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Les films de l'année 2002

Minority Report (critique de Fred)

Minority Report (critique de Fred)

EYES WIDE OPEN
de Steven Spielberg avec Tom Cruise


Date de sortie : 02 Octobre 2002
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Tom Cruise, Kathryn Morris, Colin Farrell
Film américain. Genre : Science fiction
Durée : 2h 25min.



L'argument est simple mais fascinant : quand le mal est-il commis ? Une fois le forfait accompli ? L'intention est-elle seulement mauvaise ? C'est la question de la détermination qui est ici posée. Punir avant que l'acte soit commis, est-ce une restriction de notre liberté ? Cela rappellera sans doute de bons souvenirs à la promo 2004 (est-il nécessaire de préciser pour les autres que le thème de CG de notre année était « le mal » ?) Malheureusement le traitement de la question est quelque peu tendancieux et n'aurait pas permis à Spielberg d'obtenir beaucoup plus que la moyenne à l'épreuve de CG de l'ESSEC. Pour bien nous faire sentir que le système Pre-Crime, qui arrête et punit les méchants avant qu'ils ne commettent le mal, va à l'encontre de la liberté individuelle, Spielberg nous fait entendre dès le debut une publicité pour le système qui nous fait bien comprendre le contraire de ce qu'elle dit ! On a fait plus subtil pour obtenir l'adhésion des spectateurs.

Minority Report est « un film sous influence ». Celle de Kubrick est peut être la plus marquante. Steven Spielberg n'a jamais caché son admiration pour le réalisateur du Dr Folamour ; dans Minority Report, celle-ci se fait sentir a de multiples reprises. La première image, un ‘il grand ouvert qui remplit l'écran, semble sortie de 2001 ; une valse de Schubert accompagne les séquences où la technologie impressionne... La machine avec laquelle le chirurgien change les yeux de John Anderton rappelle celle qu'on utilise dans Orange Mécanique pour forcer le pauvre Alex à garder les yeux ouverts ; la séquence où John Anderton se fait attraper par ces anciens collègues est identique dans son montage à celle où Alex est retrouvé par les droogies devenus flics' Mais ce qui fait de Minority Report le film le plus Kubrickien de Spielberg c'est son sujet : le mal. On pense bien évidemment au traitement qui empêche Alex de commettre le mal dans Orange Mécanique, mais c'est avant tout la façon dont il traite du mal qui est typiquement Kubrickienne : le mal fait suite à un dérèglement (une erreur) de la « machine humaine », lorsque les émotions apparaissent'
La comparaison avec Kubrick s'arrête là. Car Minority Report est avant tout un blockbuster : on a donc droit à des séquences d'effets spéciaux aussi impressionnantes qu'inutiles. On vire même de temps à autre dans la série B, quand John Anderton se transforme en Jackie Chan ou en Spiderman pendant la traque. Cela montre que Steven Spielberg ne se prend pas trop au sérieux et c'est ce qui fait tout le charme du film ; mais cela en fixe également les limites. Car nous ne sommes plus à l'abri des effets les plus faciles. La surprise : du type quelques secondes de silence suivi au moment où on s'y attend le plus d'un bruit brusque et assourdissant ; or qui dit surprise dit efficacité dramatique nulle. La mièvrerie « finale » (Spielberg ne pouvait pas s'en empêcher comme le scorpion sur le dos de la grenouille), même si le film repart pour une série de coups de théâtre qui laisse entrevoir plusieurs fins différentes, selon notre degré d'optimisme.
Minority Report souffre de cette diversité de tons mal maîtrisée. L'ensemble est finalement assez peu cohérent.

Enfin il ne faut pas non plus négliger l'influence de Blade Runner, car Minority Report s'inscrit dans le même univers crade et ambigu que le film culte de Ridley Scott. On se situe ici à égale distance du film de science-fiction et du film noir : les couleurs choisies dans le film illustrent particulièrement bien cette tendance : les couleurs froides d'un univers déshumanisé et l'aspect sombre avec contrastes violents du film noir. Mais comme dans le supérieur Femme Fatale de Brian de Palma, les entorses au genre sont nombreuses et le traitement du destin, élément essentiel du film noir est ici tout à fait moderne.

Il faudra un jour qu'un réalisateur de talent fasse un remake plus abouti de Minority Report.


10/03/2007


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