Film de science-fiction américain de John Woo (25 Février 2004 ) Avec Ben Affleck, Uma Thurman, Aaron Eckhart, Paul Giamatti, Colm Feore La Mort aux Trousses aux trousses
Vous vous êtes déjà demandé comment Q faisait pour inventer les gadgets dont se servait James Bond quelques séquences plus tard ? Pourquoi les portes du métro se fermaient toujours au bon moment à la fin des scènes de poursuite? Tout simplement parce que les scénaristes ont « le destin de leur côté », comme le dit un des personnages de Paycheck, et que les films sont écrits à l'envers? Dès lors le seul intérêt d'un film d'action repose sur le suspense, car on en connaît en général l'issue. C'est ce dont s'amuse le nouveau film de John Woo, auquel peu de journaux ont consacré plus d'un paragraphe. Tous des aveugles ? A vous de voir !
Car Paycheck ne se contente pas de rendre hommage à La Mort aux trousses en reprenant et en retravaillant certaines séquences. De la même manière que la plupart des grands classiques d'Hitchcock sont aussi de formidables essais théoriques sur le cinéma (voir à ce sujet le merveilleux livre d'entretiens Hitchcock-Truffaut) on peut voir le nouveau film de John Woo comme un essai cinématographique. Un documentaire sur sa propre maturation, pour parodier Rivette.
Jennings n'est pas un héros Wooien traditionnel. Il est comme Thornhill dans la Mort aux trousses. C'est l'homme de la rue à contre emploi, contraint à jouer l'agent secret. Thornhill travaillait dans la pub. Jennings est ingénieur. Recherché pour meurtre par les autorités, poursuivi par les « méchants » qui veulent sa mort. Le secret scientifique, plus qu'un McGuffin, rappelle aussi que La Mort aux trousses était un remake américain du chef d'oeuvre anglais d'Hitchcock Les 39 marches. Dans ce film aussi le héros, pour se sortir d'affaire, n'avait pas d'autre choix que de se jeter dans les bras des méchants en public afin de prouver son innocence. C'est aussi le double mouvement du film. Pour mieux s'éloigner de la référence, il doit constamment s'en inspirer. Certains diront qu'il ne fait qu'inverser certaines séquences. Mais c'est encore une des leçons du maître parfaitement assimilée ; d'où la séquence du métro, relecture de la célèbre séquence de l'avion de La Mort aux trousses, où Hitchcock s'amusait à inverser les codes du traditionnel «rendez-vous avec la mort ».
Alors vous aussi vous trouvez que John Woo, le prodige de Hong Kong est décevant depuis qu'il a traversé le Pacifique. Parce que vous pourriez citer beaucoup de films d'action des dix dernières années, d'une telle fluidité dans les séquences d'action, jouant en permanence avec le spectateur sans oublier son intelligence. Ce n'est pas John Woo qui est décevant. Ce sont les films qui sont devenus petits. C'est lui qui aurait dû réaliser Minority Report.
04/03/2007
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