Je suis un cyborg

le 22/10/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Une sorte de conte arc-en-ciel avec des bizarreries intéressantes, ballade exceptionnelle dans l'univers filmographique horrible de Park Chan-wook.

Je suis un cyborg

Je suis un cyborg, Corée du Sud, 2007, 1h45
Titre original : Saibogujiman kwenchana
Comédie romantique, de Park Chan-wook
Avec : Lim Soo-Jung, Jung Ji-Hoon, Choi Hee-jin
Date de sortie : 12 décembre 2007
Disponible en DVD depuis le 22 juillet 2008
Distribué par Wild side

 

Synopsis :


Internée, Young-goon est persuadée d'être un cyborg. Elle refuse de s'alimenter préférant sucer des piles et parler aux distributeurs automatiques.
Il-Soon pense que tout va bien ! Grâce à son pouvoir qui lui permet de voler les qualités des gens qu'il observe, il est le seul à la comprendre. En tombant fou amoureux d'elle, il va tenter de la ramener à la réalité...

 

Critique :

Le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook s'écarte avec cette oeuvre de son registre habituel, le thriller horrifique sur le thème de la vengeance, comme dans son triptyque, et il fait une intrusion intéressante dans le domaine de la science-fiction. Il a expliqué que cette oeuvre occupait une place particulière dans sa filmographie, comme si elle était une ballade au milieu de la violence la plus tordue. Un souffle d'air frais en somme : "Je suis un cyborg" ressemble à une sorte de mélange très particulier d'"Alice au pays des merveilles" et "Vol au-dessus d'un nid de coucous" en y ajoutant quelques touches de "Girl, interrupted".

Avec des couleurs un peu moins sombres, et un intérêt particulier pour l'arc-en-ciel, on entre dans un univers visuel surprenant presque féérique par moments quand ces couleurs deviennent des teintes pastel, pour représenter l'amour, un thème abordé de façon plus maléfique dans ses autres oeuvres. Ici, par comparaison, il semble presque normal, la relation entre garçon et fille montre que des gens qui ont un problème peuvent s'assembler pour former un couple parfait, comme dans "Dolls" de Kitano, parce que leurs problèmes sont assortis.

En tout cas, le réalisateur semble d'humeur plus ensoleillée mais on reconnaît bien sa signature puisqu'un point commun relie "Sympathie for Mr Vengeance" , "Old boy", "Thrist, ceci est mon sang", et "Je suis un cyborg" car il peint toujours un rapport au monde et à l'autre perturbé, où l'individu se trouve isolé dans sa propre étrangeté : les personnages, l'homme dont on a tué la petite fille, celui qui a été enfermé 15 ans, celui qui a été le seul survivant d'un virus mortel ou cette jeune fille qui n'est pas un humain à l'intérieur mais bien une machine, semblent être des individus bizarres mésadaptés sociaux. Ils sont mal à l'aise avec les autres et le monde parce qu'ils sont mal à l'aise avec eux-mêmes dans une situation déstabilisante : chaque exemple a une portée universelle car le bizarre devient compréhensible, on peut imaginer que l'on ferait la même chose dans cette situation.

L'atmosphère de folie et de magie étrange forme un film très original qui sort des sentiers battus, même un peu trop puisque cela devient même dépaysant. La violence se mêle à l'humour et les mêmes thèmes de ses autres oeuvres sont abordés : famille, amour, amis, mais en moins violent. Il s'agit en somme d'un conte pour les adultes, une sorte de manga avec de belles couleurs et des effets spéciaux étonnants, comme la jeune fille avec des pointes métalliques qui sortent des doigts.

"Je suis un cyborg" est une façon de parler de la révolte adolescente qui veut dire à tout le monde d'aller se faire foutre, c'est une façon de dire qu'on se sent mal et étrange dans le monde, au point de se suicider en s'enfermant dans une horloge. Le film surréaliste, chargé, rococo, les scènes pénibles d'auto-mutilation le sont tout de même moins que dans les autres films sur la vengeance. On peut donc souffler un peu, mais les choses bizarres sont tout de même présentes, comme manger des navets marinés : on montre ce qui fait la personnalité de chacun, ces petites bizarrerie, ce qui peut arriver même aux gens normaux.

Au final, ce film peut prôner l'amour de la famille malgré les bizarreries que l'on doit accepter comme on accepte les siennes. Il montre aussi la volonté de s'intégrer dans le monde, malgré ses différences et même avec une machine faite pour digérer, et encourage par là la tolérance.

Note :

 


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