Nobody knows

le 27/11/2004 - par Jérome Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Film japonais (2003) de Hirokazu Kore-Eda avec Yagira Yuuya, Kitaura Ayu, Kimura Hiei, Shimizu Momoko, You, Kan Hanae...Sortie le 10 novembre 2004. L’un des plus beaux films de l’année.

Nobody knows

Ensemble

Un tragique fait divers sert de point de départ au dernier film de Hirokazu Kore-Eda. L'affaire dite des «quatre enfants abandonnés de Nishi-Sugamo» avait en effet secoué le Japon à la fin des années 80. La société nippone découvrait alors avec stupéfaction ses propres dérives à travers cette histoire d’enfants abandonnés par leur mère et ignorés des autorités.

Du fait divers, le cinéaste ne retient que l’essentiel. Une jeune femme emménage dans un nouvel appartement avec son fils de douze ans Akira. Dans ses valises, trois autres enfants, tous de pères différents et qui n’ont jamais été reconnus. Ils doivent impérativement rester cachés aux yeux de tous. Un beau jour la mère disparaît sans doute partie avec un nouveau mari. Livrés à eux mêmes, les quatre enfants apprennent à vivre ensemble sans argent ni parents

Personne ne sait ou ne veux savoir. Malgré son calme apparent, la mise en scène de Hirokazu Kore-Eda cache une véritable indignation. La mère immature ne peut assumer seule son rôle dans la famille. Elle cache avant tout ses enfants pour éviter le regard de ses contemporains. Elle conseille d’ailleurs à sa fille Kyoko de ne pas aller à l’école où l’on va forcément se moquer d’elle parce qu’elle n’a pas de père.

D’une manière générale, la mise en scène rejette les adultes hors champs mis à part quelques apparitions de la propriétaire de l’appartement ou du patron d’une épicerie vite remplacé par ses employés à peine plus jeunes que Akira. Seule la jeune collégienne Saki, rejetée par ses camarades rejoint la petite famille. Les plus belles scènes du film montrent ainsi les enfants échapper petit à petit à leur quotidien sordide, sortir de leur appartement pour quelques moments d’allégresse et de liberté. Dans ces moments de poésie, la ville leur appartient.

Le cinéaste déjoue ainsi tous les pièges d’un sujet difficile. Renonçant aux facilités du mélodrame, il substitue à la chronique d’une éventuelle misère sociale, le bonheur des enfants, leur complicité et leur découverte du monde matérialisée par la jolie métaphore de ses plantes qu’ils font pousser sur leur balcon. Malgré la cruauté des adultes, Nobody Knows garde sa lucidité et sa pudeur jusqu’au bout, illustrant à merveille pourquoi chaque enfance est remarquable. Assurément, l’un des plus beaux films de l’année.


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