Date de sortie : 14 octobre 2007 Réalisé par Noémie Lvovsky Avec Jean-Pierre Marielle, Valeria Bruni Tedeschi, Sabine Azéma Film français. Genre : Comédie Dramatique Durée : 1h 40min.
L'idée du rire
Finalement, le problème du dernier film de Noémie Lvovsky, c'est d'être du sous-Honoré: on y entend la même injonction de danser joyeusement autour de thèmes graves (ici la vieillesse et la Shoah, ailleurs le deuil), qui fatigue car le chemin est parcouru avant nous et pour nous, que cette injonction précède notre volonté d'en rire, que l'intention devance l'action. ‘Dans Paris' avait le mérite de ne dévoiler son mouvement -la légèreté et la vitesse pour éviter le drame, qui plane- qu'à la dernière scène où on apprenait la mort de la petite sœur, permettant ainsi une réinterprétation in fine du film entier à l'aune de cette émouvante révélation. ‘Les chansons d'amour' agaçait précisément car cette fois-ci le mouvement précédait le film (la mort de Ludivine Sagnier qui intervient dès le début du film), celui-ci n'ayant plus qu'à accomplir le programme de sa « philosophie ». ‘Faut que ça danse!' fait pire que le dernier film d'Honoré, en clamant littéralement son caratère dictatorial dès son titre, en excluant tout enjeu de mise en scène et en ajoutant un burlesque qui lorgne trop souvent vers le grotesque.
Car si les intempestifs jump cuts (les mêmes que chez Despleschin) cachent maladroitement son extrême pauvreté formelle, c'est surtout dans son application terriblement scolaire à faire rire que le film peine le plus. Le geste est tellement forcé, Lvovsky crie tellement fort sa grande idée de faire danser ensemble comédie et tragédie que tous les gags, l'un après l'autre, tombent à plat : Arié Elmaleh qui joue avec sa souris, Jean-Pierre Marielle qui s'endort dans le tank au musée de la guerre, Valeria Bruni Tedeschi qui refuse sa grossesse, Marielle toujours qui met une liasse de billets sur le toit d'une voiture ... (je n'ose même pas parler de la séquence mettant en scène Hitler)
Un coup d'œil dans le rétroviseur rend les choses encore plus douloureuses pour la cinéaste : on est en effet loin d'un Jacques Nolot, qui pourtant ne dit pas tellement autre chose (le rire comme antidote au tragique), sauf que chez Nolot l'idée du rire ne précède pas le rire, il y a une manière de faire avec les questions graves qui tient plus à la personnalité de Nolot qu'à une intention certes louable mais trop lourde et démonstrative, trop scolaire. On est loin d'un Nicolas Klotz aussi, à propos de la question du "rayonnement fossile de la Shoah" sur nos sociétés contemporaines, même si, je le concède, les deux films sont difficilement comparables (ils sont même peut-être opposés, mais dans ce cas je préfère mille fois la solennité de ‘La question humaine', qui au moins produit un effet chez le spectateur). On est loin d'un Judd Apatow enfin, à propos de la grossesse, de la famille etc., pour preuve la comparaison, peu flatteuse pour Lvovsky, de sa scène d'accouchement avec celle d''En cloque, mode d'emploi': d'un côté un comique qui émeut aux larmes (quand le maigre de la bande à Seth Rogen, celui qui semble faire de la tektonik, entre dans la salle d'opération et se sauve aussitôt, pris d'un malaise), de l'autre une hystérie collective jamais drôle et totalement dénuée d'émotion.
Restent une certaine générosité narrative, et surtout une volonté de donner la part belle aux acteurs assez remarquable, notamment en convoquant un casting hétérogène, quasi expérimental, dont le souci semble d'avoir tenté d'opérer les mélanges les moins attendus: le couple Marielle/Azéma fonctionne ainsi pas mal, le duo Bulle Ogier/Bakary Sangaré également, Arié Elmaleh est catapulté au milieu d'un "film d'auteur" etc... Sauf que cette volonté se retourne contre le film: on a parfois le sentiment bizarre d'être au zoo et d'assister à une succession de numéros d'acteurs, ce qui est, pour être honnête, assez désagréable ; Marielle qui fait des claquettes devant sa télé, Azéma qui tente de se suicider (d'ailleurs cette pénible scène de suicide avorté me fait penser, allez savoir pourquoi, à la scène de hold up de ‘Rois et Reine'), Valeria Bruni Tedeschi qui danse avec son bébé à la fin (je n'avais déjà pas du tout accroché à la fameuse scène de danse de Nathalie Baye dans ‘Les sentiments') - apparté : pauvre Arié Elmaleh, que la réalisatrice abandonne progressivement, si bien qu'il finit le film totalement perdu... on sent là encore une intention évidente de la part de Lvovsky, on ressent aussi une véritable gêne pour l'acteur.
Fort heureusement, ce désir de comédiens a au moins l'immense mérite de convier à la fête le plus doué de sa génération, Nicolas Maury, qui, en deux minutes, les mêmes que celles de sa scène de danse dans ‘Les amants réguliers', les mêmes que celles de sa scène d'entretien avec Amalric dans ‘La question humaine', parvient à créer une fissure dans son personnage, un écart avec la caricature qu'on pouvait en attendre (il joue le chargé de clientèle de l'assurance, que Marielle vient voir après avoir reçu un énième courrier de sa part) ; une fragilité, une béance et une humanité toutes "apatowiennes" que d'autres réalisateurs seraient bien inspirés d'exploiter.
Note finale:
22/11/2007
Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :
La rubrique cinéma, en partenariat avec Cinéquanon, vous fait découvrir les sorties du moment et les films cultes à voir et à revoir.
Simples cinéphiles ou véritables mordus du cinéma, vous voulez écrire un article sur un film ou nous aider à faire vivre la rubrique et rejoindre notre équipe de rédacteurs: