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Les films de l'année 2003

Reconstruction (l'avis de Pascal)

Reconstruction (l'avis de Pascal)

Film danois (2003). Drame.
Date de sortie : 03 Décembre 2003
Avec Nikolaj Lie Kaas, Maria Bonnevie, Krister Henriksson...
Réalisé par Christoffer Boe


Le premier plan du film met en scène un homme qui maintient en suspension une cigarette entre ses mains écartées. L'image est très granuleuse, la musique peu ordinaire, l'atmosphère est légère comme la cigarette et grave à la fois.
Tout le film est symbolisé dans cette scène : une ode à l'amour avec tout ce qu'il contient d'allégresse, de mélancolie, de gravité et de déchirure.
Pourquoi attendre que viennent des mots forcément vains, insuffisants pour décrire cette histoire ?? autant le dire tout de suite : Reconstruction est un film superbe, magnifique et bouleversant.

Il est difficile d'écrire sur ce film, tant il prend le spectateur dans ce qu'il a de plus personnel, de plus intime. L'histoire pourrait se décrire en quelques mots. Un homme et une femme se croisent un soir dans le métro et au-delà de toute convenance, de toute raison, ils vont prolonger cet instant.

Il arrive que l'on vive des moments à part, irréels. Mais ceux-ci ne durent qu'une seconde, le temps d'un regard échangé puis esquivé. Christoffer Boe nous offre l'un de ceux-ci mais le laisse en suspension. La force du film se trouve là, dans le désir des deux amants de prolonger la nuit qu'ils ont partagée, de maintenir son insouciance et sa beauté. La mise en scène de Boe fait d'abord vivre cette illusion. Les images sont incroyablement sensuelles et charnelles. La caméra épouse les corps des deux amants comme l'échange de leurs caresses et de leurs regards hésitants et passionnés. Puis le film quitte peu à peu cette sphère du rêve, sans pour autant revenir à une réalité mécanique. Le monde déstructuré créé par Boe n'en est pas moins inéluctable et dramatique. La voix off qui dirige l'intrigue livre ainsi le secret de leur romance : « Tout est un film, tout est construction ». Mais cela ne signifie pas que leur idylle est fantasme, illusion. Il s'agit de construction et de déconstruction. Ainsi le film dénote un côté particulièrement lynchéen, très proche de Mulholland Drive. La mise en abîme du personnage principal en est caractéristique : depuis sa rencontre avec Aimée, Alex se trouve déconnecté de sa vie passée : ses amis et même sa compagne ne le (re)connaissent plus. Cette dernière cherche même à avoir une liaison avec celui qu'elle prend maintenant pour un inconnu. Le trouble est d'autant plus grand pour le spectateur que les deux personnages féminins sont joués par la même actrice. De même la réalisation provoque le spectateur et ne se laisse jamais apprivoiser. La musique et les plans tantôt flous et lumineux de Copenhague la nuit, tantôt froid de Copenhague de jour ajoutent à ce caractère intemporel et insaisissable du film.

Face à cette « réalité » qui ne leur laisse pas d'espace pour s'aimer, les deux amants n'ont plus comme échappatoire que le voyage, la fuite vers Rome. Mais celle-ci est impossible.

Le film se veut sans postulat. Il ne nous touche que plus encore et nous influence longtemps, grâce notamment à ses acteurs tous magnifiques. Au-delà d'une réflexion sur l'amour, il rend véritablement hommage au septième art en cherchant à toucher son essence-même : la création, le fantasme, l'émotion brute. Si l'on aime le cinéma, il faut voir Reconstruction.

Le film ne se termine pas vraiment. Il reste là, présent dans une partie de nous même, abstrait, tel un désir inconnu et incertain. Cet article ne peut trouver de conclusion. Mon échappatoire sera dans les mots mêmes du réalisateur Christopher Boe :

« Retenir le premier gros plan, le premier baiser, faire couler la première larme. Etre le premier sur terre à dire « je t'aime ». Mais la réalité est tout autre : le monde est plein d'amour et l'amour est en passe d'être galvaudé. On connaît, l'histoire, les sentiments, les cadrages. Rien qu'à l'idée de dire « je t'aime », on sent monter la nausée. Nous avons perdu notre innocence depuis longtemps. Pourtant, même si les mots ont perdu de leur sens, notre intention est toujours aussi pure. Comment faire aujourd'hui un film sur l'amour ? Comment donner un sens nouveau à des poncifs usés jusqu'à la corde ?

Nous n'apportons pas de réponse, mais notre film essaie de le faire. Il faut séduire avec douceur, imperceptiblement. Tout à son ordre et sa place, mais les objets se décalent et se transforment jusqu'à ce que l'on parvienne à quelque chose d'irrémédiablement neuf. Un lieu où l'on dit « je t'aime » pour la première fois. Ou presque...


04/03/2007


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