Two lovers
le 06/12/2008 - par Josée Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Quand la vie est un voyage et non pas une destination et que le vrai amour suit cette trajectoire…
Film américain. Genre : Drame
Réalisé par James Gray
Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw Plus...
Durée : 1h 50min.
Date de sortie : 19 Novembre 2008
Douze mois après la sortie de La nuit nous appartient (‘We own the night', la devise des policiers new-yorkais), James Gray rapplique et nous présente son nouveau film, son quatrième, Two Lovers, un drame romantique, comme le titre le laisse présager. Comme on n'est jamais prophète en son pays, il est intéressant de savoir que la critique américaine n'apprécie pas exagérément James Gray, qui ne se conforme pas assez aux normes, avec sa propension au tragique : on préférerait surtout que la happy end soit assurée, ce qui n'est pas toujours le cas avec ce cinéaste. Et c'est surtout en Europe qu'il a connu le succès : abonné au Festival de Cannes, il peut alors donner la pleine mesure de son talent, sans être obligé de conclure comme les spectateurs s'y attendaient. Ses précédents succès, sur des tons graves, laissaient une grande place à la violence et la Mafia : Two lovers représente donc un important changement de registre. Et qu'est-ce qui peut se trouver à l'origine de ce film ? Eh bien, on peut dire que Gray a une amie qui s'appelle Gwyneth Paltrow, et ceux qui la connaissent savent qu'elle n'est pas une grande fan de fusils et gros mots.
Elle lui avait avoué, un soir où ils échangeaient des recettes de cuisine par mail, qu'elle aimerait travailler avec lui sur un autre genre de film, et Gray n'a pas hésité à y plonger : il nous offre donc ce qui semble être une simple histoire d'amour où l'on pense se retrouver en imaginant la fin, plaisante à souhait. Pas question, ce serait trop facile. Gray éprouve un malin plaisir à prendre le spectateur dans ses filets, à contre-pied. Il vise à transmettre une leçon pour souligner le côté tout à fait terre-à-terre des histoires d'amour, arrivant à l'improvisite ou repartant tout aussi soudainement d'une vie. L'important, c'est surtout d'évoluer grâce à elles, de se relever, d'acquérir une plus grande maturité.
Comme personnage principal, il a fait appel à Joaquin Phoenix, Leonard dans le film, avec qui il a déjà tourné deux autres films, tous des réussites. Il l'a attrapé juste au bon moment puisque Phoenix vient d'annoncer qu'il en avait terminé avec le cinéma. Il exerce le métier d'acteur depuis son plus jeune âge, et son frère River Phoenix, est même mort dans ses bras en 1990, lors d'une disparition tragique. Sa performance dans Walk the line, où il a interprété Johnny Cash, l'a apparemment attiré vers le monde de la musique auquel il entend se consacrer désormais.
Leonard, un jeune homme dépressif, est revenu vivre à New York dans sa famille après l'annulation de son mariage à cause d'un examen médical. Il travaille dans l'entreprise de pressing qui appartient à sa famille, même si ça lui donne souvent l'impression d'être mort. En effet, il souffre d'un trouble de santé mentale : la bipolarité, qui le fait passer d'un extrême à l'autre et tout le film se déroule sous le signe de la dualité. Le spectateur fait d'abord la connaissance de Leonard lors de sa tentative de suicide : au bout du rouleau, il s'est jeté en bas d'un pont et dans l'eau, des images-flashes lui reviennent et le raccrochent à la vie. Une figure féminine par exemple. C'est un homme qui l'a secouru, mais Leonard n'est pas ravi de se retrouver encore dans le monde des vivants. Remerciant à peine et avec hésitation son sauveur, il rentre chez-lui tout trempé, et sa mère se rend bien compte de ce qui a pu se passer, elle le surveille sans cesse, surtout depuis qu'il ne prend plus ses médicaments pour stabiliser son trouble. Ce même jour fatidique, ses parents ont invité à dîner un couple d'amis, et leur charmante fille, Sandra (Vinessa Shaw), peut-être dans l'idée de les présenter pour former un nouveau couple. On apprend plus tard que c'est Sandra elle-même qui voulait le rencontrer, pour une raison ou une autre, elle s'est amourachée de lui. Un autre jour, car il fallait absolument un autre personnage pour compliquer le tout et en arriver au fameux triangle amoureux, il fait la connaissance de Michelle (Gwyneth Paltrow), sa voisine douce mais un peu bizarre, et très séduisante : la première fois qu'il la voit, elle est dans le couloir, se protégeant de son père qui fait une crise. Elle trouve refuge dans l'appartement de Leonard ; d'ailleurs, cette rencontre ne semble pas fortuite, ces deux-là, aussi paumés l'un que l'autre, sont faits pour s'entendre, mais... dans la vie, ce n'est pas toujours comme ça. Les deux femmes rencontrées, la brune et la blonde, s'opposent en tout : l'une porte dans son aura l'empreinte réconfortante du noyau familial, elle est un gage de sécurité et de compréhension, mais c'est peut-être justement le problème, Leonard préfère le danger. L'autre, souffrant des mêmes troubles dépressifs que Leonard, est complètement accro à un mec marié, donc pas disponible, même si c'est la plus canon. En plus, elle tente de se soulager de ses maux en prenant de l'extasy (comme la fois dans la boîte de nuit où elle se retrouve dehors, pleurant comme une Madeleine, cela n'a donc pas l'effet escompté) et en déversant ses malheurs à Leonard sur le toit de leur immeuble, leur lieu de rendez-vous aussi bizarres que le couple qu'ils forment.
