Lost in la Mancha
le 20/07/2003 - par Iris Gardet-Hadengue Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Film documentaire américain et britannique de Keith Fulton et Louis Pepe
Avec Terry Gilliam, Johnny Depp, Jean Rochefort, Vanessa Paradis, Jeff Bridges
Sortie le 16 juillet 2003
Comment j'ai raté mon film' (sans acteurs, ni budget et encore moins de coups de bol !)
Le théâtre, et par contagion le cinéma, sont des milieux empreints d?une forte superstition : il ne faut pas dire « corde », ne pas porter de vert ; on se souhaite bonne chance en se disant « merde » (et surtout pas « bonne chance ») ; il ne faut pas endosser le costume de Superman sur grand écran ; il ne faut pas adapter Don Quichotte de Cervantes non plus. Un peu comme pour Toutankhamon, il ne faut pas chercher à déterrer Don Quichotte car une malédiction semble frapper ses découvreurs.
Késakokcetchozla ? Un film : pas vraiment ; un docu : ça y ressemble (on aurait aimé un autre traitement que celui à l?anglo-saxonne, qui consiste à présenter les témoignages soulignés des noms et fonctions des divers interviewés) ; un making-of, donc. Mais d?un film qui n?a jamais vu le jour et n?aura connu que 6 jours de tournage. Les calamités se sont en effet acharnées sur l?équipe, à un point que si on avait voulu faire un film comique sur un tournage raté, on n?aurait sans doute pas osé en mettre autant pour rester crédible. Ca ne va pas être facile de vous raconter la substance de cet « ovni » qui vaut le détour ? « incontestablement », si l?on en croit les critiques et réalisateurs hollywoodiens ? c?est pourquoi, je vous déconseille la bande-annonce si vous voulez vraiment tout découvrir, du début à la fin.
C?est un film qui, en nous plaçant au c?ur du plateau et des déconvenues, nous fait partager les déceptions et les angoisses du réalisateur, du Premier assistant-réalisateur et de l?acteur Jean Rochefort, qui parle du personnage de Don Quichotte dirigé par Terry Gilliam comme du « rôle de sa vie ». A côté, les financiers (assureurs, producteurs) semblent des grands méchants, près de leurs sous, alors qu?on sent bien que The Man who killed Don Quichotte a tout du rêve éveillé. C?est pour cela que, réveillé en sursaut, on veut continuer ce rêve et on a du mal à se résoudre à sortir du confort (tout relatif, ici) du lit.
Ce film place, je crois, chacun face à des désirs inachevés ou interrompus. Terry Gilliam, qui est tout de même le réalisateur des délirants Brazil et l?Armée des 12 singes, serait donc un être humain comme les autres. Ca a l?air naïf dit comme cela, mais je vous assure qu?on compatit réellement.
Pour en venir au film lui-même, qui n?est pas l??uvre de Gilliam, mais bien de Keith Fulton et Luis Pepe, il évoque immanquablement le documentaire (mais c?est à la mode de les sortir sur grand écran, et puis si ça aide financièrement le projet, tant mieux !) par le mélange des images du storyboard à l?animation, par la recherche historique (Orson Welles et illustrations des livres anciens). Les premières images tournées par Gilliam laissaient présager un film superbe (tant par la photographie que par le jeu des acteurs).
Terry Gilliam portait ce projet depuis 10 ans et il dit vouloir recommencer. On espère que le prochain making-of sera sur le DVD. D?ici là, allez toujours vous « divertir » (bande de sadiques ! :-) ) et vous instruire avec Lost in la Mancha.
15/20
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