Le rêve éveillé d'un homme qui dort
Ce n'est pas la vie d'un personnage mais sa "non-vie" que Perec nous fait partager dans son roman.
On y découvre un homme qui, un jour, a oublié pourquoi il se levait les matins précédents, qui ne trouve plus aucune raison de se lever les matins suivants. Un homme qui ne sort pas, qui ne va pas en cours, qui ne voit pas ses amis,...
Perec a simplement tenté, avec succès, d'écrire le roman de l'indifférence absolue.
Ainsi ne doit-on pas y lire l'histoire d'un homme qui ne fait rien, mais bien celle d'un homme qui consciemment et volontairement ne fait pas. Et Perec dépeint précisément tout ce que son personnage se refuse à faire. Cet "homme qui dort sa vie" finira pourtant par sortir de ce sommeil prolongé sur lequel régnait le détachement pour se rendre à la vie...
Tout est fait de manière à ce que le lecteur s'identifie à ce personnage qui, temporairement, met sa vie en suspens, qui, temporairement, tente d'explorer ce qu'il pense être le néant antérieur et postérieur à l'existence, parce qu'il ne voit plus l'intérêt de sa vie. Ce roman nous rappelle que l'analogie systématique de la mort et du sommeil parallèllement à la vie et l'éveil n'est pas nécessairement justifiée, que la vie peut aussi être imaginée comme une sieste et la mort comme un réveil.
Quelqu'un
kellekun@yahoo.fr