CONNEXION horloge Bonjour, invité mail
 

Home > Art - Expos > Découvrir et Réagir > Courants artistiques > Vienne 1900 : Naissance de la Sécession

Courants artistiques

Vienne 1900 : Naissance de la Sécession

Vienne 1900 : Naissance de la Sécession

Un éclairage historique et artistique sur une période féconde et paradoxalement déprimée. Un article à lire avant de se précipiter au Grand Palais.


 

Vienne 1900 : La peinture de la catastrophe.
Qu'ont vu Klimt, Kokoschka, Schiele, Moser à travers leur art ?
Vienne en 1900 est décrite comme la capitale du suicide ; Rodolphe prince héritier fils de François-Joseph et Sissi et sa compagne se sont donnés la mort ; mais aussi comme la Capitale Impériale sclérosée par les clichés. Le Burgtheater (théâtre de Vienne) se révèle ainsi être le miroir doré dans lequel se contemple la haute société.

 

Dans un contexte d'effervescence, l'enjeu consiste à redonner à la ville un nouvel élan esthétique. L'art décoratif de l'art nouveau est le témoin de cette transition de l'empire vers « le monde des marchandises ».
Comment dès lors continuer à vivre et à créer dans un monde qui se désagrège?
Les cafés viennois entrent dans l'histoire, ils deviennent le lieu de discussions des avant-gardistes, on croise des artistes mais aussi Lénine et Trotski.
En 1900 Freud publie l'Interprétation des rêves.
Klimt, l'homme du seuil traîne avec lui un fort héritage classique, il restera aux portes du XXè siècle. Il commence comme décorateur avec son frère au Burgtheater. Très zélé, il produira 6000 dessins préparatoires. Klimt vient du milieu de la peinture académique, il reçoit les influences des peintres d'Europe centrale, du courant baroque. En 1897 Klimt a 35ans, les artistes jusqu'alors réunis dans la Kunstlerhaus ne parviennent plus à s'entendre ; il décide donc de créer un autre groupe. C'est la Sécession. Avec 18 amis dont Moser, il s'installe dans un bâtiment qui présente sur son fronton le manifeste de la Sécession en lettres d'or : « à chaque époque son art et à chaque art sa liberté ».
Ils refusent de différencier le grand art de l'art mineur, l'art des riches de celui des pauvres.
Cette idée sera ensuite pleinement partagée par Kokoschka et Schiele -encore enfants à cette époque-.

La Sécession propose une performance d'art total organisée en l'honneur de Beethoven. L'invitation est unique en son genre, les artistes de tout bord sont conviés. Mahler arrange la IXè symphonie. Klimt investit l'aile gauche du bâtiment et produit une frise fascinante à la fois fragmentée et linéaire. Les images s'enchaînent avec un arrangement parfois manifeste d'autre fois tout à fait imperceptible.
Il donne à voir des représentations exacerbées de la féminité à travers le modèle de la femme courtisane et non plus de la mère. Ses figures si maigres sont habitées par le mythe de l'androgyne, l'idée de la bisexualité.
Dans un monde divisé et binaire, il était présupposé que seule la société où régnait l'ordre du père, donc la capacité de créer de l'art et des symboles ; pouvait générer du progrès. Par conséquent, on craind qu'un monde qui se féminise tombe en décadence.
La peur de la féminisation du corps social est omniprésente car cela signifie la perte des valeurs classiques de la famille, l'arrêt de la reproduction de la société et donc un pas en avant vers la mort.

L'aristocratie a laissé la place à la bourgeoisie au centre de Vienne, les nouveaux riches imposent aux façades des décorations dépareillées.
Moser rétorque à cette zizanie en proposant un ornement vivant, fleuri et végétal. Grâce à son talent, les murs s'animent. La décoration murale pour Moser consiste à reprendre en main les arts décoratifs pour en faire un art monumental. Avec beaucoup de goût, il crée les Wiener Werkstädte secondé par Hofmann.
Dans ces microcosmes de l'inspiration, collaborent artistes, artisans et designers. L'idée est de mettre les acquis visuel, pictural, plastique de tous au service du mobilier.
On fait donc dans ces Werkstädte de l'art avec tout. Le concept de décoration intérieure perd son sens, les teintures et les tableaux ne doivent plus surcharger le décor, l'enjeu bien au contraire est de restituer l'objet nu pour le mettre en valeur.

