Date de sortie : 24 Mai 2006 Film américain. Genre : Historique, Biographie Réalisé par Sofia Coppola Avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Rip Torn
Il faut croire que Sofia Coppola a été profondément marquée par son adolescence. Après avoir dépeint dans son premier film, Virgin suicides, celle ô combien tragique de cinq sœurs dans les classes moyennes de l'Amérique contemporaine, la voilà qui s'attaque à celle de la dernière reine de France. Autres temps, autres lieux, et pourtant même singularité dans ces deux portraits. Portraits d'une même solitude, d'un même désarroi, d'un même rêve inaccompli car inaccessible.
Marie-Antoinette s'inscrit résolument dans la lignée des précédentes réalisations de la jeune metteuse en scène. Dans un conte éthéré et aérien, elle revient sur ses thèmes de prédilection : solitude, amitié, sentiment d'appartenance culturelle, et surtout l'éternel passage à l'âge adulte, toujours d'autant plus dur et cruel qu'il est inévitable. Et donc, après l'histoire des sœurs Lisbon perdues dans leur adolescence contrariée et celle de la jeune Charlotte perdue dans une métropole hostile et inconnue, Sofia Coppola retrace l'itinéraire d'une enfant perdue dans sa nouvelle vie de femme mariée.
D'emblée, cette histoire s'impose comme celle d'une victime. Une jeune fille prise dans un tourbillon, ou plutôt un engrenage sur lequel elle n'a aucune prise, en dépit de la position éminente qu'elle y occupe. Une jeune fille perdue dans une nouvelle culture, une nouvelle vie qui lui est imposée par un mariage arrangé et dont elle tente de combler la vacuité au milieu d'un interminable déluge de bijoux et de vêtements, de fêtes et de réceptions, de festins et de confiseries. Placebos à ce mal insidieux qu'est l'ennui, les excès de la jeune femme ont tout de l'illusion d'un bonheur de façade, derrière lequel sourd un appel à l'aide. Le vrai luxe ne serait-il pas, en définitive, la possibilité de choisir de l'orientation de sa vie ? Un luxe que la raison d'Etat refuse à Marie-Antoinette et dont elle compense la manque par tous les excès que sa jeunesse, sa richesse et sa beauté lui autorisent. Une fuite en avant éperdue, noyée dans des flots de champagne, dont on sent poindre la funeste issue.
Au niveau de la réalisation proprement dite, les aficionados de Sofia Coppola ne peuvent que se sentir à domicile. Dès les premiers plans, son splendide coup de caméra et son goût pour les séquences aussi léchées que vaporeuses font encore une fois merveille et subliment la grâce naturelle de Kirsten Dunst, parfaite en femme-enfant perdue dans un monde de femmes adultes, un monde qui l'oppresse et dont elle ne veut manifestement pas.
Car c'est bien le beau sexe qui règne dans ce Versailles pré-révolutionnaire. Par leur soutien ou leur hostilité, maîtresses, épouses, courtisanes et servantes rythment la vie de la jeune monarque. Et la jeune Coppola de confirmer sa capacité à élaborer son œuvre autour de personnages profonds et complexes, à la personnalité très travaillée, en nous proposant une galerie de portraits portés par des interprètes absolument irréprochables. Asia Argento en particulier est flamboyante, et de la même manière qu'il était impossible de ne pas succomber au charme de Scarlett Johansson dans Lost in translation, peu sont ceux qui ne sentiront pas un petit soubresaut au cœur à chaque plan de la belle Kirsten…
Au final, Sofia Coppola nous livre une œuvre remarquable de maîtrise et de talent, portée par une interprétation et une réalisation époustouflantes, et à laquelle on ne pourra peut-être reprocher que sa fin quelque peu abrupte et son rythme... disons, calme. Une œuvre qui fera sans doute hurler une poignée de puristes, tant l'ensemble se veut décalé, en particulier dans le choix des thèmes musicaux. Mais ce qui donne le vertige à l'issue de la séance, c'est le potentiel en tant que réalisatrice de la jeune Coppola. Seulement trois films et autant de chefs-d'œuvre. Elle débute et pourtant excelle déjà. De quoi avoir confiance en l'avenir de celle que ce Marie-Antoinette impose comme une très grande dame du cinéma contemporain.
J'aime ta critique.
Elle résume parfaitement mon ressenti après avoir vu le film.
Kirsten Dunst y est très touchante, et la réalisation remarquablement inspirée, bien que dans la droite ligne des films précédents de Sofia Coppola (cf les jeunes filles éthérées en longue robe courant dans les champs).
Un film à voir.
La fabuleuse Plainsong de The Cure après l'enterrement du roi, il fallait oser, mais cela va tellement bien dans le contexte... La bande son rock est de façon surprenante bien adaptée à ce film qui est finalement plus proche de nous que du XVIIIe siècle.
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J'aime ta critique. Elle résume parfaitement mon ressenti après avoir vu le film. Kirsten Dunst y est très touchante, et la réalisation remarquablement inspirée, bien que dans la droite ligne des films précédents de Sofia Coppola (cf les jeunes filles éthérées en longue robe courant dans les champs). Un film à voir.
08/06/2006 12:15:00 - Romain