre de ses amitiés. Il a aussi mis une fois de plus le clan socialiste dans l'embarras, ce qui n'est pas le moindre des avantages...et des plaisirs. En effet, autant peut on reprocher les « coups politiques » vains et superficiels, autant on ne peut que savourer les grandes réformes populaires qui, cerise sur le gâteau, viennent troubler ceux qui n'ont jamais rien fait d'autre que de mettre la nation dans un état proche de ce qu'est leur parti actuellement.
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