Film italien (2003). Historique, Drame. Avec Maya Sansa, Luigi Lo Cascio... Réalisé par Marco Bellocchio Brigades rouges revival
C'est la reconstitution subjective, inventée, "fictionnée" de l'enlèvement de Aldo Moro, président de la Démocratie Chrétienne en Italie, par les Brigades Rouges, groupe (ou groupuscule ?) de terroristes italiens dans les années 70. L'enlèvement a eu lieu en mars 1978 et Aldo Moro est mort en mai, après 55 jours de séquestration. Il y a l'histoire et il y a la vision d'un cinéaste, Marco Bellocchio, qui réalise un film en demi-teintes, sans soutenir véritablement une thèse historique. Les Brigades rouges comme illustration de sa réflexion sur la culpabilité.
Quatre membres des BR vivent donc avec le président. Quatre membres dont une femme. Cette femme est censée représenter l'élément stable du groupe, c'est elle qui travaille dans une bibliothèque, elle est fonctionnaire, elle a 23 ans et en paraît dix de plus. C'est son collègue qui le lui fait remarquer. Elle se cache sa beauté, sa jeunesse, elle est agressive : elle a une double vie dont elle ne peut révéler l'existence. Elle entend des voix, des chants, elle rêve de neige, elle lit les lettres des prisonniers de la résistance antifasciste. Brigade rouge, mais... Elle doute. Tout le film retrace ses doutes, ses espoirs. Surtout lorsqu'elle regarde la télévision. Comme les trois autres. Leur seul rapport au monde extérieur, c'est la télévision. C'est ainsi qu'ils découvrent le récit de leur forfait, de leur exploit. Ils vivent ce qu'ils ont fait par la télévision, par procuration, par les media. D'ailleurs, les archives retrouvées sont assez impressionnantes, comme si Bellocchio voulait confronter la télévision, ces images d'archives, ce qui est censé être vrai et ces quatre personnages, ses personnages, ceux qu'il a crées à partir de faits certainement. C'est le va-et-vient permanent entre la fiction et l'Histoire qui rythme le film, la reconstitution véridique important peu au cinéaste.
Le décor est ainsi primordial, car il enserre les personnages. Ils vivent dans un appartement aménagé pour l'événement, avec deux portes d'entrée, des rideaux tirés, de petits oiseaux dans le jardin, une fausse porte dans la bibliothèque, derrière laquelle se cache le prisonnier. L'appartement réussit à instiller la peur, la peur perpétuelle, l'huis clos étouffant jusqu'au dégoût des personnages eux-mêmes. La caméra suit ces corps toujours à demi-cachés, à demi-endormis, qui errent dans cet espace réduit. Leurs mouvements sont assez simples : mettre la cagoule noire, pousser la porte, parler à Aldo Moro, ressortir, enlever la cagoule, veiller. C'est un rituel qui se sclérosera vite et qui montrera l'impuissance de ces hommes aux idéaux élevés mais peut-être sans force politique véritable. Leur seule force est le sang qu'ils font couler, et selon Bellocchio, c'est leur talon d'Achille : comment convaincre la force ouvrière - et à plus grande échelle le peuple - que tuer un homme politique est un bien, pourquoi le tuer ? Parce que ce serait s'avouer vaincus que de le libérer sans rien en échange. Quand on sait que Bellocchio a pris le parti de réaliser un film sur la culpabilité, la trahison, on comprend mieux sa vision de l'histoire. Car le discours qu'il fait tenir aux BR est assez simpliste, entre chants des patriotes et images glorificatrices de Staline, alors que lui-même était d'extrême-gauche? Les méchants BR contre le gentil, le saint Aldo Moro : on en arrive à ce schéma un peu manichéen.
Le problème n'est pas de défendre les BR ou Aldo Moro, mais plutôt la manière de les représenter, de les créer comme personnages de cinéma : ce qui est complexe, ce n'est pas la position de Bellocchio, c'est de savoir comment on met en scène des acteurs politiques de l'Histoire dans une fiction aux allures philosophiques, oniriques. Car ce n'est pas un compte-rendu des 55 jours de séquestration, c'est le retournement idéologique d'une femme quant à la justesse de l'action à mener. Et ce, superbement bien mis en scène, aux effets cinématographiques prodigieux : Bellocchio sait raconter des histoires, et surtout les matérialiser ou plutôt les immatérialiser dans les rêveries et l'illusion propre au cinéma.
