L'échange - 2e critique
le 19/11/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Et en avant pour le film de l'année, peut-être enfin récompensé de plusieurs Oscars?
Titre original: Changeling
Etats-Unis, 2008, Durée : 2h21
Drame, de Clint Eastwood
avec Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly
Et en avant pour le film de l'année, peut-être enfin récompensé de plusieurs Oscars?
Clint Eastwood, né en 1930, deux ans après les faits mentionnés, est un remarquable homme à tout faire de la vie et du cinéma. Il a exercé tous les métiers, "36 métiers, 36 misères", pour être repéré par le Studio Universal et engagé comme figurant. Un producteur très observateur (plutôt en utilisant une loupe), l'a remarqué alors qu'il n'était qu'un visage parmi bien d'autres. C'est ainsi qu'Eastwood a pu débuter sa carrière officielle au cinéma, avec la série télévisée Rawhide dans les années 1950. Un vieux de la vieille, pourrait-on dire... Surtout connu pour ses succès dans des westerns virils comme acteur peu expressif de style minéraliste, le public l'apprécie désormais pour ses qualités de réalisateur avec l'exceptionnel Million Dollar Baby, une success story au féminin, et pour Mystic River, dont on a peut-être un peu trop parlé malgré ses évidentes qualités et même pour Minuit dans le jardin du bien et du mal, un film méconnu qui gagne à être vu.
Dans ce nouveau film, qui tour à tour nous fait passer du suspense aux larmes, à l'horreur, encore aux larmes et finalement, à l'admiration pour cette mère-courage, malgré le caractère désespéré de cette quête, Eastwood, encore une fois, a montré qu'il aime les femmes fortes qui ont du cran. Et cela a toujours existé, même comme dans ce cas, dans l'Amérique de 1928. Angelina Jolie, comme on ne l'a jamais vu, nous stupéfie: elle semble avoir pris des galons et de la maturité par ses récentes maternités, adoptives et naturelles, ce qui ajoute une touche finale à son talent d'actrice, outre que ses rôles de belle fille et d'aventurière. Elle interprète Christine Collins, une mère célibataire standardiste à Los Angeles cette année-là. On comprend rapidement que son fils de 9 ans, Walter, est toute sa vie (le père a dû partir parce qu'il a un jour reçu par la poste un coffret avec à l'intérieur la Responsabilité), et elle n'a plus rien d'autre. Elle l'éduque de son mieux en lui recommandant de ne jamais commencer une bataille mais de toujours la finir: ce conseil lui servira bien à elle... Ce fils, on le voit peu, seulement au début, une image évanescente, mais il reste présent tout au long de ce film, car il n'y aurait pas d'histoire sans lui, il est la raison de tout ce branle-bas de combat. Pour sa mère, il constituait le centre du monde et sa disparition deviendra le point de départ d'un combat contre les forces de l'ordre, qui s'exercent par le biais de l'institution mais aussi de façon totalement arbitraire. Il est aussi question d'une recherche éternelle guidée par l'espoir et l'amour.
Alors, Eastwood ne s'est pas contenté de faire un film féministe (car il a voulu montrer la fragilité de certains citoyens, comme les femmes, les enfants, et la classe populaire), et il a superposé cette histoire poignante d'une mère à la recherche de son fils, inspirée de faits réels (le scénariste, l'ancien journaliste Straczynski, a trouvé cette histoire dans les archives de la ville juste avant leur destruction par le feu), à une lutte contre la corruption de la police à Los Angeles - un département de police qui avait recruté 50 des policiers les plus agressifs pour former une Brigade Anti-Criminelle, qui n'avait pas vraiment pour but d'enrayer la criminalité mais de tuer l'espoir de justice. En réalité, ces policiers sans pitié s'étaient retrouvés avec tous les pouvoirs et le droit de tirer à vue sur tout suspect, sans enquête et sans procès, dans une parodie de justice. Le Révérend Briegleb, interprété par John Malkovich, dont les interventions, assez rares, sont néanmoins efficaces, fait réaliser l'importance du quatrième pouvoir, et cette fois, tout est différent du film The verdict par exemple, où l'Eglise est aussi corrompue que le reste. Ayant la colonne vertébrale solide, le révérend se tient bien droit et assure à qui veut l'entendre, lors de sermons et d'émissions à la radio, que le département de police démontre tous les signes de la pourriture de l'intérieur, la pire que l'on ait vue depuis des siècles et la pire de toute l'Amérique. Christine Collins se lève avec son fils dans leur maison, par ce qui semble un bon matin de congé normal, mais cela se révélera être le pire jour de sa vie. Elle mesure son fils et marque sa taille d'un trait sur le mur. Avec l'intention de l'amener au cinéma, elle est plutôt agacée quand on l'appelle pour un remplacement au poste des standardistes, où elle travaille comme responsable sur des patins à roulettes. Finissant plus tard que prévu, elle essaie d'attraper les transports en commun, mais rate son coup et arrive chez elle plutôt inquiète. Son fils n'est pas là, elle le cherche dans toutes les pièces et sait très bien que ce n'est pas son genre de se promener avec ses copains à la tombée de la nuit. Elle signale sa disparition à la police et on lui répond qu'il faut attendre 24 heures, elle reste hébétée, les larmes aux yeux. Le lendemain, ils viennent prendre sa déposition mais le calvaire a déjà commencé.
