Les ailes pourpres

le 18/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Entre paradis poétique et enfer cruel, la vie d’un bébé flamant rose au Lac Natron en Tanzanie

Les ailes pourpres

États-Unis, 2008, 1h15
Documentaire, de Matthew Aeberhard et Leander Ward
Avec Zabou Breitman et les vrais flamants roses

Date de sortie : 17 décembre 2008



C'est officiel, le film familial de l'année vient de sortir en ce 17 décembre 2008. Avant, on allait voir en famille Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux, mais qu'à cela ne tienne, cette année aussi, on aura droit à une multitude de « films de Noël » tout aussi réjouissants. Celui-ci, bien loin de la fiction, nous plonge - et c'est le cas de le dire - au cœur d'un des derniers refuges des flamants roses, une espèce qui lutte pour sa survie, le Lac de feu Natron, le berceau de la vie d'un million et demi de ces superbes oiseaux. Le cadeau, sur les écrans et non pas sous le sapin, mais l'intention est la même, vient du nouveau label des Studios Disney, Disneynature, dont la vocation est de diffuser une fête de la nature et de ses merveilles. Toutefois, cette nature, avec toutes ses splendeurs, nous permettant de constater encore une fois sa beauté à couper le souffle, apparaît bien cruelle et triste : des milliers de petits oiseaux ne parviennent pas à l'âge adulte. Cela n'est pas sans rappeler les périlleuses aventures du papa pingouin dans La marche de l'empereur, de Luc Jacquet, ou la lutte pour la survie du petit suricate dans le plus récent La famille suricate, de Guillaume Canet.

L'histoire principale de ce film, ce qui en forme la trame, est la vie d'un oisillon flamant rose, de la naissance jusqu'à l'âge adulte. Ce parcours n'est évidemment pas simple, et plus d'une fois, l'on craindra et tremblera pour sa survie, qui ne tient presqu'au hasard d'avoir réussi à réchapper des griffes des prédateurs.  Le cycle de la vie doit se perpétuer mais il devient un véritable défi, un périple éternel... Le petit oisillon brise son œuf et naît avec un duvet blanc et des pattes et un bec roses, puis après quelques jours, son duvet devient gris et ses pattes et son bec, noirs. C'est entre 4 et 7 ans qu'il devient rose, une couleur due à sa nourriture riche en carotène. De quoi nous faire penser au vilain petit canard qui devint un majestueux cygne... Le nouveau-né se voit nourri alternativement par son père et sa mère qui lui passent une bouillie sanglante riche en glucose : ils la forment dans leur œsophage et la régurgitent dans le bec de l'oisillon.

Contempler les beautés de la nature et de cette espèce particulière, c'est possible, mais les flamants roses conserveront toujours leur mystère, fait de sauvagerie et d'élégance... Leur bec en forme bizarre, et le fait qu'ils puissent vivre dans des milieux sursalés où d'autres espèces ne peuvent s'installer les placent à part dans le règne animalier. En effet, leurs pattes ne s'encroûtent pas de sel parce qu'ils sont munis d'une glande qui évacue celui-ci, mais attention, les petits n'en sont pas pourvus et s'ils ne sont pas prudents, leur pattes s'entourent de sel qui ne part plus, ce qui les empêche de se déplacer et les rend très vulnérables.

Fragiles, les flamants roses le sont, puisqu'ils n'ont aucune défense contre leurs prédateurs. Ils sont peu nombreux certes : le renard et le goéland peuvent les attaquer, mais ils ne s'en prennent qu'aux petits. Les flamants adultes, pour surmonter l'ennemi, n'ont que la solution de la fuite en s'envolant, sans pouvoir protéger leurs petits autre qu'en essayant d'effrayer le prédateur, fort peu impressionné. On constate donc que certains restent derrière, abandonnés par la bande, car les flamants sont des oiseaux grégaires. Ainsi, les plans serrés nous offrent la possibilité de contempler l'intimité des flamants, celle de l'oisillon avec ses parents par exemple, mais les plans d'ensemble sont présents dans le film pour illustrer la nature sociale de cette espèce. Cela permet au spectateur de se rapprocher du bébé flamant pour comprendre la nature incertaine de sa survie, sans oublier la grande vérité du flamant, qu'il ne pourrait vivre sans les autres. Pour nous montrer qu'il y a de la poésie dans la réalité, l'habile travail de caméra suit la parade nuptiale, une sorte de chorégraphie bien interprétée et accompagnée à la perfection par la musique singulière de The Cinematic Orchestra.

Les ailes pourpres ne se contente pas de présenter un bébé animal adorable : on souhaite aussi porter aux yeux du monde la lutte pour la survie de toute une espèce menacée, ce qui en fait un film engagé. On pourrait aussi y voir une portée philosophique : une intention de se rappeler ceux qui restent derrière, à Noël comme à tous les autres moments de l'année, et qui n'ont pas les mêmes chances que les autres : ce sont eux, les œufs qui sont détruits par les prédateurs avant même d'éclore sur leur nid de boue, ou les petits oisillons attrapés, ou ceux ne peuvent plus marcher avec leurs pattes lourdes de sel, handicapés, distancés, abandonnés, expirant lentement dans un enfer de sel. En somme, ce paradis rose n'est plus celui qu'on croit et devient un milieu très hostile qui n'est pas un paradis pour tous.

Ce travail sublime au final ne s'est pas réalisé sans heurts : les réalisateurs ont dû mener leur propre périple pour suivre ces oiseaux : ils sont restés 15 heures d'affilées dans un milieu étouffant de températures avoisinant les 40 degrés, entourés par un lac dont l'eau détient un aussi grand pouvoir de corrosion que l'ammoniaque... pas très accueillant ! Ils ont dû faire appel à un hovercraft pour suivre les oiseaux au plus près durant leur envol -  une prouesse comme on en voit rarement au cinéma...

Admirable tant par sa faculté de divertissement que par sa portée éducative, cette fantastique réalisation de Disneynature, un petit bijou d'émotions, prend même une dimension mythologique. Saviez-vous que le mythe du Phénix vient justement du flamant : à sa mort, il se transforme en renaissant de ses cendres... La touche de merveille qui  ne saurait manquer dans un film de Disney, accompagnée des éclairs de Zeus qui rappellent ceux que l'on voit dans L'Apprenti sorcier... De quoi faire rêver, et en repartir avec des étoiles dans les yeux, pour voir la vie en rose, en se rappelant quelques leçons !

 

Note du film : cinema/4etoiles5.jpg


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