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9 mars 2004. Excédés par l’autisme des pouvoirs publics, les chercheurs français se mobilisent. 976 directeurs d'unité et 1110 chefs d'équipe démissionnent de leurs tâches administratives pour protester contre l’affectation de moyens dérisoires à la recherche publique, et, de manière plus générale, contre l’absence de mesures concrètes pour la redynamiser.
Les motifs d'une colère légitime
On pouvait certes observer que la recherche fondamentale, cette activité dont l'opinion publique ne comprend pas toujours l'utilité, ne constituait plus une priorité depuis fort longtemps dans la mesure où un quelconque investissement dans ce domaine avait un impact électoral quasi-nul. Ce qui a contribué à l'exode massif de jeunes chercheurs préférant exercer leur talent ailleurs. Mais là, la situation virait au grotesque. Annulation de 9,4% des crédits d'investissement et de fonctionnement des organismes de recherche (!) en 2003, allocation mensuelle de recherche de 1255 euros (bruts !)… Début 2004, sous l'impulsion d'A. Trautmann, immunologiste à l'Inserm, le collectif Sauvons La Recherche se crée notamment pour réclamer le dégel des crédits, la restauration de 550 postes permanents transformés en CDD, puis un collectif budgétaire pour 2004. Le gouvernement refuse, mais débloque dans le même temps, à la veille des élections régionales, un milliard et demi d'euros en faveur des restaurateurs. Cela se passe de tout commentaire.
Aujourd'hui, le gouvernement ne semble toujours pas avoir pris acte de la gravité de la situation. Rien de significatif n'est fait pour retenir les talents formés grâce à l'argent public. 1410,33 euros bruts d'allocations de recherche mensuelle pour 2006, c'est un progrès, mais est-ce suffisant pour retenir les jeunes chercheurs en France et en attirer de nouveaux ? On observera en outre que l'investissement public dans la recherche n'excède pas 2,15% du PIB pour 2005 (malgré un objectif revendiqué de 3% à l'horizon 2010). De fait, il semblerait que la production de savoirs ne soit plus primordiale pour l'Etat. Pour se justifier, il en appelle à la recherche privée. C'est un choix dangereux.
La logique du secteur privé est en effet d'investir là où il est possible de réaliser un profit à court ou moyen terme. On comprendra donc que les entreprises n'effectueront des dépenses de recherche-développement que si elles estiment y avoir un intérêt. Elles le trouveront dans la recherche « appliquée », si le projet semble rentable. Mais elles n'investiront pas dans la recherche dite « fondamentale ». Beaucoup de temps s'écoule entre le début du processus de recherche fondamentale et la découverte d'applications commercialisables. Trop de temps pour qu'une entreprise se risque à investir, d'autant que le résultat est plus qu'incertain. Or il est évident qu'il ne saurait y avoir de recherche appliquée sans recherche fondamentale.
Pour ne pas hypothéquer l'avenir de l'économie française, il serait temps que l'Etat remplisse son rôle : ne pas hésiter à prendre en charge les activités indispensables mais non rentables à court ou moyen terme. Pour ne pas précipiter la société française dans la culture du refus du risque, il serait temps que l'Etat montre la voie en investissant massivement dans l'avenir. Il s'agit donc de permettre aux organismes de recherche de fonctionner et de se développer, de reconnaître la place du chercheur dans la société (la précarité ne stimule pas l'activité de recherche), de faire en sorte que l'université ne soit plus le parent pauvre du système éducatif français. Pour investir dans l'économie du savoir, dans ses salaires élevés et sa forte valeur ajoutée, il faut évidemment une recherche fondamentale solide. Il faut réformer le statut des chercheurs, qui réclament davantage de mobilité et de flexibilité dans leurs travaux. Il faut augmenter sensiblement leur rémunération – car n'oublions pas que dans nos sociétés capitalistes développées, le niveau des rémunérations est censé reflète le niveau d'utilité sociale des tâches accomplies par chacun. Il faut renforcer les synergies organismes de recherche – universités, voire les fusionner pour leur permettre d'atteindre une taille critique suffisante pour peser à l'échelle internationale. Afin de remplir ces objectifs, il faudrait engager une grande réforme pilotée par l'Etat mais aussi par les chercheurs, qui ont trop peu souvent droit au chapitre. Et la financer par la levée d'un impôt pour la recherche, par exemple en revenant sur les baisses d'impôt sur le revenu inefficaces et injustes ainsi que sur le « bouclier fiscal ».
Un « Pacte pour la recherche » décevant
C'est donc avec impatience que l'on attendait le « Pacte pour la recherche » promis par le gouvernement. Le résultat fut décevant, comme on pouvait s'y attendre au vu des décisions prises précédemment. Les Etats Généraux de la recherche de Grenoble (octobre 2004) ont-ils vraiment été utiles, si les conclusions tirées ne sont pas écoutées ?
Tout d'abord, s'il y a un effort budgétaire indéniable, celui-ci est trop faible pour être satisfaisant. Le gouvernement prévoit un milliard d'euros de plus par an jusqu'en 2007, mais un tiers de ce milliard est constitué de cadeaux fiscaux destinés à favoriser l'embauche de chercheurs par le secteur privé (il ne s'agit donc toujours pas de recherche fondamentale), et la conditionnalité de ces aides est faible. Il a fallu de plus arracher à la dernière minute une programmation en euros constants plutôt qu'en euros courants ! Il est donc permis de douter de la volonté du gouvernement de satisfaire l'engagement pris lors du Sommet de Lisbonne en 2000 (3% du PIB doivent être consacrés à la recherche).
