5 x 2
le 21/09/2004 - par Caro Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Film français de François Ozon, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss,... Sortie : 1er septembre 2004. Chronique d'une mort annoncée.
C'est l'histoire à rebours de Marion et Gilles, du divorce chez le juge à la rencontre estivale. En cinq étapes clés de leur existence commune, Ozon refait le chemin inverse, comme pour montrer que tout est déjà inscrit dans les premiers instants d'une relation. Un peu pessimiste comme vision, mais tellement vraie... Après le divorce, le dîner avec les amis homosexuels, l'accouchement, le mariage, la rencontre. Ce n'est pas un film émouvant qui s'apitoie sur les beaux moments : au contraire, il fait ressortir la petite horreur quotidienne qui s'instille mais que le couple laisse passer par paresse, par indifférence, par normalité. Le film est très acide, très aigu : la perception du couple et de ses problèmes est très bien vue, et plutôt aiguisée avec une lame de rasoir qu'avec des fleurs sur la table du dimanche. Et les chansons italiennes, très ringardes, mais tellement belles, ponctuent les cinq moments, comme le passage vers une autre période. La force du film provient véritablement des dialogues qui sont comme des coups de poignards dans le dos et qui viennent épicer la structure déjà assez alarmiste…
La vision hommes – femmes est toutefois caricaturale et on sort du film en se disant que les hommes sont des salauds et les femmes des victimes, ou parfois des chieuses. Pas de possibilité de s'évader de ce schéma tout tracé. A partir de ce moment-là, il est vrai qu'une relation ne peut être que vouée à l'échec, même si aujourd'hui, semble dire le réalisateur, on invente de nouvelles formes d'amour... Cette idée fait rage au cinéma comme si le “je t'aimerai toujours” traditionnel était devenu impensable (il suffit d'aller voir le nouveau film d'Yvan Attal, Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants) et qu'on aimait les autres pour un contrat à durée déterminée. D'ailleurs, la partition du film décrit nettement ces moments dans cette optique, à savoir que le couple doit vivre ça, ça et ça. Au-delà, pas de salut. Le couple est mort, vive le couple !
Les deux acteurs, Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss, jouent admirablement bien cette comédie grinçante de l'amour : Marion en jeune femme frêle désemparée et Gilles en beau salaud mais lui aussi désemparé. Deux esseulés pour un couple ? Les scènes de sexe sont d'ailleurs réussies dans la mesure où elles accentuent le malaise, l'angoisse de Marion et Gilles. Ainsi, la scène du viol, la discussion sur la tromperie, le petit buisson avec l'anglais pendant la nuit du mariage ou encore le combat sexuel de Vincent avec sa première copine, sont terribles par leur brutalité banale : comme si le sexe si présent par sa bestialité et si absent par sa tendresse contenait en lui toutes les prémices de la mort de leur amour.
Ozon réussit, dans cette équation à deux inconnues (le mari et la femme), à filmer l'amour à l'envers; on ne peut donc pas parler de désamour ni d'amour naissant, mais plutôt de radioscopie, de dissection du couple. Pourquoi on en est arrivé là ? Parce que... Un film dur, porté par ses acteurs.
Conseil : ne pas aller voir deux jours de suite le film d'Attal et celui d'Ozon sous peine de grosse déprime !
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