Faut-il encore lire La Princesse de Clèves ?
le 03/06/2010 - par Magazine Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !De façon inattendue, La Princesse de Clèves apparaît comme un marqueur de la culture humaniste si peu compatible, semble-t-il, avec les injonctions à l’action immédiate, à l’efficacité, à la rentabilité. S’inscrivant dans le cycle: «Quelle(s) culture(s) pour quel(s) public(s)?» , ces débats, loin d’être enfermés dans la seule sphère esthétique et intellectuelle, touchent plus que jamais à la vie sociale et politique. Le Théâtre 95 souhaite prendre sa part dans cette réflexion et vous convie à ses colloques le 5 Juin 2010.
Le Théâtre 95 place au coeur de sa démarche la question, à la fois sensible et complexe, du rapport de la population à la création, aux oeuvres, à l’art et propose régulièrement des débats sur ces thèmes. S’inscrivant dans le cycle: «Quelle(s) culture(s) pour quel(s) public(s)?» trois colloques ont eu lieu:
- «Culture, contre-cultures, inculture» explorait les clivages existant entre cultures dites savantes et cultures dites populaires;
- «Les jeunes et la culture» interrogeait les fractures tant esthétiques que culturelles et sociales entre les générations;
- enfin «L’éducation artistique: de quoi parle-t-on?» posait clairement la question de la transmission des savoirs et des valeurs dans notre société. Cette question reste vive aujourd’hui. La récente polémique autour de La Princesse de Clèves en témoigne et incite à poursuivre la réflexion sur ce thème.
En effet, de façon inattendue, cet ouvrage, premier roman psychologique moderne, apparaît comme un emblème, un symbole. Depuis les déclarations du président de la république fustigeant l’inscription de cet ouvrage à un modeste concours administratif de la fonction publique, les articles et prises de position se multiplient, ouvrant un débat de société essentiel.
Ce roman apparait soudain comme marqueur de la culture humaniste si peu compatible, semble-t-il, avec les injonctions à l’action immédiate, à l’efficacité, à la rentabilité.
À côté des disciplines qui servent à réussir dans la vie, à être efficace, concurrentiel, pour vendre des produits, des idéologies comme des marchandises, des idées sans pensées, des rêves de stars, on trouverait donc encore des textes difficiles issus des siècles passés sur lesquels les jeunes trébuchent, qui disent qu’il ne faut pas refuser la complexité des sentiments et de la vie. Faut-il les conserver ou les éliminer ? Si les objets et les pratiques culturelles sont de plus en plus envisagés sous l’angle anthropologique qui ne hiérarchise pas et considère que tout fait sens, pourquoi perdre son temps avec des oeuvres difficiles ? Qu’est-ce que les jeunes peuvent comprendre à cette élucubration du XVIIe siècle ? En quoi est-ce utile ? Et ne renforce-t-on pas ainsi les discriminations sociales en favorisant dans les concours les «héritiers» au sens que donnait Bourdieu à ce terme, ceux qui possèdent les codes culturels qui donnent accès aux oeuvres ?
Face à ces interrogations, cet ouvrage devient un symbole de résistance.
Mais à quoi exactement ? À l’air du temps, ou plus profondément à des dérives qui éloigneraient peu à peu le citoyen de l’héritage culturel auquel il semblait avoir droit, à son identité et à son histoire, qui ne commencent pas hier pour se terminer aujourd’hui ?
«Défendre» La Princesse de Clèves, ce serait refonder la valeur de la rencontre avec des textes classiques en reliant le passé au présent dans le sentiment d’une humanité commune, ce serait chercher à procurer le plaisir intérieur que donne la connaissance sans lequel l’homme n’a aucune chance de se développer, renoncer à sa propre intelligence serait renoncer à son humanité.
Plus généralement, s’agit-il aujourd’hui de revaloriser la culture générale qui semble peu à peu disparaître aux profits de savoirs spécialisés comme le dit Edgar Morin ? Ou faut-il déconstruire rapidement des catégories intellectuelles appliquées à la complexité pour être plus performant ? En bref, La Princesse de Clèves est-elle le porte-drapeau d’une minorité d’intellectuels élitistes ou le révélateur des régressions d’une société dont le seul lien serait l’addition de performances individuelles ?
La culture est un champ de bataille sur le sens. Les débats, loin d’être enfermés dans la seule sphère esthétique et intellectuelle, touchent plus que jamais à la vie sociale et politique. Le Théâtre 95 souhaite prendre sa part dans cette réflexion.
Un colloque, ouvert à tous, réunira autour de ces thèmes philosophes, sociologues, artistes, et enseignants, responsables politiques et acteurs culturels pour un moment de pensée collective sur les questions d’aujourd’hui et de demain...
