Film français d’Etienne Chatiliez, 1989, avec Tsilla Chelton, Catherine Jacob et Isabelle Nanty. Déçus par le dernier Chatiliez ? Retournez aux sources, avec cette comédie jubilatoire.
Aucune critique cinématographique, aucun résumé ne peut être aussi éloquent que la sentence édictée au haut de l’affiche : « Vous ne la connaissez pas, mais elle vous déteste déjà ». «Elle », c’est une harpie septuagénaire, qui, à la mort de sa bonne (le mot est faible), va être recueillie...non (!) : s’incruster chez d’obscurs et inoffensifs petits-neveux, et leur mener une vie infernale, par pur désir de nuire. Plus ses hôtes se montrent désarmants de prévenance (admirable Catherine Jacob, pétrie de douceur et d’abnégation), plus la vioque distille son fiel et multiplie les vexations.
En guise de liste non exhaustive de ses forfaits, on retiendra les actes provocateurs tels que monopoliser la salle de bain le matin, exciter son chien contre le facteur ou encore abandonner l’enfant qui lui est confié dans un jardin public, et les petites paroles blessantes comme le délicat « Des après-midi comme ça, j’en souhaite à personne ! », après une visite complète de Paris organisé sous un ciel splendide par ses bonnes pâtes de neveux. Sa famille, ses anciens voisins, les paupiettes et le basilic : rien ne trouve grâce à ses yeux. Et il faudra la pétulance d’Isabelle Nanty pour remettre à sa place cette horrible chipie.
On a souvent reproché à Etienne Chatiliez, notamment pour son film « La Vie est un long fleuve tranquille », de se montrer caricatural. Peut-être. N’empêche que son personnage ici est particulièrement intéressant d’un point de vue psychologique, puisqu’il se révèle plein de contrastes, donc foncièrement comique. Voir cette femme mauvaise comme la gale se délecter de Barbara Cartland en format Danielle Steele et se repaître de feuilletons à l’eau de rose, cela laisse rêveur…Et comment demeurer insensible au charme de cette supplique adressée à la photo de feu son mari : « Viens vite me chercher mon Edouard, je suis trop malheureuse » ?
Beaucoup de sentiments en fait, dans cette comédie qui explore les ravages des « vampires psychoaffectifs » sur leur entourage : de la culpabilité au syndrome de Stockholm, entre fascination et répulsion les personnages ne respirent plus que pour celle qui n’a même pas, pour semer la zizanie dans les familles, l’excuse d’être une fausse dévote. A la question « Pourquoi est-elle si méchante ? », on ne pourra répondre que « parce que, mais parce que !! ».
08/03/2005
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