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Rupert Murdoch prêche partout sa (bonne?) parole. Quand on ne peut l'éviter, autant apprendre à l'apprivoiser.
L?Ile de la tentation, Greg le Millionnaire, les Simpsons sont des exemples de programmes qu?il produit à la chaîne. Il possède des dizaines de chaînes de télévision à travers le monde, diffusées par voie hertzienne, par le câble ou le satellite, et souvent en maîtrisant les réseaux de distribution. Il possède de nombreux journaux dont il adapte les lignes éditoriales à ses opinions. Il possède l?une des majors hollywoodiennes, the 20th Century Fox. Sans égal, il est le plus grand magnat de la presse du vingtième siècle, et semble déterminé à le rester au vingt-et-unième. Au sommet de sa gloire, Rupert Murdoch ressemble plus que jamais à une caricature d?homme d?affaire cynique, influent et redoutable.
Lui-même fils d?un homme de presse australien, il se lance dans le milieu dès sa jeunesse par le biais d?un stage à Londres, à la suite de ses études au Royaume Uni. Revenu en Australie, il se fraye un chemin en développant un petit journal en un titre majeur, en donnant aux lecteurs ce qu?ils attendent : des faits divers, de la politique, du people, bref du divertissement. Il utilisera cette méthode pour chacun de ces investissements en matière de journaux à travers le monde, comme très vite en Grande Bretagne avec News of the World et The Sun, qui se voient propulsés au rang de tabloïds populaires, parfaits exemples de désinformation graveleuse, vendue chaque jour pas cher et en grande quantité à tout ceux qui n?ont pas envie de tergiverser sur de grandes questions. En matière de presse, Murdoch s?en tient globalement à cette ligne, avec laquelle il réussira à écraser l?autre aspirant magnat de la presse britannique (de gauche pour le coup, alors que Murdoch est viscéralement libéral et conservateur), Robert Maxwell. Pour récupérer le prestigieux Times, il semble donner des garanties d?indépendance à la rédaction, même si peu après la formule est profondément remaniée.
A partir de la presse, Murdoch étend son empire à travers le monde et en investissant par la même occasion dans la télévision. Aux Etats-Unis, il prend la nationalité américaine après le rachat du studio 20th Century Fox et lance dans la foulée un quatrième network, la Fox. En Grande Bretagne, son soutien total de Margaret Thatcher lors des élections et lors de la grève des mineurs se monnaye contre l?aide du gouvernement lors du changement d?imprimeries du Sun (permettant de jolis gains de productivité contre les syndicats des imprimeurs) et lors de la fusion entre le bouquet satellite de Murdoch et celui de son concurrent. Le résultat, BSkyB, est aujourd?hui une réussite incomparable en la matière, culminant à plus de 7 millions d?abonnés aujourd?hui, après avoir éradiqué la concurrence.
Dans ses médias, Murdoch ne fait pas que du trash. Ainsi ses journaux constituent un excellent moyen de mettre en exergue ce qu?il n?aime pas (en gros tout ce qui est contraire à la libre entreprise, à ses intérêts, l?Europe technocratique et les Français). Chaque article qui ne concerne pas les stars ou les sports se doit d?aller dans le sens de sa doctrine. Ce mélange est en fait sa recette miracle : il enrobe une information totalement partisane dans du grand spectacle, comme on l?a récemment vu avec la chaîne d?information américaine Fox News. Toute sa politique se résume au bon vieux « Panem et Circenses ». S?il ne se soucie guère donner du pain au peuple, au moins lui donne t?il du divertissement. Avec son empire de la presse et de l?audiovisuel, il propose chaque jour à ses clients de penser à autre chose qu?à l?essentiel, puisque lui s?en occupe à leur place en télécommandant leur vote.
Ce portrait semble caricatural. Eh bien non. Tout cela est parfaitement normal pour lui. Et si l?on peut suspecter Ted Turner d?amertume (il est fondateur de CNN, qui vient de se faire dépasser par Fox News en audience cette année) lorsqu?il dit de lui qu?il est « l?homme le plus dangereux du monde », on ne peut s?empêcher de se dire qu?on ne doit pas en être bien loin.
13/11/2006
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