Le quatrième film de Quentin Tarantino, avec Uma Thurman, Lucy Liu, David Carradine, Sonny Chiba... sortie le 26 novembre 2003.
Un plat qui se mange froid. La mariée est furax, elle vient de se réveiller de quatre ans de coma et le moins qu'on puisse dire c'est que ceux qui l'ont laissée dans cet état ont intérêt à se planquer. En effet, la mariée c'est Uma Thurman et elle n'a toujours pas avalé le fait qu'un commando ait débarqué le jour de son mariage, flingué tout le monde et laissé pour morts elle et l'enfant qu'elle portait. Voilà notre tueuse assoiffée de vengeance lancée à travers le monde pour étriper le commando et leur chef. : Bill (et soudain le titre du nouveau Tarantino prend une nouvelle dimension.)
Attention, film méchant. Que ceux qui attendent le prochain Tarantino depuis cinq ans s'arrêtent là, car même sans rien dévoiler de l'intrigue, Kill Bill est une telle claque qu'il vaut mieux ne pas y être préparé pour la recevoir le plus fort possible. Quant aux plus courageux, qu'ils sachent qu'ils ne risquent pas d'être déçus, Kill Bill est du pur Tarantino et on reconnaît facilement la patte du type le plus disjoncté d'Hollywood. Kill Bill est une expérience cinématographique hors du commun et on n'a jamais été aussi près de ce qui fait l'essence du cinéma; comme le dit Tarantino, il a voulu faire un film se déroulant dans "l'univers du cinéma". C'est-à-dire qu'il ne sert à rien de chercher la moindre vraisemblance dans ce film, le principe est un hommage à tout ce qui a fait la culture cinématographique de Tarantino et tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle est plutôt large. Ainsi on navigue entre western spaghetti, films de samouraï, de yakusa, mangas et j'en passe; le fim est donc hyper-référencé et il ne se passe pas une minute sans qu'on ne puisse se dire qu'on a déjà vu ça quelque part. Conçu à l'origine pour ne former qu'un seul film, la longueur du montage initial (près de quatre heures) a poussé Tarantino et ses producteurs à diviser Kill Bill en deux volumes plutôt que de proposer une version au rabais aux spectateurs; le premier volume est ainsi narrativement et esthétiquement rattaché aux films japonais alors qu'on nous promet un volume II se rapprochant plus des films chinois.
Chef d'oeuvre ou copie? Eh bien les deux à la fois, Tarantino est peut-être le seul réalisateur capable de calquer tout son film sur des modèles préexistants et de créer une des oeuvres les plus originales qu'il nous ait été donné de voir ces dernières années. Le succès réside dans un savant mélange des genres et le résultat est purement jouissif; la structure de Kill Bill est très proche du jeu vidéo: chaque personnage, même les "méchants", est extrêmement travaillé (banni le manichéisme) et vouloir compter le nombre de morts dans le film relève de l'exploit. Les âmes sensibles sont donc prévenues, que tous ceux qui ont trouvé que Gangs of New York était une boucherie passent leur chemin ; car on passe d'une décapitation à une mutilation et inversement; cependant Tarantino désamorce toute cette violence gratuite par une ambiance esthétique splendide et un humour corrosif. Le film est divisé en chapitres et à chaque chapitre correpond une ambiance visuelle différente (et quand je dis différente je pèse mes mots), le traitement esthétique restant toujours magnifique. L'humour est aussi omniprésent, à condition d'aimer l'humour noir et méchant; dans ce cas vous en aurez pour votre argent et ne manquerez pas de vous écrouler devant les situations plus décalées les unes que les autres.
Héroïne. Voilà le maître mot de tout ce film, autant parce qu'il semble avoir été réalisé par une bande de junkies complètement défoncés, que parce que les femmes sont le noyeau dur de toute l'oeuvre. Ainsi Uma Thurman est la Mariée, personnage sans nom à mi chemin entre le ronin (samouraï solitaire) et l'homme sans nom, interprété par Clint Eastwood dans la trilogie de Sergio Leone; elle oscille entre froideur implacable, virtuosité dans l'art du combat et humour décalé. Lucy Liu interprète le chef des yakusas avec des méthodes de "management" pour le moins originales. Mais la palme du sadisme revient à Chiaki Kuriyama, tueuse solitaire du subversif Battle Royale, qui campe ici une garde du corps habillée en lycéenne japonaise et complètement déglinguée. On évolue alors dans un monde de femmes qui ont complètement perdu les valeurs féminines traditionnelles telles que la compassion ou la sensibilité; Tarantino offre à ces femmes des rôles d'habitude réservés aux hommes, renforçant l'ambiance détraquée du film.
En bref. Courrez voir le film le plus dingue de 2003, tellement superficiel mais tellement bon! Par contre, si vous n'avez aimé que Jackie Brown et détesté les précédents films de Tarantino, ne vous attendez surtout pas au film de la maturité. Tarantino signe ici un film esthétiquement magnifique, hilarant, complètement gore, mais dépourvu de tout questionnement métaphysique. Après tout, c'est peut-être bien ce qu'on adore chez Tarantino...
04/03/2007
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