04/03/2007
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D'un côté une cellule de "terroristes" parfaitement caricaturé-e-s, conformes aux fantasmes tristement contemporains : les yeux exorbités, le langage pauvre, l'imaginaire colonisé par le totalitarisme, ils et elles chuchotent des slogans en choeur et se surveillent mutuellement au point de tressaillir, à table, quand l'une d'entre eux se lève pour prendre le pain. Les rares doses de doutes et de mémoire intime que le réalisateur leur accorde sont les seuls traits qui différencient Buongiorno notte d'une fable américaine où le monde est divisé entre bons et méchants. Alors quand j'apprends qu'une partie de la classe politique italienne juge Bellocchio "indulgent" avec les Brigades Rouges, je constate une fois de plus que nous sommes dirigé-e-s par des esprits dignes d'Hollywood et je ne peux m'empêcher de frémir.
De l'autre côté, Aldo Moro, leur otage, dirigeant du plus grand parti du pays, la Démocratie-Chrétienne (centriste), est un être fragile et généreux, prêt à pardonner ses ravisseurs, une proie émouvante dont on déroule les dernières lettres affectueuses à ses proches. Bellocchio ajoute ainsi une puissante touche cinématographique à l'icône Moro que l'establishment transalpin astique scrupuleusement depuis presque trente ans, Moro, l'honnête politicien-martyr qui justifia la plus noire des répressions politiques de l'Italie d'après-guerre (20.000 inculpations, 4087 emprisonnements, dont il reste aujourd'hui encore 224 incarcéré-e-s et 190 réfugié-e-s, d'après I.Sommier). Nulle part dans le film ne sont évoquées les sombres réalités de son parti, gangréné par le clientélisme et l'opportunisme, parti de l'ordre catholique, des intérêts atlantistes et des "impératifs" capitalistes à la fois, "parti-Etat" qui a régné pendant un demi-siècle sur la péninsule avant de disparaître sous les feux des enquêtes anti-corruption. Le simplisme de la vision de Bellocchio n'a rien à envier à celui que Moro, dans le film, reproche aux Brigades Rouges.
Signalons enfin, entre les deux camps, la seule figure féminine du film : l'héroïne accablée de stéréotypes sexistes, pauvre servante passive, seule "terroriste" chez qui la sensibilité prendra le dessus sur l'idéologie, jeune et jolie femme qui rêvera de gestes libérateurs mais ne passera pas aux actes.
Reste à savoir quelles idées ce film "humaniste" ("citoyen" ?) consolide dans les mentalités d'aujourd'hui. "Tous les extremismes sont néfastes et condamnables. Ce film tiré de l'histoire italienne récente en est la preuve". "Buongiorno notte pourrait être une forme de réflexion plus large sur l’utopie révolutionnaire, utopie violente et extrême qui ne peut conduire qu’à l’échec et qui nie toute forme de libre-arbitre de la part de ses adhérents". Est-ce un hasard si l'on trouve ce genre de lieux-communs sur internet ?
En se focalisant sur l'événement le plus sanglant de l'histoire des luttes sociales de l'Italie des années 70, Bellocchio participe à la mise sous silence des autres protagonistes, des autres idées, des autres pratiques qui ont constitué cette époque tumultueuse. Les mouvements révolutionnaires entre 1968 et 1977, en Italie, ce sont des usines paralysées et des syndicats dépassés par des milliers d'ouvrier-e-s en colère, ce sont des quartiers entiers qui face à l'inflation refusent de payer les loyers, c'est une désobéissance "galopante" qui se soustrait aux factures et aux tickets de bus, c'est une irruption tonitruante des femmes, homosexuel-le-s, jeunes et chômeurs-ses sur la scène politique, ce sont des analyses précises et originales de la transformation de l'économie occidentale, c'est une explosion des radios libres qui se font la "voix des sans-voix" tout en jonglant avec l
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24/10/2006 20:59:00 - Paolo