Une fiancée pas comme les autres

le 30/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Quand une comédie hilarante avec une poupée gonflable devient une belle leçon sur la tolérance...

Une fiancée pas comme les autres

Etats-Unis, 2008, 1h42
Titre original:
Lars and the real girl
Comédie psychologique, de Craig Gillepsie
Avec Ryan Gosling, Emily Mortimer, Paul Schneider et bien d'autres...
Date de sortie: 24 decembre 2008

 


Bien que l'on ne l'ait pas chanté sur les toits en cette fin d'année, Une fiancée pas comme les autres (dont le titre original Lars and the real girl nous éclaire encore plus), devient le film à ne pas manquer pour passer une fin d'année/un début de nouvelle année tout à fait réjouissante. En effet, c'est tout un exploit: sans effets spéciaux, sans violence, sans réalisateur prestigieux, sans casting à tout casser, sans grande ville impressionnante avec ses gratte-ciels, ce "petit film tout simple" sur des gens en apparence "tout simples" a réussi à livrer un propos très intéressant et éducatif, une vraie fable sur la nature humaine, spécialement celle des petites villes que l'on explore plus rarement.


Dans une ville du Nord, petite et isolée dont le nom n'a pas d'importance puisque ce n'est pas au centre de la problématique, une petite communauté survit en se serrant les coudes. Tout le monde connaît tout le monde et tous fréquentent la même église: chacun adopte aussi à peu près le même style vestimentaire (sauf Margo en collants blancs, la seule qui ait une sorte de style), c'est-à-dire que les autres n'ont aucun style mais des vêtements qui tiennent au chaud, tout droit sortis de chez Wal-Mart. Tout de même, on peut trouver des vertus bénéfiques au climat froid puisque ces habitants semblent avoir le coeur chaud. Alors, malgré la petitesse de ce groupe social, ils font preuve d'une ouverture d'esprit assez exceptionnelle lorsqu'une situation extraordinaire se présente.
Le personnage principal se nomme Lars (interprété par Ryan Gosling avec cette fois une petite moustache bizarre, que l'on retrouve avec plaisir après Half Nelson, où il jouait le rôle du prof paumé), un jeune homme dans la vingtaine: son prénom situerait ce film en Norvège par exemple, car on a de la difficulté à imaginer qu'une telle histoire puisse se passer dans un petit village du Midwest comme c'est le cas. Mais il n'y a aucun doute là-dessus puisque tous les acteurs sont anglo-saxons (Emily Mortimer, entre autres, toujours la bonne âme, la même que l'on retrouvait dans Match Point de Woody Allen, en train de jouer la fiancée naïve et de bonne famille). Lars est tout gentil et doux mais gravement handicapé par sa timidité: cela l'empêche pratiquement de parler et de répondre quand on lui pose des questions, même à sa belle-soeur Karin (Mortimer), pourtant fort sympathique. Celle-ci est enceinte et éprouve déjà des sentiments maternels à l'égard de tout le monde. Lars habite donc dans le garage à côté de la maison où habitent son frère Gus (Paul Schneider) et sa belle-soeur, on dirait qu'il s'est réfugié là comme le chien de la famille car on apprend plus tard qu'en fait, la maison lui appartient aussi à moitié. Puisqu'il est si timide, il est fort difficile de l'inviter pour faire quoi que ce soit, il semble avoir la phobie de la socialisation. Karin fait des pieds et des mains pour lui permettre de faire partie de la famille en développant des relations chaleureuses avec eux, mais ça ne marche pas si bien que ça et elle doit pratiquement se jeter sur lui quand il revient du travail pour qu'il vienne dîner avec eux. Alors, elle glisse un mot à son mari et Lars et son frère parlent entre hommes: le frère lui dit qu'ils s'inquiètent de le voir toujours seul. Pour Lars, tout va bien car il accomplit son existence mécanique en allant au travail où sa timidité ne lui nuit pas trop en tant qu'employé de bureau. Margo (Kelli Garner, toujours aussi spéciale, pour ceux qui l'avaient remarqué dans Dreamland), sa belle collègue, fait tout pour attirer son attention même si elle est presque aussi timide que lui, ça fait de drôles de conversations sans échange verbal où chacun reste planté là en regardant l'autre avec gêne. Mais dans le cas de Margo, c'est un avantage car elle peut ainsi mieux comprendre Lars, enfin, un peu plus que les autres: elle se montre sympathique alors que les autres ne sont qu'empathiques. Ce qui est déjà admirable, surtout dans les circonstances qui vont suivre. De toute façon, Lars ne s'intéresse pas à elle ou à rien d'ailleurs.
Un jour qu'il arrive au bureau, une idée va changer sa vie: son collègue qui n'est manifestement pas très futé lui dit de venir voir un truc, du porno comme d'habitude, pense Lars, qui refuse. Enfin, ce n'est pas vraiment du porno, et il lui dit quand même qu'il a trouvé un site internet où on peut commander une poupée gonflable selon ses goûts, même si ça coûte très cher!
C'est ainsi que manifestement Lars se débrouille pour en commander une, plus à l'aise sur internet que dans la vraie vie, comme de nombreux "sociopathes", et un grand événement bouleverse son existence morose: on lui a livré la poupée chez-lui! Parfois, le désir d'aimer est si fort qu'il pousse à faire des folies... D'abord perplexe, il se lance à l'action et se décide, il va frapper chez son frère et sa belle-soeur et ceux-ci, complètement éberlués, l'écoutent raconter qu'il va amener sa fiancée qu'il a rencontrée sur internet! Voilà un scénario bien construit qui porte ce film original! A partir de ce moment, on bascule dans un autre monde. La prétendue fiancée est mi-danoise, mi-brésilienne et ne se déplace qu'en fauteuil roulant, elle a aussi une formation d'infirmière. Jusque-là aucun problème à l'horizon pour ce couple très ouvert, le seul problème c'est qu'au dîner, ils se rendent compte que la fiancée est une poupée, et Lars lui parle comme si elle était une vraie personne, au grand désespoir de son frère qui fait toutes sortes de mimiques suggestives qui détendent l'atmosphère et font que le spectateur "entre" dans le film, tout à son aise (et bravo à l'acteur Schneider!) Petit à petit, cette nouvelle se répand dans toute la ville, on consulte le groupe de chrétiens et ils acceptent de les aider, en faisant ressortir les particularités de chacun: que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre! Amené en visite médicale chez une gentille docteure (Patricia Clarkson, géniale dans ce rôle secondaire), il s'y rend avec Bianca et se comporte normalement mais refuse de reconnaître la vérité: il souffre finalement d'une sorte de délire et ne se rend pas compte que Bianca n'est pas une vraie femme, une illusion tenace qui lui permet de surmonter sa phobie des contacts humains. Cela lui cause des sortes de brûlures, dit-il... On apprend plus tard que le frère plus âgé a quitté la maison quand la mère est morte et l'a laissé avec le père qui était triste à mourir, un des points qui peuvent un peu expliquer les petits problèmes de Lars.


