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Les films de l'année 2005

De battre mon coeur s'est arrêté

De battre mon coeur s'est arrêté

Sortie le 16 Mars 2005.
Film français. Genre : Drame.
Réalisé par Jacques Audiard avec Romain Duris, Aure Atika, Emmanuelle Devos.


Disons-le tout de suite : oui, Jacques est bien le fils de Michel Audiard, formidable dialoguiste, entre autres, des "Tontons flingueurs" et réalisateur de film aux titres aussi inventifs qu’improbables ("Faut pas prendre les enfants du Bon dieu pour des canards sauvages", "Comment réussir quand on est con et pleurnichard"…). Se faire un prénom, un problème bien connu des « fils de… », et avec plus de cinquante scénarios à son actif, le père ne se laisse pas tuer facilement.

Oui, cette problématique oedipienne, on la retrouve dans De battre mon cœur s’est arrêté : le cinéaste se paye même le luxe d’en faire le sujet de la première scène du film. Le film traite donc, entre autres thèmes, du moment où les rôles s’inversent entre les générations : en vieillissant, les pères deviennent les fils de leurs fils, et ces derniers découvrent du coup qu’ils ne sont pas immortels. Mais si Audiard choisit de commencer en évoquant ce thème, ce n’est que pour mieux nous entraîner dans une histoire qui va vite bifurquer vers d’autres horizons.

De battre mon cœur s’est arrêté : ne vous y trompez pas, le titre n’est pas une insinuation sortie de l’esprit tordu de Georges Lucas pour préparer insidieusement votre inconscient à la sortie du prochain Star Wars. C’est bien de la chanson « La fille du Père Noël » de Dutronc que Jacques Audiard s’est inspiré pour trouver ce titre au charme Yoda-esque. Un cœur qui s’arrête de battre, c’est une métaphore éculée pour dire un coup de foudre, une histoire d’amour, mais c’est aussi le symbole trivial de la mort.

En réalité, c’est surtout l’histoire d’une renaissance que met en scène le film, celle de Tom, « marchand de biens » véreux, entendez quelqu’un dont les méthodes consistent à virer les squatteurs à coups de battes de base-ball, et à tabasser les mauvais payeurs (Audiard avait déjà exploré le milieu de l’immobilier dans Sur mes lèvres). Tom se contente de sa vie de petite ordure jusqu’à ce qu’un jour, une rencontre fortuite lui fasse entrevoir comme possible un de ses vieux rêves : devenir pianiste concertiste. Dès lors, il va s’attacher de toutes ses forces et de toute son âme à concrétiser cette ambition.

« La musique peut-elle sauver un homme » ? Oui, ça rappelle un mauvais film sorti il y a peu avec Jet Li dans le rôle-titre, mais n’ayez crainte : ici, l’instrument dont joue Audiard, c’est surtout Romain Duris, formidable dans le rôle de Tom. L’acteur, habitué à des rôles où il jouait essentiellement de son charisme, trouve ici l’occasion de démontrer qu’il n’en est plus à compter sur sa seule nature pour incarner un personnage. Nous assistons à un changement dans la vie de Tom : celui-ci grandit au fur et à mesure du film, et Duris prend son temps pour nous faire apprécier la valeur et la difficulté de ce passage progressif à l’âge adulte. La réforme d’une vie, le coût des actes, autant de questions qui sous-tendent le jeu de l’acteur et nous accompagnent jusqu’à la fin du film. Si le film avait été tourné par Scorsese, on n’hésiterait pas à parler de rédemption, alors osons le mot, car c’est bien de cela que la trajectoire de Tom relève.
Immortalité, renaissance, rédemption… C’est le contraste entre ces thèmes quasi-religieux et le réalisme avec lequel Audiard filme son petit monde qui montre la virtuosité du cinéaste. Nombreux plans-séquences, décors naturels, tout est fait pour ancrer Tom dans une réalité tangible, palpable, mais c’est l’évidence de son cœur que le cinéaste s’ingénie à montrer. Si De battre mon cœur s’est arrêté est tiré de Fingers, un film de James Toback, avec Harvey Keitel, le caractère si personnel de la mise en scène amène à croire qu’Audiard, avec son complice Tonino Benacquista –déjà scénariste de Sur mes lèvres), s’est totalement approprié cette trame de départ. Le film est également servi par une pléiade de seconds rôles fantastiques : Niels Arestrup (gigantesque dans le rôle du père), Aure Atika, Emmanuelle Devos, Linh-Dan Pham

De battre mon cœur… nous donne à voir un homme en devenir, un post-ado qui gagne à la fois son billet pour l’âge adulte, et son humanité. C’est un film rare, un des meilleurs de ce début d’année.


22/03/2005


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