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50$!! Le prix du baril a atteint 50$, soit son plus haut niveau historique depuis 1979, date de la seconde crise pétrolière. Les experts redoutent un nouveau choc pétrolier…
Que se passe-t-il ? Les exportations de brut des pays producteurs sont au plus bas et pourtant la demande mondiale est au plus haut. Tout se passe comme si le bon vieux marché de l'offre et de la demande, si cher à Smith et Ricardo, ne jouait plus son rôle.
Les prix sont très élevés sue les marchés pétroliers ce qui devrait normalement inciter les producteurs à augmenter leur production. Mais le marché du brut n'est pas banal, il y a d'abord l'OPEP, l'organisation des pays producteurs de pétrole qui ne contrôle cependant pas la majorité de la production mondiale de pétrole, et de l'autre les « NOPEP » (Russie, Norvège, et Royaume-Uni, USA…tout les « non OPEP ») qui ne sont pas assez influents sur les cours car divisés. Un certain flou reigne sur ce marché, ce qui ne contribue pas à la baisse des cours. Les causes actuelles conjoncturelles et classiques (guerre en Irak, tensions et déstabilisation du régime saoudien, explosion de la consommation chinoise) ne suffisent pas à expliquer seules ces prix. Des explications structurelles, comme le manque de concurrence sur le marché du fait des cartels de pays pétroliers, sont à rechercher. En simplifiant, on a affaire à un marché trop segmenté ou la concurrence est presque absente, ce qui provoque, on le sait, des prix élevés mais aussi un manque de réactivité quand un élément imprévu survient (Ici la forte croissance chinoise).
Combien coûte réellement un litre sans taxe, en d'autres mots qui profite de cette manne ? Effectuons un rapide calcul : Sachant qu'un baril fait 159 litres et qu'il coûte à la dernière cotation 50$, le prix du litre hors taxe revient à 0,31$ soit 1,80 francs ou 0, 26 euros ! Sur les 1,05 euros que nous payons à la pompe, il y a 20 % alloués à la TVA, plus une part importante pour la TIPP (la taxe intérieure sur les produits pétroliers) sans oublier les taxes à l'importation. L'état est donc celui qui trait le plus cette « vache à lait ».
Mais les deuxièmes grands gagnants, ceux qu'on fait passer souvent comme victimes, sont les majors du pétrole. Pour mémoire Total est la plus grosse capitalisation au CAC 40 et la première entreprise française en terme de chiffre d'affaire. La cotation est passée entre septembre 2003 et septembre 04 de 130 euros à 170 euros soit 30% d'augmentation !
Qui sont les perdants ? Ils y a bien sur les consommateurs qui subissent le diktat des prix non seulement de l'OPEP mais aussi des multinationales pétrolières et de l'état, mais plus grave est la recherche sur des énergies alternatives qui est entravée par les lobbys pétroliers ne souhaitant bien sur pas voir disparaître ce qui les fait vivre. Quelle entreprise accepterait de voir son marché disparaître à cause d'innovations qui sont pour elles incontrôlables et non rentables (la pile à combustible ou la voiture électrique à haute capacité pourraient remplacer le moteur à explosion) ? Du coup on ne voit que peu d'innovations arriver sur le marché. Il n'y a pas de pile à combustible ou de moteurs électriques vraiment performants, non pas par impossibilité technique mais à cause des lobbys du pétrole qui n'en veulent pas. Ces lobbys sont particulièrement forts aux Etats-Unis notamment avec les sociétés pétrolières qui gravitent autour du vice- président des USA, Dick Cheney. L'industrie automobile et pétrolière a une puissance financière telle qu'elle peut se permettre d'entraver les recherches sur les moyens de propulsions alternatifs qui sont, soit dit en passant, beaucoup moins polluants mais beaucoup moins rentables pour elles…
Quel est l'avenir ? Selon l'IFP, l'institut français du pétrole, ( www.ifp.fr), il y a deux scenarii possibles pour les mois et les années à venir :
-Dans l'hypothèse très optimiste, aucun événement ne perturbe la production et les exportations des grands pays producteurs. La Chine, principal pilier de la croissance mondiale et asiatique en particulier, voit sa demande énergétique ralentir fortement sous l'effet de plusieurs facteurs internes : libéralisation des prix à la consommation, apparition de goulets d'étranglement, notamment dans la logistique, arrêt de la politique de stockage, mesures d'économies d'énergie drastiques. La demande pétrolière aux États-Unis stagne, répondant à retardement aux hausses de prix des derniers mois. Les autres pays occidentaux et les pays asiatiques suivent. Le retour de capacités de production excédentaires au sein de l'OPEP, de l'ordre de 2 % des capacités mondiales, et une certaine reconstitution des stocks dans les pays de l'OCDE ramènent le prix du baril vers 30 $. L'hypothèse la plus souhaitée !
-Dans l'hypothèse pessimiste, l'un des grands pays exportateurs est l'objet d'une déstabilisation majeure affectant durablement les volumes exportés : attentats visant les infrastructures pétrolières (pipelines reliant les principaux terminaux d'exportation, sites de production, tankers) en Arabie Saoudite, chaos généralisé en Irak, troubles politiques au Venezuela... L'offre n'est plus en mesure de satisfaire la demande à l'occasion du pic de consommation hivernal. Les stocks pétroliers dans les grands pays consommateurs atteignent les niveaux les plus bas jamais observés. En dépit de l'utilisation concertée d'une fraction des stocks stratégiques, le prix du baril atteint les valeurs synonymes de choc pétrolier en 1979-1982 (80 $ de 2003). Plusieurs secteurs économiques subissent une hausse violente des coûts de production : transports aériens et terrestres, agriculture, chimie. La hausse du prix du baril se propage aux autres marchés énergétiques (gaz, charbon, électricité) et génère une volatilité qui s'autoalimente. L'inflation est multipliée au minimum par un facteur 2. Les marchés financiers plongent et nourrissent des anticipations très négatives de la part des entreprises et des ménages. La croissance économique mondiale est immédiatement affectée. Pas joli tout ça et très inquiétant !
Conclusion : Il faut mieux remplir son réservoir dès maintenant !
13/12/2005
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