Deuxièmement, on ne peut que déplorer la volonté affichée de contourner les grands organismes publics et ainsi de refuser le pari sur l'avenir. La création de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) n'est en effet pas neutre : avec elle, on passe désormais à une logique de financement par projet, en finançant directement les équipes et non les organismes. Concrètement, cela signifie que pour pouvoir obtenir un financement, une équipe de chercheurs devra présenter un projet et s'engager à obtenir un résultat prédéfini devant un assemblée dont les membres sont nommés par l'Etat (200 millions d'euros seulement sur 800 million de capacité d'engagement sont destinés à financer des projets sans résultats prédéfinis). On serait tenté de dire que cette logique est bonne en ce qui concerne la recherche appliquée. Mais pas pour la recherche fondamentale. En effet, la recherche fondamentale, c'est en grande partie des « projets blancs », car c'est en poussant plus loin les recherches dans l'inconnu que l'on découvre de nouveaux résultats destinés à être exploités par la recherche appliquée. Or on ne peut s'engager à trouver ce que l'on ne connaît pas encore – et donc, dans la logique de financement par projet, on ne peut obtenir de financement que si les 200 millions de crédits ne sont pas épuisés, ce qui fait bien peu quand on sait combien peuvent coûter certains projets. Les discours populistes sur le thème du « nous ne dépenserons l'argent public qu'à des fins utiles et concrètes » ne font évidemment pas bon ménage avec la prise de risque et le pari sur l'avenir qu'impliquent les projets de recherche fondamentale. Constatons par ailleurs que l'essentiel du budget de la National Science Foundation américaine (modèle qui a inspiré la création de l'ANR) de 4,1 milliards de dollars (chiffres 2004) est consacré à la recherche fondamentale.
Sur la question de la création de nouveaux postes et des conditions de travail au sens large, le compte n'y est toujours pas. Autrement dit, je dirais que la place du chercheur n'est toujours pas appréciée à sa juste valeur dans notre pays. D'abord, 3000 postes seulement seront crées en 2006 puis 2007, alors que selon le syndicat SNCS-FSU, il en faudrait 20000 par an d'ici 2010. Même si l'on peut penser que les syndicats sont traditionnellement « enthousiastes » sur les chiffres qu'ils avancent, une telle disproportion est alarmante, et créer 10000 à 11000 postes par an serait déjà un juste milieu encourageant. De plus, le montant des allocations de recherche mensuelle (1410,33 euros bruts) ne rémunère toujours pas le chercheur en fonction de l'utilité sociale de son travail – pensons par exemple en comparaison au rapport farfelu utilité sociale / rémunération de certains auditeurs. Enfin, pour le chercheur, la norme devient le CDD, ce qui n'est pas franchement de nature à permettre un travail serein sur des questions pourtant essentielles, que peu sont capables de résoudre. Comment en effet concentrer toutes ses capacités sur un projet alors que l'on se retrouvera au chômage dès que celui-ci prendra fin ? Est-il par ailleurs pertinent de lier l'obtention d'un contrat de travail à la réussite d'un projet alors que l'erreur fait partie intégrante du processus de recherche scientifique ?
Si la question de l'évaluation des chercheurs et des équipes ne doit pas être occultée, le « Pacte pour la recherche » n'y répond pas de la meilleure des manières. L'évaluation des équipes par l'ANR n'est pas forcément une bonne idée. Les membres de l'ANR n'ont en effet pas une grande légitimité dans la mesure où ces membres sont nommés et non élus. De plus, évaluer directement les équipes, indépendamment des organismes dans lesquels elles travaillent (contrairement à ce que permet l'évaluation par les pairs), n'est pas vraiment pertinent.
Enfin, mais cela est scandaleusement devenu anecdotique, la recherche fondamentale en sciences humaines et sociales n'a pas sa place dans le dispositif mis au point par le gouvernement. Seulement 15 millions d'euros sur les 200 disponibles pour les « projets blancs » ont été alloués par l'ANR aux sciences molles. Les sciences humaines et sociales n'apportent rien d'autre que de la culture, de la connaissance de l'homme sur lui-même, et davantage de compréhension des mécanismes économiques et sociaux. Nul besoin de financer un investissement qui n'apporterait à la rigueur que très indirectement un quelconque profit, donc.
En somme, la réforme tant attendue n'aura pas lieu
Cette critique du « Pacte pour la recherche » ne se prétend pas exhaustive, mais je pense avoir suffisamment montré en quoi il ne nous permettra pas d'affronter les défis auxquels nous seront confrontés. La transition vers « l'économie du savoir » n'est pas automatique. Il faut que la société y soit préparée, et cela implique notamment une recherche fondamentale solide sur laquelle pourra s'appuyer l'innovation. Or il me semble que le gouvernement n'a pris la mesure du problème. J'espère qu'il ne prétend pas assurer la transition avec pour seul programme davantage de flexibilité et davantage de baisses d'impôts irresponsables et injustes. Dans tous les cas, il reste bien du travail à accomplir pour la prochaine majorité, quelle qu'elle soit, puisque le dossier recherche est naturellement clos jusqu'aux prochaines présidentielles…
11/12/2006
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ne faut-il pas augmenter la recherche privée?
07/06/2006 20:31:00 - adrian

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tu vois que même dans les services de chirurgie on arrive à se tenir au courant de l'actualité ... grosses bises
13/05/2006 22:13:00 - ton père