Les femmes des tableaux de Klimt et Moser sont ainsi peintes dans univers aménagé par leur soin avec beaucoup de pudeur ou une crudité bouleversante.
Klimt propose une mise en scène des mains d'Adèle Blockbauer tout à fait judicieuse dans sa retenue. La dame possédait en effet un doigt crochu, qui aurait pu passer pour une disgrâce esthétique, or Klimt choisit d'estomper cette imperfection en peignant une main crispée. Outre ce détail, le tableau présente moult éléments visuels préparant à l'art abstrait.
Loin des obligations des portraitistes, les artistes peuvent enfin se poser cette question : comment dire le féminin?
Par des nus provocants qui choquent le public viennois, par le geste symbolique de l'amour irradiant sur un fond doré, c'est le Baiser proposé par Klimt ou son parallèle sombre et tortueux Le cardinal et la none de Schiele.

Plus que Klimt, l'éternel célibataire aux mœurs frivoles, Schiele est un révolutionnaire. Il conteste âprement l'ordre social et refuse les canons sociaux et moraux.
Il est un peu le soleil noir de Klimt, trait dédoublé et "érotisme triste" caractérisent son œuvre. En 1905 Schiele a 15 ans, en revenant d'une promenade il découvre son père inanimé. Il s'est suicidé. La mort du père déclenche un art nouveau, loin des mondanités décoratives, la peinture de Schiele est tournée vers la latinité, c'est la peinture du trait tortueux, ocre, double.

Kokoschka poursuit ce travail de destruction de la ligne. La matière de la peinture structure le tableau.

Galeries nationales du Grand Palais

Du 5 octobre 2005 au 23 Janvier 2006.


09/11/2005


Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :

puce Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka
puce L´Art nouveau à Paris
puce Vasarely et l'Op Art: entrez dans un monde fascinant
puce L´art prend l´air
puce Double jeu : Les étoiles de l’Opéra de Paris photographiées par Anne Deniau

Poster un commentaire


Edito

art-expos/3i00538.jpg

Une rubrique dédiée à l’art, aux expositions, aux musées. Une invitation au voyage, un éclairage sur des civilisations méconnues, une incitation à la découverte. Bref, une porte laissée ouverte à l’échange et à la discussion…

Ne manquez pas de laisser vos impressions de visites et vos critiques. La rubrique Réagir est à vous.

Pour proposer votre article, contactez Anne !

Renseignements et informations

Les incontournables

Musée du Louvre
Tél : 01 40 20 5151
Lien : Louvre
M° : Musée du Louvre

Musée d'Orsay
62 rue de Lille 75007 PARIS
Tél : 01 40 49 48 14
Lien : Orsay
M° : Solférino, Orsay

Les contemporains


Centre Pompidou
19 rue Beaubourg 75004 PARIS
Tél : 01 44 78 12 33
Lien : Centre Pompidou
M° : Châtelet-Les Halles

Musée d'Art moderne de la Ville de Paris

11 avenue Président Wilson 75116 PARIS
Tél : 01 53 67 40 65
Lien : Musée d'art moderne
M° : Alma-Marceau

Musée Picasso
5 rue Thorigny 75003 PARIS
Tél : 01 42 71 25 21
Lien : Musée Picasso
M° : Chemin vert, St-Sébastien Froissart

Fondation Cartier pour l'Art contemporain
261 bd Raspail 75014 PARIS
Tél : 01 42 18 56 50
Lien : Fondation Cartier
M° : Raspail

Les inclassables

Galeries nationales du Grand Palais
Entrée square Jean Perrin 75008 Paris
Tél. 01 44 13 17 17
Lien : Galeries nationales du Grand Palais
M°: Champs-Elysées-Clemenceau
ou Franklin-Roosevelt

Musée des arts décoratifs
107 rue de Rivoli 75001 Paris
Lien : Musée des arts décoratifs
Métro : Palais royal

Galerie nationale du Jeu de Paume (Photographie)
Place de la Concorde 75008 PARIS
Tél : 01 47 03 12 50
Lien : Galerie nationale
M° : Concorde

Musée du Montparnasse
21 avenue du Maine 75015 Paris
Tél : 01 42 22 91 96
Lien: Musée du Montparnasse
M°: Montparnasse Bienvenüe ou Falguière

Musée des Arts et Métiers (Histoire et actualités des techniques)
292 rue St Martin 75003 PARIS
Tél : 01 53 01 82 00
Lien : Arts et Métiers
M° : Arts et Métiers

Les exotiques

Musée des arts asiatiques Guimet
6 place du Trocadéro 75016 Paris
Tél : 01 56 52 53 00
Lien : Musée Guimet
Métro : Iéna, Trocadéro, Boissière

Partenaires

société générale