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Attali le Hun: l'invasion néo-conservatrice

Attali le Hun: l'invasion néo-conservatrice

Débat & Vous se penche sur la commission Attali .. voici la "contre" !


La plupart des propositions de la commission Attali sont peu contestables si on ne les considère que d'un point de vue strictement économique.

Les lois Galland * et Raffarin ** ont protégé les petits commerces contre lesquels on échangerait volontiers des grandes surfaces aux produits beaucoup moins chers et de même qualité. Supprimer ces lois serait donc une bonne idée. Cependant il y a une certaine mauvaise foi derrière ces propositions. Exemple : afin que ces nouveaux avantages accordés aux grands magasins ne nuisent pas au commerce de proximité, la commission propose d' « aider les commerçants à se regrouper ». On est d'une part quasiment dans le paradoxe : parce qu'on n'aime pas que les gros, on va aider les petits ... à devenir gros. Mais surtout, le commerce de proximité c'est un épicier ici, un autre là, c'est pas vraiment deux cabinets bien entraînés à la gestion, et prêts à regrouper leurs commandes, etc. Autre proposition : labelliser le commerce de proximité : les membres de la commission n'ont visiblement pas mis souvent les pieds dans ces épiceries dont les produits ne peuvent pas revendiquer d'autre label que celui d'être encore en vente passé 20h le soir. Notons que pour tous les petits commerces ayant un savoir-faire ou autre à faire valoir, la question de la concurrence avec le Hard Discount ne se pose pas trop.

Deuxième chose : de nombreuses idées avancées par la commission, si elles sont en soi valables, sont tout sauf des idées-forces. Une unique autorité de la concurrence (au lieu du conseil de la concurrence et du ministère de l'économie), rendre possibles les actions de groupe aux consommateurs (grosso modo, la possibilité d'attaquer en justice à plusieurs une même entité - précisons que cette dernière mesure est reconnue par la commission comme relevant plus du symbole que de l'efficacité, jugez-en par vous-mêmes : « La Commission considère ainsi que l'introduction des actions de groupe en droit français contribuera à accroître la confiance des consommateurs dans l'économie de marché »), autant de mesures qui ne rajouterons pas grand-chose à la croissance.

Troisième élément : la commission veut tout et tout de suite. Elle promeut sans limite l'accession au logement (qui est plus faible en France qu'aux Etats-Unis ou en Espagne ; notons quand même, ce que n'a pas jugé utile de faire la commission, que le taux de propriété français est très supérieur au taux allemand, et situé tout juste sous la moyenne européenne) et dans le même temps, la consommation. Il faut bien sûr s'endetter pour acheter un logement, or endettement et consommation coexistent difficilement.

Passons sur cette phrase en fin de rapport : « Il faut tout faire pour faciliter les échanges et la mobilité des individus, condition clé du bon fonctionnement du marché du travail et partant de la croissance». En d'autres termes, soyons propriétaires, mais pas trop quand même.

Enfin et avant de conclure, il convient de reporter des critiques faites par les journalistes et certains responsables politiques, au sujet du coût environnemental des réformes proposées par Jacques Attali. La commission propose en fait le retrait du principe de précaution de la charte de l'environnement adossée à la constitution depuis 2005. Puisque Jacques Attali aime les comparaisons, notamment avec les fameuses sociales démocraties du Nord, il convient de rappeler que, par exemple en Suède, le principe de précaution occupe une place majeure. En outre, la secrétaire d'Etat à l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a jugé « réactionnaire » cette proposition. Quand on sait qu'elle a été élève d'Attali, on se demande qui a changé d'opinion depuis. Précisons que quand on cite, lors de l'émission de Jean-Pierre Elkabbach, cette critique à l'intéressé il répond par la phrase de Sacha Guitry : « Etre traité de con par des imbéciles est un plaisir de fin gourmet ».

Citons quand même ce que dit le principe de précaution : « l'absence de certitudes [...] ne doit pas retarder l'adoption de mesures [...] visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles ». On comprend mieux dès lors que ce principe n'ait pas été suffisant pour empêcher la culture d'OGM en France. Et réciproquement, lorsque Sarkozy a interdit les OGM dans le commerce la semaine dernière, on peut douter que ce soit au nom de ce principe de précaution mis en place par Jacques Chirac, mais penser plutôt que c'est une conviction personnelle. In fine, le principe de précaution n'est ni suffisant, ni nécessaire à la bonne conduite des politiques environnementales : en un mot, il est obsolète. Une fois de plus donc, la proposition de la commission Attali est intéressante, mais non une idée-force. En outre, cette commission vise un taux de croissance de 5%, quand le Grenelle de l'environnement rappelait la semaine dernière la nécessité de produire et de consommer autrement sous peine de « déséquilibres écologiques graves ».

Voici donc le bilan de ces propositions : on crée une France d'hypermarchés. On prend de discrètes mesures ici ou là. On dit « je veux un logement », et tout de suite après « je veux voyager ». On dit « je veux de la croissance » et « je veux de l'environnement ».D'où cette critique, de Catherine Maussion, Libération, le 15 Octobre dernier : les propositions de la commission Attali sont en fait « un catalogue de mesures hétéroclites [...] sans vision globale ». En plaçant la consommation, l'accession à la propriété, etc. au dessus de tout, et comme fondement d'une société meilleure, on crée une pensée unique, un « néo conservatisme ». Jacques Attali avait écrit lui-même en 1973 dans le n° 52 de la Nef un article intitulé « Vers quelle théorie de la croissance » dans lequel il s'avouait « incapable d'analyser les relations entre la croissance et le bien-être ».

Margaret Thatcher a dit : « Il n'y a plus de collectif, seulement des individus ». On répondrait volontiers : « et depuis quand ? ».

 

 

A voir aussi: les pages 33 et 34 du rapport

http://www.liberationdelacroissance.fr/files/rapports/pconclusions/premieres-conclusions.pdf

 

 

* La Loi Galland a, en 1996, interdit la revente à perte, ce qui a eu pour effet d'accroître les marges arrières. Par exemple, le distributeur qui achète un produit au prix x ne peut pas légalement le revendre à un prix inférieur à x tandis que les rabais et autres ristournes qu'il a obtenu se portent à y, faisant que le prix réel d'achat du produit pour le distributeur aura été de x-y, et le distributeur obtient une plus-value de y, c'est sa marge arrière ; soit 9,6 Ma€ en 2003 selon l‘Institut de Liaison et d'Etudes des industries de Consommation.

** La loi Raffarin a réglementé la surface des magasins et des hôtels, exerçant de fait une contrainte sur le développement du Hard Discount.

 

 

Retrouvez l'article "pour" : Comment libérer la croissance française

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Retrouvez tous les articles du journal OpinionS de novembre 2007

 

 


17/11/2007


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