Leonard réagit bien différemment à l'une et à l'autre, comme on se l'imagine : il est plutôt indifférent à la première et absolument subjugué par la deuxième. Ce qui n'arrange rien, c'est qu'il peut voir Michelle par sa fenêtre : un petit plus dans le développement de leur idylle.
Malheureusement, et comme ça arrive toujours dans ce cas, Michelle, trop occupée avec son avocat marié qui ne veut pas quitter sa famille, ne voit Leonard que comme un ami, quelqu'un à qui se confier et demander de l'aide. Voyant que ça ne marche pas entre eux, qu'il est toujours rejeté, Leonard se tourne tout de suite vers Sandra, qui tient à lui déjà, et patiente, elle supporte ses comportement bi-étranges, ses absences (quand il reçoit des textos de Michelle et dit que c'est un copain), et son départ précipité d'une Bar Mitzvah où il faisait des photos artistiques (c'est son hobby). Entre les deux, mon cœur balance... L'amour de Leonard pour Michelle reste avant tout une projection, comme l'a expliqué Lacan.
Pris entre passion et raison, Leonard doit faire un choix, et comment ? Sa façon de vivre, de se comporter, de se lancer à fond dans une histoire incertaine font qu'il ressemble plus à un enfant qu'à un adulte, et c'est là-dessus que la performance de Phoenix reste remarquable, il est vraiment entré dans la peau de son personnage pour adopter des mimiques enfantines, une façon de marcher, de parler comme un petit garçon charmant et plein d'espoir... C'est d'ailleurs le cas pour tous les personnages des films de James Gray, puisqu'il avoue lui-même tenir de l'adolescent déséquilibré mis par erreur dans un corps d'homme : dans certains cas, ça peut être un avantage. Encore une des dualités du film. L'autre opposition qu'on y retrouve devient alors celle des différentes classes sociales, l'opposition dans ce cas entre Manhattan et Brooklyn, bien palpable. Mais dans ce film, tout est ensemble, tout se rejoint, tout est filmé sur le même plan, comme mu par une vision démocratique : c'est donc au spectateur de regarder ce qui l'intéresse, de comprendre les différentes histoires qui sont en train de se jouer en même temps.
Two lovers, bien qu'à la base un film sur un triangle amoureux, sur le sentiment amoureux en général, ne s'est donc pas contenté de suivre les sentiers battus. L'amour prend place dans une vie où l'obsession, la mal de vivre sont omniprésents, ce qui confère à l'ensemble une certaine noirceur, à laquelle on pouvait s'attendre de James Gray, qui a repris un schéma classique pour le transformer à son goût, quoiqu'avec moins de violence que ses films sur la Mafia et compagnie. Entrecoupée de bons moments où Leonard quitte son état dépressif pour devenir euphorique (la scène de danse dans une boîte lui permet de révéler ses talents cachés, comme s'il avait lui aussi pris de l'extasy, mais c'est une extasy naturelle que celle-là, il est porté par l'amour qu'il croit partager), il prend des photos de Michelle de sa fenêtre par exemple, une référence explicite au Vertigo de Hitchcock ; l'arrivée de Michelle dans l'allée à la fin, d'abord silhouette sombre d'où sort un visage illuminé, quand l'autre attend impatiemment pour partir refaire sa vie avec elle à l'autre bout du pays, vient d'un autre emprunt. Ce que Gray n'a pas emprunté, c'est la réflexion personnelle sur les relations familiales au cœur de l'existence, elles devraient être simples au départ, mais ce n'est jamais le cas. Dans un monde qui bouge si vite, il est judicieux de constater que quelque chose ne change pas depuis des millénaires : les relations familiales, aujourd'hui comme dans l'Antiquité grecque. En quelque sorte, on peut en dire de même des relations amoureuses : l'un aime l'une qui aime l'autre qui n'est pas disponible, même s'il l'aime, etc. En somme, voilà un film qui retient l'intérêt à plusieurs niveaux, que l'on y voie cette qualité, ou une autre : la qualité vient autant des acteurs que du réalisateur qui ont tourné ce film avec joie, celle qui transparaît du début à la fin. Peut-être un film culte : on est presque déjà en train d'écrire l'épitaphe de Phoenix, en espérant que sa décision ne sera pas irrévocable, seulement qu'un petit caprice, puisqu'on l'attend pour d'autres films... En tout cas, dans la scène finale, il fait un triomphe : personne ne peut deviner ce qu'il va faire en s'avançant vers la mer... Lors du tournage, l'acteur a poussé un grand cri, comme s'il était hors de son personnage, et personne n'a su ce qui se passait sans sa tête, mais cela semblait venir de sa vie intérieure : il a peut-être ainsi signifié sa volonté de se libérer des carcans du métier d'acteur, enfin.
Note du film : 
1 commentaire(s)
Master Class avec James Gray au Forum des Images ces jours-ci pour ceux que ça intéresse.
http://www.forumdesimages.fr
par Canard, le 2008-12-08 15:29:00
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