Film de Marceline Loridan-Ivens avec Anouk Aimée, August Diehl... Sortie le 12 novembre 2003 Une "heureuse" surprise.
Ce film est une "heureuse" surprise. Il est rare, en effet, que l'adaptation cinématographique d'une oeuvre littéraire en rehausse l'éclat, tout particulièrement lorsque cette oeuvre est de la plume de Jean-Claude Izzo, dont on connaît le goût pour l'analyse psychologique des personnages auxquels il donne (ou mieux, il prête) la vie. De ce point de vue, ce film est un tour de force: tout en restituant l'argument du livre avec une fidélité qui devrait faire honte à Peter Jackson, Claire Devers va plus loin, pour ainsi dire comme un chef d'orchestre qui donne son interprétation de l'oeuvre d'un grand maître.
Cette oeuvre évoque la destinée de quelques marins de l'Aldéraban, trahis par leur armateur en fuite, et qui pour cela restèrent amarrés des années durant aux quais de Marseille, oubliés de tous, des autorités comme de leurs proches. Les trois hommes apprirent tant bien que mal à cohabiter dans leur prison de rouille et de mazout, et ce furent autant d'univers qui s'opposèrent et s'entrechoquèrent. Il y avait Abdul, le capitaine à l'esprit rude et torturé, pleurant au fond de lui sa bien-aimée disparue. Diamantis, le second plein de compassion, qui recherchait à Marseille sa fiancée d'autrefois. Nedim enfin, le radio, beau jeune homme aux hormones bouillonnantes. C'est le contact de ces trois univers, auxquels la terre ferme offrait la possibilité de se réaliser pleinement, qui conduisit à la tragédie, laquelle eut pour cadre la figure obsessionnelle de l'immense cargo...
Ce n'est donc pas son argument qui confère à ce film sa richesse. Il serait par ailleurs tout à fait vain d'y voir une critique de la malhonnêteté des armateurs, ou de l'absence de lois internationales qui pussent s'appliquer en de telles situations, ou encore un apitoiement sur le sort de ces pauvres marins perdus. Non. Ce qui suffirait presque à faire de ce film un chef-d'oeuvre, c'est la profonde impression de Méditerranée qu'il produit sur le spectateur. Si la bande originale avait été de meilleure qualité, je n'aurais eu aucun scrupule à le comparer à la Carmen de Bizet. Ces deux oeuvres nous plongent dans un monde tour à tour sombre et lumineux, mais toujours profondément tragique: c'est le monde de la Méditerranée originelle, c'est notre monde. Bien qu'il puisse sembler cruel et triste, il faut l'aimer, comme Nedim aime Audrey Tautou, pour son sourire éphémère, pour son charme et sa beauté apparents: l'amour est un si beau mensonge!
C'est grâce à des films comme celui-ci que le cinéma mérite pleinement son surnom de septième art.
04/03/2007
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