L'euro en Pologne en 2012?
le 11/03/2009 - par Thomas Dumoulin Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Non, il ne s'agit pas de la compétition sportive dont il est question, mais bien de la monnaie unique européenne.
Des dix pays d'Europe de l'Est ayant joint l'Union européenne entre 2004 et 2007, seules la Slovénie et la Slovaquie ont pour l'heure adopté l'euro comme monnaie, respectivement en 2008 et 2009.
Bien que l'adoption de la monnaie unique soit à terme obligatoire pour ces pays, les gouvernements -à commencer par les Tchèques et les Polonais- n'étaient pas particulièrement enclins à agir dans ce sens jusqu'à la deuxième partie de l'année 2008.
Les évènements survenus sur les marchés financiers ces derniers mois ont inversé la tendance, et l'eurosepticisme a connu un vif recul parmi les élites politiques de ces pays.
Il y a naturellement des fondements à cette nouvelle donne en Europe de l'Est : la détérioration rapide et marquée des conditions de change entre les monnaies locales (zloty, couronne tchèque, lei et forint pour ne citer qu’eux) et la monnaie unique. Cette dégradation des changes, qui s'établit entre 15 et 30 % depuis l'automne 2008, est l'effet combiné de deux raisons :
- Les PECO connaissent à leur tour un ralentissement économique dans la crise mondiale (consécutif à l'entrée en récession des pays d'Europe occidentale, leurs principaux clients).
- Comme dans le cas de l'Islande qui s'est tragiquement illustrée en octobre dernier, une grande part de la dette de ces pays est libellée en monnaies étrangères (notamment en Euro) et les marchés émettent désormais des doutes sur leur capacité à la rembourser. La hausse des taux de CDS de ces pays et l'augmentation drastique du spread entre leurs obligations d'états et les Bubills -les obligations de l'État allemand, la référence de la zone euro- en sont les manifestations. Il est à signaler que cette situation n'est pas propre aux PECO, puisque le spread entre les obligations des différents pays de la zone euro et les obligations de l'Allemagne s'est aussi considérablement élevé au cours du quatrième trimestre 2008, et elle a en outre été nourrie par diverses annonces apocalyptiques (40% des PME hongroises ne seraient pas rentables, par exemple).
Face à la dégradation du taux de change avec l'euro -monnaie dans laquelle sont libellées et les dettes et les exportations de ces pays-, la tentation est grande d'adopter la monnaie unique qui agirait alors comme un bouclier et soulagerait la pression exercée sur les banques centrales de la Pologne, de la Hongrie et des autres pays d'Europe de l'Est qui subissent actuellement une attaque sur leur monnaie.
Or, l'adoption de l'euro n'est pas immédiate : il doit s'écouler au minimum deux ans pendant lesquels la devise locale est arrimée à la monnaie unique (elle ne doit pas varier de plus de 16% autour d'un cours pivot, c'est le principe du MCE II) et le pays prétendant à l'accession ne doit pas avoir un déficit public supérieur à 3% de son PIB ainsi qu’une dette publique supérieure à 60% de ce même PIB à l'issue de ces deux ans. Il lui faut aussi justifier d'un contrôle de l'inflation.
Pour parer au plus rapide et adopter l'euro dès 2011 ou 2012, comme entend le faire le premier ministre polonais D. Tusk, il faudrait donc s'atteler dès à présent à une politique d'austérité dans ces pays. Plusieurs arguments jouent en faveur de l'entrée immédiate du zloty dans le MCE II :
- La Pologne, à l'heure actuelle, respecte les critères de Maastricht puisque sa dette publique équivaut seulement à la moitié de son PIB et qu'elle maintenait jusqu'à présent 3% de déficit public.
- L'effet « bouclier » de l'euro est indiscutable : la seule rumeur de l'accession de la Pologne au système MCE II a provoqué une hausse de 3% du cours du zloty, signe de la confiance des investisseurs dans l’institution qu'est la BCE.
- Dans la mesure où la dégradation des changes ne la concerne pas uniquement, mais touche aussi ses voisins qui sont des « concurrent » dans l'économie européenne par rapport aux prestations qu'ils fournissent pour l'Ouest, cette dégradation n’apporterait aucun bénéfices à ses exportations (en outre on le rappelle, les principaux clients sont en récession).
- La Slovaquie, qui a rejoint la zone euro au premier janvier 2008, ne devrait pas connaître la récession en 2009 si l'on en croit les dernières prévisions de la commission européenne.
- Les ménages polonais aussi sont endettés en euro, et dans la mesure où leurs revenus sont stipulés en zloty, le maintien d'une parité avec la monnaie unique leur éviterait un étouffement certain sous la pression conjuguée de la perte de revenu (nous sommes en crise économique, le chômage va progresser) et de l'augmentation relative du montant de leur dette. La menace de réactions populaires au pays de Solidarnosc est une incitation supplémentaire pour le gouvernement.
Toutefois, la banque centrale, en la personne de son gouverneur, S. Skrzypek, s'oppose vigoureusement à l'entrée du zloty dans le MCE II. La banque centrale polonaise n'a jusqu'à présent rien fait pour contrer la dégradation du taux de change.
- La banque centrale n'est pas dupe : maintenir le zloty dans une fourchette de variation de 15% comme l’exige la procédure suppose d'intervenir fréquemment pour défendre la monnaie pendant deux ans.
- Entrer de manière prématurée dans le MCE II serait stupide si à l'échéance des deux ans, la Pologne ne parvenait pas à atteindre les critères de Maastricht. Or, si le gouvernement polonais comptait dernièrement sur un « adoucissement » des contraintes qui aurait permis un plan de relance de l'économie, la zone euro a clairement signifié qu'il n'en serait rien, J.-C. Juncker ayant affirmé qu'aucune modalité d'accession accélérée à la zone euro ne serait concédée aux PECO.
- Il semble plus judicieux de dépenser les fonds publics -et tout particulièrement les aides de l'Union Européenne- à une modernisation de l'économie de la Pologne, pendant cette année 2009, plutôt que de gaspiller des millions à combattre la dépréciation du zloty face à la monnaie unique.
- Il paraît d'autant plus raisonnable de faire ce choix si le plan de relance du gouvernement polonais permet d'accroître la productivité de la Pologne -et la Slovaquie demeure un exemple de pays d'Europe de l'Est ayant adopté des réformes salvatrices- et donc de restaurer naturellement la crédibilité et l'intérêt financier du pays sur la scène mondiale, ce qui n'irait pas sans une appréciation de zloty. Et si jamais le cours du zloty face à l'euro ne s'améliorerait pas pendant les années à venir, ce peut être l'occasion à moyen terme, pour la Pologne, de bénéficier d'un cours pivot plus favorable que prévu lors de l'entrée effective dans le MCE II. Les économistes s'accordent désormais pour dire que l'échange à 1 contre 1 entre les Deutsche Mark des deux Allemagne était trop ambitieux pour la RDA de 1990. Concrètement, en matière de compétitivité par rapport aux pays d'Europe de l'ouest, la Pologne aurait bien plus intérêt à avoir un taux de change à 5 zloty par euro plutôt qu'à 2 quand viendra le moment de substituer les deux monnaies de manière définitive.
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