Invités :
-
Laure Adler, journaliste
-
Marcel Bozonnet, comédien, metteur en scène et ancien administrateur général de la Comédie Française
-
Alain Giffard, chercheur, département des études, de la prospectives et des statistiques au ministère de la Culture et de la Communication
-
Christophe Honoré, réalisateur
-
Violaine Houdart-Mérot, Professeure de littérature française au Département de Lettres de l’UFR des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Cergy-Pontoise
-
Philippe Lançon, journaliste à Libération
-
Christine Lecerf-Heliot, critique littéraire et journaliste
-
Frédéric Martel, écrivain, journaliste
-
Gérard Mauger, sociologue
-
Joël Roman, philosophe
-
Anita Weber, Inspectrice générale au ministère de la Culture et de la Communication
PROGRAMME DE LA JOURNEE DU 5 JUIN :
-
Accueil et petit déjeuner - 9h30-10h
-
Introduction par Joël Dragutin et Anita Weber - 10h-10h15
-
1ère partie: La Princesse de Clèves en question - 10h20-12h
La première table ronde sera consacrée à l'œuvre, son originalité, sa portée, ses versions théâtrales ou cinématographiques et sa place – ou pas ? – dans les cursus d'enseignement et de formation. -
Débat public puis lecture de La Princesse par Marcel Bozonnet
-
Buffet convivial - 13h-14h
-
2ème partie: Quel devenir de la lecture et de la culture ? - 14h-16h
Lors de cette deuxième table ronde, nous nous interrogerons, au-delà de La Princesse de Clèves, sur la culture aujourd'hui, la place de la culture générale et des savoirs spécialisés, les visions utilitaristes et commerciales et les incidences des nouveaux modes d'appropriation sur les contenus eux-mêmes... -
2ème débat publi
-
Projection du film de Christophe Honoré : "La Belle Personne" - 16h30-18h
-
Conclusion et pot de clôture
TRANSPORT :
Attention, le samedi 5 juin toute la journée, l’interconnexion SNCF/RATP est exceptionnellement interrompue. Pour venir au Théâtre 95, prendre impérativement le Transilien (train SCNF en Ile-de-France) à la gare Paris Saint-Lazare, direction Cergy le Haut. Train direct, départ toutes les 20 minutes.Théâtre à 150 mètres de la gare.
Départ Paris Saint-Lazare 8h27 8h40 9h05 9h27 12h27 12h45 13h05 13h27
Arrivée Cergy Préfecture 9h20 9h39 9h59 10h19 13h19 13h44 13h59 14h20
Plus d'infos sur http://www.theatre95.fr/saison/
1 commentaire(s)
Je suis la princesse de Clèves…
J’ai conscience d’être vénéneuse pour certains, tout comme je suis l’antidote pour d’autres. C’est une question d’équilibre, une question de savoir sur la connaissance de soi à l’autre. Ce qui arrive souvent trop tard dans l’expérience d’une vie. On sait, on sent mais sentir et savoir ne suffit pas. Aimer est nécessaire, mais là encore on se trompe toujours.
Les rois d’hier et d’aujourd’hui n’ont plus les mêmes attributs, bien que les humains qui les habitent n’aient pas changés. On dirait que la cour d’hier qui fut éclatée à la révolution pour faire émerger le populaire, a fait exploser les étiquettes de cour en cours pour les rendre « vulgaires »... Chaque être qui sent sa puissance aujourd’hui se prend pour un roi. C’est très bien. Mais quand ces petits rois individuels se prennent pour Le roi, on s’aperçoit que l’ego se rend malade et qu’il devient le siège de tous ces rois sans couronne.
L’œuvre d’une personne dans la vie des autres est une chose si personnelle qu’elle ne doit permettre de ne juger que de soi-même… A mes yeux, celui qui juge l’autre est une plus petite personne que celle qui est jugée.
Le royaume des vivants, le royaume de dieu, le royaume des forts et celui des faibles: qui et quoi est vraiment à l’endroit de ce monde ? Combien de royaumes faut-il à l’homme encore pour que « lui-même » trouve la paix ?
La Bastille a son génie qui demeure dans le temps sur l’histoire des hommes. De nos jours il y a une cour pour tout, pour chaque roi en son monde et je suis une princesse. Etre moi devient très complexe et sportif tant il faut slalomer entre les mondes dans ce long terme qu’est devenu l’existence. Dieu n’est plus garant des âmes et des rois. L’argent a pris sa place dans le cœur des seigneurs. Et les chevaliers ne savent plus quelle autre cause serait le but de leur bataille. Le mariage n’a plus aucun sens, le mérite mérite ailleurs. Le vocabulaire se taire sous des commerces extérieurs. La virginité est une tare, de même que le sentiment circule au-dessous des ceintures sans jamais ((ou presque) il y a toujours des parenthèses) dépasser le cap du ventre.
L’homme a convaincu la femme qu’il pouvait partager son pouvoir et le lui a transmis. La femme a convaincu l’homme qu’elle savait faire avec et la chaleur augmente sous les veines. De nouvelles maladies émergent chaque jour mais l’on en invente d’abord le vaccin … La logique du corps circule du haut en bas. Comme un état d’anti-transcendance.
J’ose encore. Sans vouloir changer mon cap et regard, je dois redoubler de prudence pour ne pas vivre en dessous de mon humaine délicatesse ou de ma délicate humanité.
Quand on me croise, je remarque que l’admiration qui jadis était non seulement permise mais encouragée s’est transformée en désir ingrat de possession qui se traduit en pouvoir de consommation ; quand ce n’est pas l’ignorance... Qui veut encore s’amuser à gagner un cœur ces temps-ci ? Qui s’évertue à se passionner ? Qui va jusqu’à se retirer du monde par Amour afin d’engager sa vie dans un sentiment du cœur ?
Ce président qui a la place du roi et qui confond l’autorité sacrée, le titre, le pouvoir, le rêve d’enfant, le commerce, le pouvoir, le pouvoir, le pouvoir, le devoir, le recul, la sagesse, l’argent et l’or, l’ego, l’ego, l’image, le jeu, le réel, le virtuel, ne sachant ni lire ni écrire, se permettant de « peiner » sur moi et les siens au point d’avouer ne pas co/naître la culture qu’il sert…
Pourquoi me convoquer en ces temps reculés qui plongent dans l’ombre ? Pourquoi ne pas me laisser dormir dans les livres, dans l’attente d’être découverte par des esprits plus courageux ?
Mieux vaudrait peut-être me faire dormir cent ans…
Je suis la princesse de Clèves sans cour ni château, sans peur mais sans attache.
Peut-être que je ne suis pas apte à survivre dans votre monde ?
laprincessedecleves@hotmail.fr
par melle de chartres, le 2010-06-07 23:49:00
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'









