Thriller de gilles marchand avec sophie quinton et laurent lucas. Sortie le 24 Décembre 2003 Un film révélateur d'un talent à suivre.
Si Harry, un ami qui vous veut du bien dont Gilles Marchand a écrit le scénario faisait beaucoup penser à Mais qui a tué Harry? de Hitchcock pour le côté amoral de son personnage principal, Qui a tué Bambi? tend plutôt vers les films à «çons» du maître britannique, de L'ombre d'un doute à Fenêtre sur cour. La progression du film est particulièrement influencée par ce dernier. Isabelle, et le spectateur avec elle, est convaincue qu'il y a quelque chose de suspect chez le docteur Philipp. Un certain nombre d'indices semblent l'accuser. Mais il pourrait y avoir une toute autre explication. L'analyse du flacon de Penta a son équivalent dans le chef d'oeuvre d'Hitchcock avec la vérification de la destination des colis envoyés par le voisin suspect. La scène où Isabelle va fouiller le bureau du docteur fait écho à l'intrusion de Grace Kelly dans l'appartement du voisin etc. Qui a tué Bambi? doit aussi beaucoup par son côté psychanalytique au Secret derrière la porte de Lang et aux films de Tourneur produits par Val Lewton (La Féline, L'homme léopard). Enfin, le film rappelle aussi l'univers de Lynch avec son monde parallèle de l'inconscient. La référence, évidente, est renforcée par la musique qui ressemble beaucoup aux compositions de Badalamenti pour Twin Peaks.
Si ses mécanismes scénaristiques sont ultra référencés, l'univers dans lequel le film se déroule a cependant, peu d'équivalent. A part peut être L'hôpital et ses fantômes de Lars von Trier. Mais contrairement à la série culte du réalisateur danois et à une certaine tendance des thrillers de ces dernières années, les plafonds ne suintent pas, les néons ne fonctionnent pas que par intermittence. La saleté et la noirceur sont plus sophistiquées. Elles figurent dans l'inconscient (c'est peut être un peu trop évident dans la séquence du jeu question réponse) Comme chez Hitchcock ou Lang, les lignes sont parfaitement claires. Gilles Marchand ne joue pas tellement avec le clair obscur. Il n'y a quasiment pas de sang non plus. Il ne joue pas avec l'horreur et le dégoût mais avec la peur. Tout est habilement dissimulé. A l'image de cette opérations chirurgicale où tout est caché sauf l'oreille encadrée à opérer. Tout est dans la suggestion. D'abord via les conversations des infirmières chevronnées à la cantine, puis devant l'étalage des instruments médicaux (ciseaux tranchants, bistouri etc) La principale angoisse provient d'une idée que n'aurait sans doute pas reniée Hitchcock, lui qui cherchait constamment l'identification du spectateur aux personnages principaux. C'est la confiance qu'on doit accorder au corps médical quand il nous endort pour nous opérer. L'angoisse de ne plus rien maîtriser. Un peu comme au cinéma! Car on a l'habitude de voir des scientifiques fous (du Dr Mabuse de Fritz Lang au Dr Evil d'Austin Power) mais le médecin est celui en qui on doit avoir confiance. C'est pour cela que Qui a tué Bambi? est terrifiant. Bien sûr il y a les gynécologues du Faux semblants de Cronenberg; mais il n'y a pas chez Marchand la même fascination pour le corps et ses transformations (volontaires ou subies!). Tout ceci culmine dans la saisissante séquence déjà évoquée, où Bambi s'introduit dans le bureau du docteur suspect. Le tiroir dont elle tire les preuves de sa culpabilité semble alors un gouffre infini. Celui de l'inconnu et de la peur qui atteint là son paroxysme.
Qui a tué Bambi? n'est pas sans défaut. Même si on pourra toujours gloser sur le côté «éveillé» du film (Bambi est elle morte?), le spectateur ne doute plus des forfaits du docteur au milieu du film. Même si certaines séquences à la fin du film nous font douter des conclusions un peu hâtives qu'on a pu tirer (la remarquable séquence du verre d'eau fait écho à la célèbre fin de Soupçons de Hitchcock où Cary Grant montait un verre de lait, peut être empoisonné, à sa femme), c'est dommage. Le génie d'Hitchcock dans Fenêtre sur cour consistait à faire douter le spectateur jusqu'à la fin de la culpabilité du voisin de James Stewart. Pas encore Mulholland Dr., mais un film révélateur d'un talent à suivre.
04/03/2007
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