"Entre les murs", "La belle personne", "Wackness" et "Escalier interdit"
le 10/10/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Ados vous avez dit ados? Plongée dans l'univers des enfants (pas si) terribles...
Ah non, diront certains, encore un film, et même plusieurs en cette rentrée, sur les ados, comme si on ne les voyait pas assez! Surtout que les ados d'aujourd'hui ont mauvaise réputation... Déjà certains parents ne sont plus capables de les supporter, en plus des autres qu'ils énervent: quelques ados n'arrivent même pas à se comporter normalement en prenant le métro, une opération pourtant simple...
Pour voir leur psychologie sous un autre jour, il est cependant instructif de passer nous aussi la tête dans la cour de récréation, par le biais de la caméra. Deux films français nous y invitent, sortis presque en même temps: Entre les murs de Laurent Cantet, salué par la critique au dernier Festival de Cannes (Palme d'Or) et La belle personne, de Christophe Honoré.
Entre les murs
Date de sortie : 24 Septembre 2008
Film français. Réalisé par Laurent Cantet
Genre : Comédie dramatique, Durée : 2h 8min.
Avec François Bégaudeau, Nassim Amrabt, Laura Baquela
La Belle Personne
Date de sortie : 17 Septembre 2008
Film français. Réalisé par Christophe Honoré
Avec Louis Garrel, Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet
Genre : Comédie dramatique. Durée : 1h 30min.
Deux films qui présentent des points communs tout en restant très différents. Entre les murs se veut une chronique réaliste d'un collège à problèmes du 20ème arrondissement de Paris. Fiction et réalité se confondent: on a littéralement filmé la réalité, riche de toutes sortes d'histoires, encore plus que la fiction. A contrario, fiction complète pour La belle personne, se déroulant dans un lycée du 16ème:une adaptation de La princesse de Clèves de Madame de la Fayette, et bravo pour l'idée et l'effort de reconstitution moderne.
La cour de récréation: c'est là que commence la future société. Certains se cachent dans les coins sombres, d'autres en sont les maîtres, déjà. D'aspect inoffensif, la cour devient une sorte de lieu fermé où des expériences se produisent - les émotions des uns et des autres. Concentré d'affects où les uns se heurtent, s'associent aux autres. Le problème du premier film, c'est de pouvoir faire son cours, en exerçant une certaine autorité, une forme de pouvoir, mais pas trop, ce qui choquerait ces ados libres et rebelles. Le problème du deuxième film, c'est de faire la cour quand on sait n'avoir pas de pouvoir sur le sentiment amoureux qu'une personne a pour nous ou non.
Tout part d'un bon sentiment, mais malgré cela, tout ne se termine pas par de bons sentiments. L'échec est flagrant dans les deux cas: une expulsion, un suicide et une arrestation nous permettent de réfléchir sur les conditions tragiques et potentiellement dangereuses dans lesquelles vivent les ados. Sort-on vivant et indemne de la cour de récréation, c'est là la question qui est au centre du débat. A l'âge adulte, on s'en rappelle parfois comme d'un huis clos, soulagés d'en être sortis à temps.

Escalier Interdit
Film américain. Réalisé par Robert Mulligan
Genre : Drame. Année de production : 1967
Avec Sandy Dennis, Patrick Bedford, Eileen Heckart
Titre original : Up the Down Staircase
Durée : 2h 4min.
Sur le même thème, on a ressorti Escalier interdit, un film américain de 1968, dans un cinéma d'art et essai: la descente aux enfers d'une professeure d'anglais dans une high school aussi "sensible". Etrangement, la problématique colle parfaitement à celle d'Entre les murs: dans les deux cas, il s'agit d'un professeur inexpérimenté qui voit toutes ses illusions sur l'enseignement tomber à l'eau dès les premiers jours de la rentrée. Puis, touché par quelques élèves moins irrécupérables que les autres, ce professeur finit par s'accrocher. La différence, c'est qu'Entre les murs nous propose des portraits plus individuels, car les propos des élèves sont le but du film. Dans Escalier interdit, le point de vue adopté semble être celui de l'enseignante. Deux films brillants et hors du commun pour plonger dans l'univers scolaire des jeunes, version élèves ou version profs.

Wackness
Date de sortie : 24 Septembre 2008
Film américain. Réalisé par Jonathan Levine
Genre : Drame, Comédie Durée : 1h 40min.
Avec Ben Kingsley, Famke Janssen, Josh Peck
Quant à Wackness, il faudrait en effet posséder beaucoup de volonté et de motivation pour vouloir le voir, ou du moins un intérêt pour la musique! Le portrait de l'adolescence, à travers la vie d'un dealer de son lycée, en manque d'émois sexuels et consultant un psy à qui il vend de la drogue, risque de décourager même les plus résistants. Néanmoins, une fois la barrière passée, lorsqu'on apprend à connaître les personnages, on peut y trouver une leçon de vie sur cette difficile étape de passage à l'âge adulte. Pour les nostalgiques, le film se situe en 1994, juste après le suicide de Kurt Cobain (regretté?) et à l'époque où les portables n'étaient pas courants, quand les dealers devaient se débrouiller avec le bip et la cabine téléphonique.
Une relation d'amitié entre le jeune homme angoissé, replié sur lui-même et son psy bizarrement à côté de la plaque, surprend et fait penser à celle que l'on a vue entre un militaire aveugle à la retraite (Al Pacino) et le jeune premier de classe qui le garde (Chris O'Donnell) le temps d'un week-end dans Scent of a woman. Lequel enseigne et lequel apprend, on ne peut le définir, puisque les frontières sont brouillées, les rôles inversés. En somme, le plus vieux oblige le plus jeune à mûrir en se comportant comme un fou, et le plus jeune aide le plus vieux à se réénergiser, sé réinventer. Bel échange.
Servi par une bande sonore remarquable (Wu-Tang Clan, Nas, Bowie), et la brève apparition de Mary-Kate Olsen en hippie confuse et illuminée, voilà un film en toc, mais qui brille à sa manière déjantée.
L'acteur qui joue l'ado a la bouche toujours ouverte, comme s'il n'avait pas d'autre expression, est-ce un effet secondaire permanent de la drogue ou est-ce dû à la stupéfaction de l'adolescence, âge incertain? Cela gâche un peu l'interprétation. Sinon, il reste assez crédible. Après tout, Ben Affleck aussi montre toujours la même expression faciale, mais lui, il est allé à Harvard. Au moins l'ado n'a-t-il pas (encore) de perruque.
Le cinéma comme poste d'observation privilégié, mais pas neutre, pour connaître les vraies expériences des jeunes avant l'entrée dans la "vie active", dans ou autour de l'école. Qu'on le veuille ou pas, on reste marqués par ce passé scolaire.
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