Séraphine

le 15/04/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Un film sans artifices sur une vie dédiée à l'art et la beauté de la nature

Séraphine

Séraphine, France, 2007, 2h05 min
Biopic, drame, de Martin Provost

Avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent

Distribué par Diaphana Films
Date de sortie :  01 Octobre 2008


Yolande Moreau, qui a obtenu le César de la meilleure actrice en 2004 pour Quand la mer monte, interprète avec justesse la peintre Séraphine de Senlis. Senlis se trouve dans la région de Picardie à 40 km au nord de Paris. Ici, l’actrice semble avoir elle-même été peintre dans sa vie précédente. Une grande tristesse et une infinie solitude se dégagent de ce film : Séraphine est femme de ménage, sa silhouette est empesée, elle semble un peu niaise et ne parle pas beaucoup, elle vit dans une chambre où à l’abri du regard des autres, elle peint. C’est son secret qu’elle garde pour elle-même, même si elle fait beaucoup de bruit en fabricant ses couleurs à l’aide d’éléments naturels (un rouge unique avec des grappes de raisin), elle démontre une volonté de ne pas se laisser mettre des bâtons dans les roues.

 

En cela, Séraphine est une femme volontaire sous des dehors soumis indispensables à son statut modeste, authentique, passionnée, et heureuse à sa manière, parce qu’elle a trouvé Dieu dans la nature qu’elle admire sans cesse. Elle est le seul sujet de ses tableaux, et sans avoir pris de cours de peinture, elle réalise des tableaux tellement gais et riches en couleur qu’on comprend qu’elle cache tout un monde à l’intérieur d’elle-même. Un peu plus et elle réussirait à nous convaincre de regarder mieux les femmes de ménage, au cas où elles auraient des dons cachés. Prête à tout pour l’amour de l’art, Séraphine dans sa naïveté et son ignorance a du mal à croire à son propre talent, elle se réveille sur une toile qu’elle a terminée dans la nuit, comme stupéfiée de constater le résultat en se disant : « c’est bien moi qui ai peint cela ? »

 

L’on a bien compris dans ce film le grand amour qui relie le personnage principal à Dieu, qui pour elle, est au centre de tout. Elle mange même avec des bonnes sœurs, et elle leur ressemble, même si ça ne semble pas très amusant. Tout comme Séraphine elle-même, le film ne cherche pas d’artifices, ni par son rythme, ni par ses effets visuel, on a presque l’impression que c’est la réalité qui a été filmée. En tout cas, la nature a toujours été la même, du temps de Séraphine ou du nôtre. L’aspect naturel reposant est tempéré par la vivacité des toiles de Séraphine.

 

C’est peut-être la qualité ou le défaut de ce film : il  peut rendre triste, mélancolique, un peu par sa longueur, par son rythme assez lent, un peu tout simplement par l’histoire vraie qu’il relate. C’est triste que Séraphine ait dû vivre dans une grande pauvreté (elle est morte en 1942 à l’hôpital dans un grand dénuement, ce qu’elle ne méritait pas), qu’elle n’ait jamais vraiment été aimée, ou même reconnue comme un être humain et qu’on l’ait emprisonnée parce qu’elle errait dans les rues de Senlis. La détresse de cette artiste marginale devient presque palpable : où étaient tous ces amis à ce moment ? Non, ce n’est pas juste, mais l’intérêt du film, c’est de retracer exactement la vie de Séraphine, en mettant en lumière ses relations avec son mécène. L’art lui a en quelque sorte sauvé la vie alors qu’elle n’avait rien d’autre, sauf la religion. Mais c’est qu’alors, elle avait touché à une grande vérité de la vie et qu’elle avait tout. Pour reprendre les termes de Bertrand Lorquin, conservateur du musée Maillol, Séraphine était une artiste dévorée par « cette fameuse nécessité intérieure dont parlait Kandinsky ».

 

L’intérêt de Séraphine d’un point de vue sociologique n’apparaît pas négligeable puisqu’il permet de réfléchir sur la condition féminine (on l’a enfermée à l’asile parce qu’elle était une femme pauvre et seule, sans défense) et plus précisément sur la situation des femmes de ménage ou autres personnes de service dont on oublie souvent de remarquer le potentiel, la richesse d’être humain qui est en eux. D’un point de vue de l’histoire de l’art, voir le film est une occasion de se renseigner sur l’art naïf et l’art brut, terme inventé en 1945 par le peintre Jean Dubuffet pour désigner les productions de personnes indemnes de culture artistique.

 

Pour aller plus loin en voyant l’expo au Musée Maillol

 

Pour les curieux, il est possible de prolonger le visionnement du film en allant voir en personne les toiles de Séraphine : le Musée Maillol prolonge jusqu'au 30 mars l'exposition sur Séraphine de Senlis,  en présentant huit de ses œuvres habitées sur les dix-sept qu’il possède. Les toiles exposées datent de la fin des années 1920. Des toiles sur la nature dans ses meilleurs jours, comme sorties de l’imagination d’un enfant, éclatantes, pleines de détails colorés, plus vivantes que vrai. Un peu plus et elles prendraient vie…

 

http://www.museemaillol.com/index2.html

 

Les toiles de Séraphine sont aussi exposées au Musée d’art naïf de Nice :

 

http://www.museeartnaif.com/?page=coeursacre&cmd=coeursacre&image_haut=coeursacre

 

Note : cinema/4etoiles5.jpg


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