Gangs of New-York

le 04/02/2003 - par Fred Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

This is the West sir. When legend becomes fact, print the legend! Réalisé par Martin Scorsese avec Daniel Day Lewis, Leonardo di Caprio, Cameron Diaz, Liam Neeson08 Janvier 2003

Gangs of New-York Encore un « grand film malade » ? Un mois après sa sortie maintes fois retardée, que reste-t il du film « événement » de Martin Scorsese ?

Pour la plupart, c?est une déception. Le scénario ne tient pas la route : cette histoire de vengeance, avec ses obstacles et ses trahisons, on l?a déjà vu cent fois. Martin Scorsese filme ses décors. Leonardo Di Caprio n?est pas du tout crédible. Surtout comparé à l?époustouflant Daniel Day Lewis? Le personnage féminin est inexistant. Pire encore, Martin Scorsese échouerait dans l?objectif qu?il s?était fixé. Puisqu?il égratigne le mythe Américain, en prenant des libertés avec la vérité historique !

Tout simplement parce que Scorsese ne cherche pas à faire une reconstitution exacte de l?histoire comme elle s?est déroulée. Gangs of New York part du même principe que les meilleurs westerns de Ford. Comme dans My Darling Clementine ou L?homme qui tua Liberty Valance, il donne à un événement réel une dimension mythique pour décrire le passage d?une société violente, ayant la loi du plus fort pour unique fondement et rejetant toute personne remettant en cause les avantages acquis de ceux qui sont déjà installés, à la société Américaine d?aujourd?hui. Même dans les villes où régnait un semblant de force de l?ordre, ce passage n?a pas pu se faire qu?avec la promulgation de lois et de déclarations de principe. Il a fallu l?intervention d?un médiateur capable de rivaliser par la force avec les brutes qui imposaient leur loi à l?origine, et qui comprenait l?importance des lois pour l?avenir du pays. Mais contrairement à la vision « optimiste » de Ford, où Ransom Stoddard, « l?homme qui a tué Liberty Valance », parvient à se faire élire et à défendre les droits de ses concitoyens, les vainqueurs dans Gangs of New York sont les riches notables hypocrites qui se soucient plus de leur confort matériel que du sort de leurs concitoyens. Ils ont des idéaux nobles, mais ce sont les autres qui iront les défendre! Le plan séquence où on voit l?arrivée des immigrants et leur enrôlement immédiat, suivi de la descente des corps est remarquable à ce titre, comme le sont toutes les scènes où il est question de la conscription. La violence a été canalisée, mais l?hypocrisie et la corruption règnent ; l?exploitation des pauvres par les riches est le ciment de cette société nouvelle.

Ce n?est pas un Amsterdam (Di Caprio) devenu pacifique, croyant néanmoins que seul un dernier usage de la violence viendra à bout de l?ordre ancien, qui assurera cette transition, mais l?armée qui tirant sur la foule, donne naissance à l?Amérique telle qu?on la connaît aujourd?hui. Comme le montre la dernière séquence, la ville ne se construit pas sur les tombes des personnages du film ; elle les met délibérément à l?écart. C?est une blessure qu?elle voudrait oublier mais dont les stigmates sont encore perceptibles dans l?Amérique d?aujourd?hui, comme en témoigne les nombreuses allusions à la période contemporaine. L?épisode des bulletins, et l?importance déterminante du comptage, rappelle les élections de 2000. Ce n?est plus celui qui fait preuve de la plus grande force physique qui triomphe, mais la démocratie n?est pas tout à fait égalitaire pour autant. Pour donner l?impression que les forces de l?ordre font leur travail et pour calmer la foule, on fait des pendaisons publiques, où les condamnés ont été choisis plus ou moins arbitrairement. On peut imaginer qu?après le 11 septembre, Martin Scorsese ait dû modifier les scènes où figurent les forces de l?ordre, les luttes entre les différentes brigades de pompier? Les montrer trop complices des malfrats aurait probablement été très mal perçu!

Pour donner à son film sa dimension mythique, il utilise de nombreux symboles religieux et mythologiques. Des rituels lents, des gestes universels? La préparation du premier combat laisse penser que le film se déroule à une époque lointaine : les guerriers s?enduisent de boue, ont des armes moyenâgeuses, déambulent dans des tunnels éclairés par des torches au rythme de tambours et d?instruments rudimentaires... Le personnage du boucher est complètement irréaliste : il est comparable par sa force et son habileté aux héros des récits anciens. Il en va de même pour le premier shérif des Five Points. Les caractères, leur manière d?agir, les relations qu?ils nouent entre eux sont simplifiés pour atteindre l?universel (et non le simplisme !). L?histoire centrale est celle d?un père qui se découvre un fils et un fils qui a besoin d?un père. Même si on n?oublie jamais que le film doit se terminer par leur affrontement « oedipien », les relations qui les unissent sont complexes. Du fait de cette relation paradoxale on ne sait jamais ce que les deux personnages principaux pensent réellement. Quand le boucher brise le médaillon qu?il avait donné à Jenny (Cameron Diaz), on ne sait s?il met fin à leur relation parce qu?il pense qu?elle est complice de son fils adoptif traître où s?il pense qu?elle n?est au courant de rien. Les actes d?Amsterdam sont en permanence ambigus : a-t-il en permanence la vengeance de son père en tête ? « Il fait très chaud sous l?aile d?un dragon qui vous protège » !

On retrouve dans Gangs of New York, l?attention portée au détail qui caractérisait Casino, cette volonté d?inscrire la petite histoire dans la grande, et de montrer comment les destinées individuelles sont liées à celle du monde environnant et comment ce dernier finit par avoir raison de l?« hybris » de certains protagonistes. Le film comporte une multitude de séquences impressionnantes et des images que l?on est pas prêt d?oublier (celle où la neige prend progressivement une coloration rouge est particulièrement marquante). Si dans sa version actuelle le film ne semble pas atteindre l?accomplissement de films comme Raging Bull ou Les Affranchis, il y a fort à parier qu?une nouvelle version un peu plus longue lui rendra sa place d??uvre la plus ambitieuse de Martin Scorsese. Car il y a dans Gangs of New York des idées trop peu développées et des ruptures de rythme indignes du réalisateur de Taxi Driver.


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