Cinq mois plus tard, la police lui ramène un petit garçon, c'est un vrai petit garçon, sauf qu'elle se rend vite compte que ce n'est pas son fils, ce qui ne fait qu'augmenter sa détresse. Pressée par la plice, surtout le Lieutenant Yester Ybarra, qui veut faire bonne figure devant les journalistes, elle pose avec le petit garçon et le ramène à la maison. Il fait 8 cm de moins que son fils et il est circoncis, drôles de différences... Celui-ci joue la comédie et l'appelle maman... plutôt énervée, elle lui dit sévèrement qu'il doit révéler son identité et que la vérité doit être entendue. C'est à ce moment que le Révérend prend contact avec elle car il a compris les stratagèmes de la police, il la met en garde: on retrouve chaque jour dans les ruelles de la ville des cadavres récents de la nuit d'avant. Christine, qui persiste à réclamer son fils, est envoyée à l'asile sous le code 12 des gens qui ne plaisent pas à la police, et on lui inflige tout: douche froide, chocs électriques, fouille corporelle, mauvaise compagnie des vrais fous, etc. Heureusement, le Révérend saura la tirer des griffes du loup. Le département de police intercepte un jour un mineur dans un ranch: le jeune s'enfuit dès l'arrivée de la police car il sait qu'il n'a pas le droit de rester sur le sol américain. Ne pouvant plus se taire, il finit par révéler une sombre histoire: cet ado de 15 ans a dû participer à des meurtres en série commis par son cousin, les victimes étaient toutes des enfants, une vingtaine d'enfants... Il accepte de regarder des photos et reconnaît certains visages sur des photos d'enfants disparus, dont Walter, le fils de Christine. Au ranch, il déterre des ossements d'enfants qui prouvent qu'il a dit vrai, mais cela ne permet pas l'identification. Le cousin est arrêté et jugé: il passe deux ans en prison avant sa pendaison. La veille de son exécution, il demande à parler à Christine, elle se rend à la prison, ce qui est très rare... Apprendra-t-elle enfin la vérité?
Jouant habilement avec le clair-obscur, Eastwood a mis tout son talent dans la réalisation de ce film à tiroirs, énergique critique de la démocratie américaine qui expose le fait que la liberté n'est pas si accessible qu'on puisse le croire pour tous les citoyens, quoi qu'en dise le fameux mythe... C'était le cas dans la ville des anges au début du siècle, le berceau même de l'infection, et c'est encore le cas aujourd'hui, dans toute l'Amérique: ceux qui se lèvent pour oser protester ont droit à totue notre admiration, surtout Eastwood à 78 ans! Il a composé lui-même la musique parfaitement appropriée pour accompagner ce grand mélodrame. Le tueur d'enfants a été condamné, mais aussi la police: le capitaine J. J. Jones a perdu tous ses galons, son poste et la confiance des gens. Comme quoi il faut toujours continuer de lutter, c'est la leçon de ce film. Angelina Jolie est repartie bredouille du Festival de Cannes, sera-t-elle récompensée par un Oscar? On peut l'espérer! Clint Eastwood n'a eu qu'un prix de consolation, un César pour l'ensemble de sa carrière, il pourrait s'en voir un peu insulté, ce n'est qu'un hochet et il mérite de recevoir mieux aux Oscars. Tous les espoirs sont permis, c'était en tout cas le film le plus intense de l'année, comme La môme l'an dernier... à suivre...
Note du film : 
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