Blindness

le 21/10/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Tombés dans l'enfer d'une humanité aveugle: le film qui fait réfléchir

Blindness Date de sortie : 8 Octobre 2008
Film japonais, brésilien, canadien. Réalisé par Fernando Meirelles
Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Alice Braga
Genre : Drame, Fantastique. Durée : 1h 58min.


Adapté d'un roman intitulé L'Aveuglement d'un prix Nobel de littérature portugais, José Saramago. En effet, ce film se présente comme une réflexion humaniste, une sorte de fable, sur les capacités de survie pouvant se mettre à l'oeuvre chez l'être humain moderne, dans des situations extrêmes. Néanmoins, il n'y a pas vraiment lieu d'être fier. Ce film prend le parti du pessimisme, car rien n'oblige à montrer les réactions d'une humanité violente, égoïste et prête à tout pour prendre le pouvoir, ou pour survivre. Et dans cette situation, l'un n'est pas mieux que l'autre: est-ce que cela vaut vraiment la peine de faire des sacrifices déchirants pour survivre et dans un monde comme celui qu'on peut contempler de ses yeux ébahis et désillusionnés? En fait, cette contemplation appartient au spectateur qui voit encore, et à une seule des protagonistes du film, Julianne Moore, en voyante incognito dans un monde de devenus aveugles paniqués et désorientés.

L'équilibre de tout le monde devient de plus en plus précaire alors qu'une épidémie de cécité touche un nombre croissant de personnes. Cela débute par un homme au volant de sa voiture qui brusquement, n'y voit plus rien et bloque la circulation. Un homme qui lui vole sa voiture en prétendant vouloir l'aider est aussi affecté par cette étrange maladie qui se transmet comme par malheur. Puis c'est le tour de la femme de la première victime, puis du médecin (Mark Ruffalo), même s'il essayait de soigner son patient aveugle: apparemment, personne n'est à l'abri, pas même les médecins impuissants à trouver une solution. Tout cela sombre dans le mélo, une spirale digne de l'enfer de Dante. Là, on peut reconnaître une caractéristique originale du film, celle de passer en revue les réactions affolées d'êtres humains confontés à un handicap majeur apparu soudainement. De quoi en faire réfléchir certains sur ce qu'est la vraie vie de personnes se démenant avec un handicap au quotidien, à qui on tient toujours des propos moralisateurs à tort. Ce serait amusant de voir comment s'en sortiraient ceux qui parlent si cela leur arrivait vraiment à eux, comme on le voit dans ce film.

Stratégie typique devant les gens différents: l'exclusion, totale ou partielle. Totale dans le cas qui est constaté puisque les personnes frappées de cécité, comme si elles avaient besoin de cela en plus pour les déstabiliser, sont parquées dans un hôpital désaffecté où une télévision (sic) leur répète sans arrêt le même message: ils se retrouvent là pour leur propre sécurité (bien sûr...) et déjà, on leur profère des menaces: toute tentative pour s'enfuir sera sévèrement punie, etc. Voilà qui est réconfortant et qui arrange tout de leur problèmes! Et puis, le grand enjeu se fait vite sentir: on leur passe des plats de nourriture, arrivés mystérieusement (comme on en passait à la Comtesse Bathory, dite la comtesse sanglante, qui buvait le sang des jeunes filles et qui a fini emprisonnée dans sa chambre). Malheur, la nourriture vient à manquer et un autre dortoir, celui des "méchants" (l'humanité est divisée en deux dortoirs, les gentils et les méchants, évidemment, car il y a toujours une part sombre de l'humanité qui sommeille et se réveille en cas de catastrophe) prend possession de cette précieuse nourriture. Tout vire rapidement au cauchemar. Cela était déjà le cas de toute façon avec la malpropreté qui s'infiltre partout, rendant l'endroit invivable. Quelques images font sursauter et donnent la nausée, sauf pour les plus résistants. Mais une bande d'aveugles démunis qui n'ont pour les aider qu'une seule voyante, ça s'annonce mal, on sentait déjà que ça allait craquer. Pour manger, ils donnent d'abord leurs bijoux, puis les femmes doivent se prostituer, enfin, celles qui se portent volontaires... Une scène sombre s'ensuit. La résignation des femmes, sympa de voir ça... Bref, de toute façon, ce n'était peut-être pas une si bonne idée puisque l'une revient morte, assommée par un des brutaux.

Mise en scène inspirée, d'accord, mais est-ce que cela veut dire qu'il faut voir ce film? Comme film sur les aveugles, on fait mieux, par exemple, Dancer in the Dark, Hollywood ending ou Les amants du Pont-Neuf, pour ne nommer que ceux-là. On comprend mieux leur tristesse, et on réalise surtout que les aveugles possèdent une faculté que les voyants n'ont pas: ils connaissent des secrets invisibles, ils voient avec leur coeur plutôt que leurs yeux. Mais dans Blindness, ils sont éloignés de toute beauté, de toute réflexion: il n'y a finalement qu'un déferlement de violence d'une part et l'obligation de subir les coups d'autre part, comme si la cécité rendait méchant et bête.

Et comme film catastrophe où l'humanité est menacée d'instinction, on fait définitivement mieux et plus émouvant, comme Armageddon, La guerre des mondes, Le hussard sur le toit, Je suis une légende, etc. Tous ces films nous présentent de vraies menaces, soit par la technologie, soit par des créatures maléfiques (on croit plus volontiers à des monstres vampires se nourrissant de sang qu'à une cécité apparaissant sans explication), soit par une vraie maladie qui a décimé une bonne partie de la population à des époques plus romantiques. Cette histoire de cécité qui frappe soudainement semble peu crédible: on prend le spectateur pour un idiot, d'autant plus que la vue revient comme par miracle et sans commentaires rationnels.

Le problème de ce film ne se situe pas au niveau de la qualité de l'interprétation, mais dans la couleur, la lumière, ou le défaut de celles-ci, tant sur un plan esthétique que moral. Blindness peut être vu dans le but de réfléchir, noble objectif, mais sur le plan du divertissement, cela reste douteux. Tout est gris, pathétique, morose: si c'était le but recherché par rapport à l'oeuvre originale, le pari est tenu!

Note du film : cinema/note3.gif

 

(3 étoiles et demi, le demi n'apparaissant pas...)


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