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Peinture

Francis Picabia au Musée d'Art moderne

Francis Picabia au Musée d'Art moderne

Une recherche de la spécificité picabienne dans l'oeuvre décomposée d'un des artistes les plus doués de sa génération.


Francis Picabia, un peintre à travers les genres ?

Si l'on excepte les esquisses de jeunesse propres à chacun, il n'est pas rare d'assimiler un peintre - voire un artiste - à un genre. Ainsi en est-il du surréalisme dalinien, du dada bretonien, du cubisme de Braque et Gris, du Pop Art de Warhol. Pourtant, certains sont difficiles à cerner à travers un mouvement, plus encore à travers une manière de peindre et de représenter la réalité. Picasso en est un exemple, Picabia en est l'archétype. Il s'est tour à tour adonné à tous les styles et à tous les arts : fortement impressionniste dans la lignée de Pissarro et Sisley (il puise ses thèmes sur les bords du Loing et de l'Yonne), il se laisse prendre dans les mailles du cubisme, qu'il s'approprie en définissant un cubisme orphique (voir Danses à la source en 1912), avant de dériver vers une peinture mécanomorphe. Cette étape est pour lui l'occasion d'élargir, aux yeux de la critique journalistique - en particulier certains journalistes du Matin, le champ d'investigation de la peinture. Il dénonce le traditionalisme artistique selon lequel la peinture se doit de rester figée dans une fidèle représentation de la nature. Pour lui, les arts, au même titre que la technique, ont un rôle à jouer dans l'évolution sociétale (voir à ce propos son utilisation du Ripolin dans ses collages dans la seconde moitié des années 1920). Et c'est peut-être là que sa peinture prend un sens : elle est véritablement évolutive. Son oeuvre est dans une certaine mesure une histoire de la peinture. L'ordre chronologique des toiles adopté dans l'exposition n'est pas innocent ; il permet à la fois de retracer une brève mais significative histoire de la peinture entre 1900 et 1950, et de comprendre le cheminement de l'artiste ; celui-ci ne s'inscrit pas forcément dans un mouvement de progression. Ainsi sa parenthèse mythologique et biblique (Minos, Salomé) sonne comme une nécessité de tourner le regard vers le passé pour mieux aborder les temps à venir.

Le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris vise toutefois à faire ressortir une unité dans cette oeuvre féconde. Léonce Rosenberg a dit : "Quoiqu'il fasse, c'est toujours du Picabia". Il est vrai que, à travers ses multiples errances, l'artiste a toujours conservé une mentalité résolument dadaïste : ses vagabondages poétiques avec Tzara au début des années 1920, son "Ent'racte" cinématographique (réalisé par René Clair) qui matérialise nos rêves et nos pulsions ; il utilise à profit ses penchants dada pour organiser des rendez-vous à thèmes "non conventionnels" dans les galas mondains de la Côte d'Azur.
Mais, s'il traverse des périodes nettement différentes, allant des superpositions des années 1930 d'après les canons de la Renaissance italienne (Botticelli, Piero della Francesca) aux nus figuratifs du début des années 1940, Picabia achève son oeuvre et la celle avec le sceau dada : les imageries sexuelles de 1945 à 1951 suivies des Points, dans lesquels il épure au maximum le motif, semblent vouloir montrer que toutes les formes de peinture ne peuvent finalement s'achever qu'à travers le prisme du dada.


22/06/2008


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