Stella
le 08/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Voyage au cœur de l'adolescence des années 1970, façon cœur de rocker anti-La Boum
France, 2008, 1h43
Comédie dramatique, de Sylvie Verheyde
Avec Léora Barbara, Karole Rocher, Guillaume Depardieu
Sortie : le 12 novembre 2008
Prenez une adolescente toute charmante, attachante, mais au caractère bien trempée, typique de la banlieue parisienne. Au gré des affectations scolaires, mettez-la dans un grand lycée parisien, ce qui constitue un complet changement de milieu et d'ambiance : un choc des cultures encore plus choquant à cet âge. Et vous obtiendrez comme résultat une chronique sociale effervescente, toute en tendresse, avec plusieurs points d'intérêt : pour commencer, la musique des années 1970, avec de vieilles photos de chanteurs, l'interprétation toute juste de Léora Barbara qui porte un regard compréhensif sur ce qui l'entoure, sans avoir besoin de tout dire : on parle peu dans ce film... Le dernier point d'intérêt et non pas le moindre : la présence de Guillaume Depardieu, décédé le 13 octobre dernier à 37 ans, d'une pneumonie foudroyante. Car ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier... Cet écorché vif de la vie avait pourtant déjà eu son lot de maladies et d'hôpitaux, d'excès de drogue et d'alcool dans sa révolte contre l'ombre de son père. C'est néanmoins grâce à ce père aimé et détesté à la fois qu'il fit ses débuts au cinéma, ce qui permit d'exploité ses talents, qu'il néglige quelque peu et qui restent largement sous-exploités, faute de temps et faute de climat propice. Nul autre que lui aurait pu jouer avec cette conviction le rôle de Montriveau, le héros amoureux malheureux, apparemment sinistre mais au cœur chaud, de Ne touchez pas la hache, de Rivette, en 2007, un film vraiment à part.
Quelque peu nostalgiques, on se retrouve en 1977 et Stella a 12 ans. Ses parents tiennent un bar-hôtel dans un quartier ouvrier. Bien que plein d'affection pour leur fille, ils ne lui donnent pas la meilleure éducation possible : son père boit comme un trou, sa mère a un mauvais langage de charretier et ses meilleurs amis sont des alcooliques qui vivent pratiquement dans le bar, dont Alain-Bernard (Guillaume Depardieu), un des seuls personnages positifs du film. Véritable ami pour Stella, prince de caniveaux, il est toujours là puisqu'il fait figure de pilier de bar, mais aussi et surtout là pour l'écouter et la consoler lorsqu'elle se sent perdue entre le monde des enfants et celui des adultes à cet âge difficile où l'on nage. Elle fait son entrée en sixième dans un grand collège parisien et se présente au premier jour avec son ballon de basket, crache sur un garçon à la récréation et comme c'était arrivé à la réalisatrice, Sylvie Verheyde, elle rentre chez elle avec un œil au beurre noir ! Et ce n'est pas la première fois où elle se battra avec des garçons, cela lui vaudra même une convocation chez la directrice avec sa mère qui ne sait trop quoi en faire.
Dès le début, l'adolescente fait bande à part : elle se fait néanmoins une amie un peu grassouillette, la gentille première de classe parisienne, mais ça s'arrête là, elle n'est pas vraiment acceptée et ne brille pas par ses prouesses en classe, presque toujours dans le gaz en train de rêver... Appelée au tableau pour y épeler le mot « signifiant », elle l'écrit mal, puis voyant qu'elle ne s'en sort pas, elle l'écrit avec un maximum de fautes. Et voilà, le tour est joué, Stella est une petite maligne qui ne se préoccupe pas de l'avis des autres : elle est là pour être elle-même, authentique du début à la fin.
Malgré ses difficultés orthographiques, Stella lit beaucoup, on voit que le collège change sa vie, l'élève au-delà du milieu ouvrier populaire : elle pleure un instant en lisant Marguerite Duras : c'est sans doute cette scène qui nous permet de mieux comprendre les changements de son caractère. Car Stella ne cherche pas à fumer, faire la fête et courir après les garçons, elle cherche à voyager au cœur d'elle-même, devenir ce qu'elle doit devenir, envers et contre tous.
Elle aime ses parents malgré tout : ce film se présente comme une occasion unique de constater tout le talent de Benjamin Biolay, son père alcoolique mais pas méchant, juste un peu lâche. Stella l'adolescente commence à réaliser que sa mère débordée ne semble pas trouver son bonheur dans cette vie : elle entretient des relations infidèles avec un client du bar. Stella qui comprend tout facilement même si elle ne le montre pas à l'école, n'hésite pas à le braquer avec un fusil, comme si elle voulait prendre en charge le mariage de ses parents et le sauver. Dans la danse désordonnée des clients avinés, elle est la seule à garder les pieds sur terre malgré son jeune âge. C'est dans cette ambiance qu'elle vit et fait ses devoirs, parce qu'elle n'a pas d'autre vie que cela : elle est bien loin des adolescentes de La Boum, à l'existence parfaite et équilibrée, ne pensant qu'à s'amuser, avoir une mobylette, et se lançant dans les amourettes. Pendant les vacances, Stella part chez sa grand-mère et continue de faire des découvertes, elle s'y fait aussi une bonne amie, un peu folle, une petite fille marginale ch'ti.
Dans ce monde du collège chic, Stella devient aussi une sorte de marginale, elle n'y a pas sa place, mais elle n'en a pas vraiment non plus dans le bar-hôtel de ses parents, et pourtant à quelque part, elle réussit à tirer son épingle du jeu puisqu'elle grandit, évolue, devient plus forte en intelligence, en maturité, en sensibilité. Belle, elle l'était déjà, et elle le reste, c'est elle qui aurait pu jouer dans le film La Belle personne, ce qui en fait un personnage d'exception, belle à l'intérieur comme à l'extérieur. L'intérêt du film repose sur ce personnage sympathique, qui ne cherche pas à devenir plus-que-parfaite et ressembler aux autres.
Pourtant, le soir où elle se rend à une boum, tout le monde danse et elle est assise sur le divan toute seule, personne ne vient lui parler : on est tristes pour elle. Quelques spectateurs se reconnaîtront dans ce malaise que l'on ressent dans les situations problématiques de cet âge où l'on pense que ces rejets sont catastrophiques. La réalisatrice a su capter les transformations de l'adolescence, inévitables peu importe son origine, mais elle a su éviter les obstacles et ne pas tomber dans les lourds clichés car son regard reste léger, effleure les événements et les gens à la lumière de la prise de conscience de Stella qui apprend à connaître le monde qui l'entoure, à s'y situer. Peut-être que cela peut offrir à certains autres quelques idées sur la psychologie féminine, qui sait ? C'est là un portrait de jeune fille très complet qu'on nous offre, avec ce petit quelque chose qui n'est en fait pas une montagne mais cette étincelle qui fait le grand cinéma et donne l'impression de sortir de la salle comme enchanté d'une douce mélodie...
Note du film : 
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