Au final, voilà un film qui multiplie les situations cocasses, en faisant tourner le moteur du rire à 100 milles à l'heure! Et puis, rien de cliché ou de trop vulgaire comme on aurait pu s'y attendre avec un sujet pareil: le tout est traité de façon très pudique puisque Bianca dort dans la chambre d'amis de la grande maison. Il faut la lever, la coucher, la laver, l'habiller, et tous les habitants de la communauté s'y mettent: bien entendu, ils font cela pour Lars, en jouant le jeu dans l'espoir qu'il guérira. L'aspect rigolo de l'intrigue n'empêche pas le film de susciter une réflexion profonde sur la vie en communauté, le fait de devoir s'épauler, donner à chacun la place qui lui revient en ne créant pas d'exclusion comme on le fait en général avec les personnes malades mentales. Bianca finit par être acceptée de tous, elle joue un rôle important dans la communauté, son emploi du temps est chargé, ce qui donne une bonne leçon à Lars sur les droits des femmes à mener une vie en dehors de leur couple! On n'aurait jamais pu voir cela à New York par exemple, où Lars aurait été envoyé directement à l'asile et la poupée au placard. Et la leçon de tout cela? Les fous ne sont pas toujours ceux que l'on croit, on réalise que d'autres personnes apparemment normales autour d'eux ont causé ces problèmes...  La maladie mentale sert parfois à régler un problème, et qui sait si Lars finira par "éliminer" lui-même cette illusion une fois le problème réglé? Nul doute, il n'y a aucun autre film qui vous présentera la même intrigue de cette façon et pourtant le cinéma a déjà plus de 100 ans...

 

Note du film : cinema/4etoiles5.jpg


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