Payé pour faire l'ESSEC? Oui, je l'ai été !
le 07/04/2009 - par ESSEClive Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !HEC a annoncé hier que ses étudiants boursiers ne payeraient pas de frais de scolarité pour l’année 2009. Une nouvelle suffisante pour s'interroger sur la réaction des étudiants de l’ESSEC, école concurrente de Cergy-Pontoise.
Traditionnellement, l'ESSEC est réputée pour lancer des innovations dans le secteur de l'éducation. Les projets qu'elle a lancés n'ont jamais manqué d'être repris par ses consœurs, même si elles les décrient toujours dans un premier temps : cela fut le cas de l'apprentissage, dont nous reparlerons, mais aussi du programme Une grande école : Pourquoi pas moi ?, visant à rétablir l'égalité des chances pour les lycéens issus de milieux modestes, largement décliné à l'échelle nationale. La seule des innovations de l'ESSEC qui n'ait été pour l'heure reprise par les autres écoles de commerce française, cela reste le positionnement MBA de son diplôme Grande Ecole... Peu importe, l'ESSEC a trouvé aux Etats-Unis (à Harvard mais aussi Wharton) un écho, ces deux prestigieuses universités ayant lancé un Junior MBA, diplôme semblable à celui de la grande école française.
Pourtant, HEC qui supprime les frais de scolarité des boursiers, cela pourrait faire l'effet d'une tornade dans les couloirs de Cergy. L'institution de Jouy en Josas se ferait-elle plus sociale que son challenger, qui revendique pourtant des valeurs humaines dans son enseignement ?
La réponse est ailleurs : « De quels frais de scolarité parlez-vous ? » répond Victor, étudiant de troisième année. « Payer pour faire l'ESSEC ? Je l'ai été, c'est vrai. »
Victor a intégré l'ESSEC en 2006, après deux ans de classe préparatoire à Strasbourg, ce qui lui coûte la bagatelle de 28 000 €. « Je n'avais pas cette somme, comme la plupart de mes amis à l'école, mais je l'ai empruntée ». A la fin de l'année scolaire, il accomplit six mois d'expérience professionnelle dans une entreprise américaine de restauration rapide. « Certains stages sont bien payés, il ne faut pas croire. Moi, j'étais payé au SMIC, et j'ai eu une prime ». De retour sur le campus, Victor a opté pour la solution de l'apprentissage comme la moitié des étudiants de sa promotion : une formule qui allie périodes en entreprise et à l'école pendant deux ans. « Sur le plan de l'expérience, on apprend beaucoup plus on étant engagé sur le long terme », dit-il.
Sur le plan pratique, c'est une corne d'abondance qui se déverse sur le patrimoine du jeune homme. Le contrat d'apprentissage en grande école, initiée dès 1993 à l'ESSEC, alors pionnière, est particulièrement réglementé, notamment en ce qui concerne la rétribution matérielle offerte à l'étudiant. Ses frais de scolarité pendant deux ans sont pris en compte par l'entreprise, qui les paye via la taxe d'apprentissage. Pour Victor, concrètement, cela s'est soldé par deux chèques de 9 400 € chacun, soit deux années de scolarité à l'ESSEC. A cela s'ajoute une rémunération, fixée à 61% du salaire minimal de la branche la première année, et 78% la deuxième. « Il se trouve que je suis dans le secteur de la téléphonie mobile, où la convention collective est très intéressante. J'entame seulement ma deuxième période de six mois en entreprise, et pourtant cela fait un an que je touche 1200 € par mois, nets, sans qu'ils ne soient soumis à l'impôt. »
Cette disposition fiscale est inhérente au contrat d'apprentissage, ce qui lui confère un avantage supplémentaire. « Pour ne rien gâcher, je viens de recevoir mon intéressement et ma participation aux résultats de l'entreprise. Avec les abondements, je vais mettre de côté 7000 € qui me serviront à acquérir mon logement ».
Alors forcément, quand on lui demande ce qu'il pense de la décision d'HEC, Victor sourit. « Ne pas faire payer les boursiers, c'est une excellente nouvelle pour les boursiers, mais l'apprentissage, qui n'existe pas à HEC contrairement à la plupart des écoles de commerce, permet de ne pas faire payer bien plus d'étudiants. D'ailleurs, je me demande quel sera l'impact de cette décision d'HEC sur les frais de scolarité des non-boursiers. »
Serait-ce l'environnement de Cergy, moins bourgeois que celui de Jouy-en-Josas? La scolarité la rentrée 2008 était de 32400 € à l'ESSEC, contre 37 000 € à HEC.
« On peut ne pas être boursier, sans pour autant avoir 30 000 ou 40 000 € à dépenser dans sa formation. Il faut penser aux ménages modestes, ainsi qu'à ceux qui ont aussi des frères et sœurs dans l'enseignement supérieur. »
L'ESSEC a pensé à ceux qui voudraient réduire leur frais de scolarité dès la première année ou ne voudraient pas recourir à l'apprentissage, par exemple pour connaître la culture de plusieurs entreprises et faire des stages différents. Pour ces étudiants, il est toujours possible de réaliser des monitorats : être assistant d'un cours, d'un professeur ou rendre des services à l'administration. « De source étudiante, la prospection d'entreprises pour la taxe d'apprentissage est le monitorat qui paye le mieux. J'ai un ami qui a gagné un peu plus de 4000 € ainsi. »
Nombreuses sont les solutions pour les étudiants de l'ESSEC désireux de financer leur scolarité, sans même recourir aux petits jobs proposés par les junior entreprises. « On n'a peut-être pas d'argent, mais on a des idées ».
Pour Victor comme pour tous les étudiants de l'ESSEC, on veut croire, à raison, que l'ESSEC reste la plus sociale des grandes écoles de commerce.
Vue de Cergy, l'annonce d'HEC est surtout un coup marketing au milieu de la crise.
Pour en savoir plus :
La campagne de Développement du groupe ESSEC, sources de financement des bourses des étudiants
Le programme Une Grande Ecole : Pourquoi pas moi?
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