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n°23

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Alors, peureux?



L'avant-dernier numéro de Quai des plumes...

Edito

EDITO



Avant toutes choses, laissez-moi vous souhaiter une excellente année 2005 au nom de toute l’équipe de Quai des Plumes. L’année 2004 a sans conteste été une année de changement pour votre journal, avec un renouvellement intégral du bureau et un recrutement important de
nouveaux auteurs dans nos pages. Nous accueillons même désormais les textes en anglais d’étudiants étrangers !

Si vous désirez écrire, rien de plus simple : il suffit de nous contacter à l’adresse quaidesplumes@yahoo.fr ! Nous espérons ainsi que cette année encore, vous serez toujours plus nombreux à nous lire et à écrire…

Le thème retenu pour ce numéro tourne autour de la peur. Un sentiment connu de tous mais que Quai des Plumes n’avait pas encore exploré… Comme vous le verrez, ce sujet a inspiré bien des plumes.

Mais n’oubliez pas que Quai des Plumes n’a pas qu’une vocation littéraire : vos réflexions sur la société, le monde, la culture, l’économie sont les bienvenues dans nos pages !
Alors n’hésitez plus, et rejoignez-nous !
Bonne lecture !


Marc AZOULAY
marc.azoulay@essec.fr


P.S.: le thème du prochain numéro a été choisi: il s’agit de “Oh, oui!”.
Si vous êtes inspirés, écrivez-nous!

Cuistre ou rebelle?

CUISTRE OU REBELLE, IL FAUT CHOISIR...




Tout a commencé avec un film: Casablanca, de Curtiz. Un grand classique…qui m’a souverainement emmerdée.
Le voir deux fois n’a rien changé à l’affaire. Des goûts et des couleurs, il ne faut soi-disant pas discuter.
Seulement voilà : comment assumer face à autrui son désintérêt pour une œuvre considérée comme magistrale ?

A entendre son entourage s’extasier devant des chefs d’œuvre que l’on n’a pas appréciés, on se sent parfois aussi seul que Joey quand ses amis prononcent un mot de plus de huit lettres. Le spectre du philistinisme nous hante, dès qu’on avoue préférer Quand Harry rencontre Sally à La Dolce Vita, Musset à Shakespeare, voire Elsa à Brassens. Deux raisons à ce malaise. La première est l’impact de l’opinion du plus grand nombre. Une œuvre qui jouit de la caution à la fois ésotérique du monde de la critique, et unanime du grand public, fait nécessairement autorité. S’avouer à soi-même qu’on ne peut pas la goûter devient déjà un acte subversif. Et faire partager son sentiment relève de l’audace. On serait plutôt tenté au contraire de s’accuser de manquer de jugement ou de sagacité.
La deuxième cause de notre malaise est l’image dont bénéficient ou pâtissent les différents registres. Bouder un drame, c’est s’afficher comme quelqu’un de futile et/ou immature, incapable d’apprécier autre chose que les œuvres légères. Car ces dernières ne sont pas plébiscitées. On voit rarement des comédies primées lors des cérémonies de gratification. Or il est bien plus facile d’arracher des larmes à un public, que de déclencher l’hilarité générale. Faire pleurer des spectateurs est un pari ; les faire rire, une prétention. A ce titre, on peut admirer le réalisateur Billy Wilder, dont les comédies sont de véritables bijoux, et dont la « Garçonnière » rafla l’Oscar du meilleur film. Voltaire, qui ne prêchait pourtant pas d’exemple avec ses obscures tragédies, soutenait avec justesse que « tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux ». Et il faut avouer qu’il n’est rien de plus pathétique qu’un film qui se prend très au sérieux, et qui sombre à son insu, faute de vraisemblance, dans un grotesque achevé.
Mais comme il est plus facile d’assumer son enthousiasme pour une œuvre décriée (en prenant un air averti) que de s’avouer circonspect devant ce qu’il est convenu d’appeler un chef d’œuvre, voici quelques attitudes à adopter pour se délivrer de ses complexes. Tout d’abord, jouersans passion la carte de la sincérité : on peut reconnaître la valeur d’une œuvre tout en avouant n’avoir pas eu le coup de foudre. Car il en est des films et des livres, comme des visages : des parties réussies peuvent donner lieu à un tout disgracieux. On s’en tire donc en déclarant que l’œuvre est soignée, mais qu'elle manque singulièrement de charme.
Bref, qu’elle n’a pas le « supplément d’âme » dont parlait France Gall Henri Bergson.

Une autre attitude, plus sournoise, consisterait à rechercher soigneusement l’endroit où le bât blesse, et à en faire une affaire personnelle. Toute œuvre comporte nécessairement une faille ; il suffit de l’identifier. Au besoin, l’avis d’un expert peut nous renseigner à ce sujet. Ce n’est pas très honnête intellectuellement, mais c’est toujours moins minable que de feindre de s’extasier devant un truc auquel on est allergique, de même que certains rient à des blagues qu’ils ne comprennent pas. Soyons nous-mêmes, et ne nous privons donc pas de prononcer avec ferveur, sur un mode cathartique, les trois mots magiques (« J’ai détesté ! »), en mettant l’accent sur l’antépénultième, comme nos amis les Anglo-Saxons. Voilà comment, avec beaucoup de conviction et un peu de mauvaise foi, on peut facilement s’affranchir de la crainte de passer pour un Béotien.


Hélène Le Garsmeur
helene.legarsmeur@essec.fr

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