Agathe Cléry
le 14/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Quand Valérie Lemercier fait tout le film à elle seule, 100% ancrée dans son rôle de Noire !
Film français. Comédie d'Étienne Chatiliez
Avec Valérie Lemercier, Isabelle Nanty, Anthony Kavanagh
Date de sortie : le 03 décembre 2008
Durée : 1h 53min
Intéressant sujet que le racisme, lorsqu'il est traité avec justesse et humour par la comédie musicale, dans le contexte social présent où un Noir entre à la Maison Blanche. Traiter un sujet lourd de façon légère, c'est le défi qu'a relevé Étienne Chatiliez à qui on doit des pubs mythiques des années 80 et quelques autres comédies déjantées comme La vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danielle et Tanguy. Avec la comédienne et humoriste Valérie Lemercier au casting, on ne pouvait pas se tromper : elle est nouvelle dans un film de ce réalisateur qui a quand même repris Isabelle Nanty, dans le rôle de la meilleure amie, celle que l'on avait vue dans Tatie Danielle. C'était elle qui y jouait la gardienne un peu dure qui ne se laisse pas faire, et toutefois sensible!
Working girl du XXIème siècle, détestée par tout le monde au bureau, la directrice marketing bourgeoise Agathe Cléry fait la promotion d'une ligne de cosmétiques destinée aux peaux claires. En plus, elle se prend bien au sérieux et semble se croire invincible, dans ses tailleurs impeccables avec son poste inattaquable. Elle se prend si au sérieux qu'elle se croit supérieure : on voit donc que cette personne bien propre sur elle cache un vice honteux : c'est une raciste notoire, et elle refuse les CV de chefs de produit noirs en prétextant qu'ils sont laids et qu'ils puent ! Il faut quand même du culot pour oser l'avouer ouvertement... De quoi donner raison aux employés qui ne l'aiment pas et sont prêts à le chanter et le danser dès qu'elle a le dos tourné. Le film est ainsi entrecoupé de diverses chansons assez entraînantes, quoi qu'il ne s'agisse pas de chanteurs professionnels. Les danses, quant à elles, sont plutôt réussies et bien orchestrées, ce qui prouve que le réalisateur Chatiliez possède plus d'une corde à son arc.
Le seul problème, c'est qu'Agathe, à qui ses patrons font entièrement confiance pour le moment, souffre de la maladie d'Addison, qui lui fait foncer la peau de plus en plus à chaque jour. Voilà l'arroseuse enfin arrosée, comme quoi on finit par avoir ce que l'on mérite. Elle consulte un médecin qui lui dit que ce trouble est extrêmement rare mais qu'elle va néanmoins devenir de plus en plus foncée sans qu'on puisse y remédier, pour finir complètement noire ! Comme on peut l'imaginer, cela ne plait pas du tout à Agathe qui affirme péremptoirement qu'elle ne veut pas devenir noire, c'est la cata !
De plus en plus mal à l'aise, elle constate les changements chaque jour, et elle devient VRAIMENT très noire, c'est son plus grand cauchemar qui se réalise. Commence alors une sorte de parcours initiatique parsemé de nombreux obstacles. Sa meilleure amie (jouée par Isabelle Nanty) lui reste néanmoins fidèle et ses parents la supportent. Elle cache son apparence honteuse en déambulant avec des lunettes noires pour se précipiter dans un magasin qui vend des produits pour se blanchir. Bizarrement, dans la bande-annonce et dans le journal du jour de la sortie, on voyait et expliquait qu'Agathe devenait noire du jour au lendemain et s'en rendait compte horrifiée en allant travailler et en se voyant dans la glace. Cela n'arrive jamais dans le film en réalité, puisqu'il s'agissait d'un désastre annoncé et progressif. Le spectateur arrive tout de même à comprendre le désarroi de cette femme qui a l'impression que tout le monde la dévisage dans la rue. En fait, ce n'est pas qu'une impression : toute sa vie se défait, on court droit vers le fond du précipice. Son compagnon la trompe avec son amie, elle perd son travail (difficile et complètement ridicule d'aller faire la promotion de produits pour peaux claires quand on est noire comme l'ébène) on veut la déloger de son appartement et elle est refusée à tous ses entretiens d'embauche...
Agathe a le mérite d'avoir du cran, elle retrouve un travail dans une entreprise où l'on embauche que des non-blancs et tombe amoureuse du patron qui est aussi noir : Anthony Kavanagh. Cela se corse un peu quand elle va visiter ses parents avec celui-ci et que les enfants, habitant à côté, clament haut et fort qu'avant, elle était noire : il faut les contredire d'urgence. En bref, elle a complètement refait sa vie. On croirait même qu'elle est heureuse puisqu'elle imite à la perfection le déhanché sexy de Michael Jackson et qu'elle danse, un peu ivre, sur « Tainted Love » de Soft Cell : succès assuré en boîte ! Elle passe de « je ne suis pas noire, je suis Normande », au « mais je ne veux plus redevenir blanche », quand le processus inverse s'enclenche. Agathe sera-t-elle noire ou blanche, heureuse ou malheureuse ?...
C'est grâce à ce changement de couleur que se fait une prise de conscience : tout le film ressemble à une sorte de conte de fées pour faire réfléchir les Français. Ce que l'on aurait pu améliorer : les scènes de comédie musicale, envolées lyriques populaires, qui nous éloignent trop du film en le rendant un peu bizarre. On dirait qu'en changeant de style, le réalisateur s'y est un peu perdu, l'image devient floue, tout n'est pas au point entre la comédie et la comédie musicale. L'ensemble reste divertissant et sympathique, tant qu'on y voit un message sur la façon de concevoir la vie et la nécessité de s'ouvrir aux autres avec leurs différences, de ne pas se croire à l'abri et de traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même.
La pauvre Valérie Lemercier a dû être maquillée à l'aérographe trois heures chaque matin, ce n'est pas une tasse de thé ! Du noir lui restait dans les narines et sous les ongles : c'est ce qu'on appelle se consacrer entièrement à un rôle, entrer dans la « peau » de son personnage ! Bravo à elle pour sa persévérance et au réalisateur pour son projet ambitieux !
Note du film :
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