Drame espagnol de Isabel Coixet Avec Sarah Polley, Mark Ruffalo, Scott Speedman, Amanda Plummer, Deborah Harry, Leonor Watling Sortie le 24 décembre 2003 La célébration de la vie et rien d'autre
Déjà trois mois que le film est sorti, plus qu'une salle à le projeter encore à Paris, et si peu d'échos autour de moi, si peu de films aussi bons, également. Je le dis et je le répète, j'ai envie de le crier : il faut aller voir ce film ! Mon excès est tout à l'opposé de ce qu'il nous est donné à voir dans ce film, d'une justesse et d'une tendresse remarquable. Pas de rouleaux compresseurs pour nous extirper les larmes, qui finissent pourtant par couler. Comme dans La Chambre du fils de Nanni Moretti, on est presque heureux d'être autant ému par des choses très tristes certes, mais c'est ce qu'on est venu chercher quand on a décidé qu'on irait au cinéma, sans savoir à l'avance pour quel film. Je vous plante le décor mais il serait dommage d'en tirer des conclusions, car c'est une leçon non seulement de cinéma mais aussi de vie que nous servent Isabel Coixet (la réalisatrice) et Sarah Polley (l'actrice). Elles sont mes deux révélations de l'année 2003. On garde toujours le meilleur pour la fin, n'est ce pas (le film est sorti en France le 24 décembre) ?
Anne a 23 ans, un mari, deux petites filles. Ils vivent dans une caravane plantée dans le jardin de sa mère. L'amour qui lie la petite famille semble plus fort que les difficultés financières et professionnelles (Anne travaille la nuit, Don est au chômage). Il va même transcender la santé d'Anne : alors qu'elle est condamnée, elle décide de faire tout ce qu'elle n'a encore jamais fait.
Cette caméra au plus près du visage d'Anne vous prend aux tripes. Ce visage d'ange vous fait pester contre l'injustice qui touche décidément les moins chanceux et les plus simples. Anne évolue comme si de rien n'était (personne ne sait qu'elle est gravement malade). Or l'ironie tragique digne du théâtre antique, qui veut que seul le spectateur connaisse le destin fatal des personnages, voudrait qu'on prenne nos distances avec l'héroïne. Cependant les deux femmes (citées plus haut) jouent et traitent ainsi la sensibilité qu'on s'y laisse prendre et le miracle s'accomplit : on s'identifie. Notre cas est pourtant bien éloigné de celui d'Anne et on ne lui envie pas non plus.
C'est un film sensé, qui a l'intelligence du coeur et se permet même quelques coups d'humour au coeur de la tragédie.
04/03/2007
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