Being W

le 19/11/2008 - par Fredéric Jean Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Du film, je ne dévoilerai qu'une des premières phrases : « Vous me prenez tous pour un imbécile. Mais, réfléchissez deux minutes : comment j'aurais pu devenir président -Deux fois !- de la plus grande nation à la surface de la Terre si j'avais simplement été un con. Je suis beaucoup moins con que ce que vous croyez. »

Being W Réalisé et produit par Karl Zero
avec la voix de Jim Meskimen
Date de sortie : 8 Octobre 2008
Avec George W. Bush, Karl Zero, Lambert Wilson
Durée : 1h31

Pour plus de critiques, consultez la page CQN : http://www.esseclive.com/cinequanon/

 

Du film, je ne dévoilerai qu'une des premières phrases : « Vous me prenez tous pour un imbécile. Mais, réfléchissez deux minutes : comment j'aurais pu devenir président -Deux fois !- de la plus grande nation à la surface de la Terre si j'avais simplement été un con. Je suis beaucoup moins con que ce que vous croyez. »

 

Le jeu préféré de Karl Zero et de Michel Royer, lorsqu'ils sont en collaboration, c'est de vous déstabiliser dès les premières minutes et de vous balader ensuite. Souvenez-vous de « Dans la peau de Jacques Chirac » (2006), et de « Ségo et Sarko sont dans un bateau » (2007). Les deux comparses nous en avaient déjà mis un sacré coup dans la face quasiment dès les premières phrases du film, pour ensuite nous faire aller de coup de théâtres en coups de théâtres avec dynamisme et humour. Mais leurs « autobiographies non-autorisées » sont surtout des portraits d'hommes politiques en contre-pied, presque iconoclastes. Karl Zéro n'a pas la prétention de révéler la vérité ou sa vérité sur le personnage, mais simplement de nous le donner à voir sous un angle inattendu, incongru, ou parfois même inconcevable.

 

Being W reprend cette recette percutante. Mais cette fois-ci, avec une personnalité comme George W Bush, tout est beaucoup plus énorme, dixit Karl Zero. Si vous êtes venus pour rire de W, vous allez pouvoir le faire. W a vraiment tout l'air d'un crétin mi-attardé mi-illuminé. Le film est truffé de bushisms. C'est un vrai clown, il mériterait un oscar : il se prend les pieds ici, il parle à son chien là. Il donne vraiment l'impression d'être limité....et ça marche ! On accepte beaucoup plus de choses d'un homme dont on juge les capacités inférieures aux siennes. Si bien qu'il plaît à l'électorat, si bien qu'il peut faire toutes les bourdes de la Terre, on les lui pardonnera, il peut dire des énormités telles que « human beings and fish can live peacefully. », il amusera la galerie, et passera suffisamment pour un con pour se permettre des décisions qui auraient signé le suicide politique de quasiment n'importe qui. La force de Bush, c'est sa simplicité et son indifférence à tout autre mode de pensée. Il peut mentir, il peut dire et faire n'importe quoi, grâce à sa personnalité, personne ne lui en voudra durablement. Si la devise de Jacques Chirac est « Plus c'est gros, mieux ça passe », celle de Bush est « But, who care ? »

 

Il ne faut toutefois pas s'y tromper, ce film n'a pas pour vocation de simplement se moquer de l'homme le plus puissant de la planète. Il montre des aspects de la personnalité de Bush qui sont assez peu connus. Vous le découvrez paumé et alcoolique, jeune père de famille, fils délaissé par ses parents au profit de son frère Jeb, puis candidat et enfin président. Bienvenue dans « le monde selon W Bush », vous allez partager « ses » réflexions, son parcours, sa vision de la réalité. Vous allez le voir préparer la guerre comme on prépare une superproduction, vous allez le voir pourchasser ces « connards de terroristes déguisés en civils », bref vous allez voir le bien combattre le mal sans relâche. Le portrait ainsi brossé fait vraiment réfléchir. Allez le voir, vous y repenserez encore des jours après. Peu de films font cet effet. Nous croyons connaitre Bush, nous croyons qu'il est juste un fils gâté, simplet et illuminé. Mais ce portrait nous déstabilise dans nos convictions.

 

Par quel procédé pouvons-nous être si déstabilisés ? En réalité, la recette est très simple, mais ô combien redoutable. Dans chaque film il y a trois composantes : l'image, la musique, la parole. (Ici une voix off, celle de W) Le talent de Karl Zero et de Michel Royer, c'est de toujours mettre en contradiction au moins deux de ces trois éléments. De la contradiction naît le rire, jusqu'au moment où l'émotion éprouvée est en tel décalage que l'on est obligé de prendre un recul soudain. Et alors, vous pensez intérieurement : « Zut ! Voilà que je me fais prendre à son jeu. »


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